Des «dieux» si humains

Photos Un livre monumental raconte en 2000 images la vie des Young Gods, sur la route depuis 1985.

«The Young Gods/Documents 1985-2015» raconte en plus de 2000 images, issues en partie des archives du groupe, une saga née à Fribourg il y a 30 ans

«The Young Gods/Documents 1985-2015» raconte en plus de 2000 images, issues en partie des archives du groupe, une saga née à Fribourg il y a 30 ans Image: DR

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Ce devait être une biographie classique, pour raconter la saga d’un des groupes de rock les plus fameux de Suisse, trente ans d’esthétique indocile. Suite à un renversement complet du projet, l’objet qui atterrit dans notre boîte aux lettres a pris des proportions effrayantes.

Epais comme le bottin, The Young Gods/Documents 1985-2015 – titre des plus prosaïques – pèse 800 pages et ne contient, pour l’essentiel, que des photos: plus de 2000 clichés, fac-similés, affiches de concerts, coupures de journaux. Tandis que le texte, réduit à sa portion congrue, fait part d’une interview des plus exhaustives avec le fondateur des «Gods», Franz Treichler, Fribourgeois d’origine, aujourd’hui établi à Genève.

Le monstre de livre trône à présent sur notre bureau. On l’ouvre, on y plonge, comme on saute dans le Gange. Sûr d’y retrouver des morceaux de cette légende musicale née en 1985. Ce qu’on y découvre, ce sont également les rejets, les déchets, les à-côtés d’une carrière menée au quotidien par des musiciens somme toute parfaitement humains. Surtout, on y voit des gens au travail, ruminant, suant et, même, dormant.

Affiches et contrats

De ces milliers d’images dûment indexées, strictement identifiées – deux ans et demi pour rassembler et légender le matériel – ressortent autant d’anecdotes. Ce livre est-il alors anecdotique? On aura beau être fan, l’immersion deviendrait noyade s’il n’était des bouées, des balises. La reproduction d’un contrat signé il y a 30 ans à Londres – «16 pence de royalties sur le premier exemplaire vendu». La première chronique du New Musical Express, en 1986. Un carton d’invitation encore, pour Marly, Fribourg, 18 avril 1986: «A 22 h, intervention divine, soyez à l’heure, boissons à volonté.»

La suite est à l’avenant, témoignant étape par étape d’une carrière qui se construit, entre création musicale, recherche du bon matériel – les échantillonneurs sonores dont use le groupe sont encore balbutiants –, promotion ensuite, renommée soudaine, d’autres contrats encore. Puis les déveines, où la disponibilité des membres et les envies de chacun composent au quotidien un miroir réfléchissant les désagréments de contrats signés trop vite…

On fera le va-et-vient entre les photos et l’interview, et cela éclairera étonnamment bien l’histoire du groupe. Mais il en fallait plus encore pour s’attacher à cet ouvrage. A bien y regarder, ce qui s’annonçait comme un livre pour les initiés nous raconte une problématique autrement plus vaste: comment se construit un groupe, comment se vit une telle alliance entre individus, et comment la musique, plus encore la représentation au sens large d’un groupe de rock, se diffuse et devient référence.

Du privé au public

A quoi ressemble la fabrique d’un groupe, c’est bien ce qu’a cherché à montrer l’auteur de ce livre. Qui défend une démarche conceptuelle. Vincent de Roguin, artiste visuel formé aux Beaux-Arts de Genève, est également iconographe. Et c’est en cette qualité-là qu’il a travaillé sur The Young Gods/Documents 1985-2015: «Ce qui a débuté comme un travail de commande constituait une opportunité pour parler de l’image, qu’il s’agisse de sa qualité – photo professionnelle ou amateure, réussie ou ratée – comme des approches et de l’usage qu’on en fait, de l’album souvenir à la pochette de disque.» Ainsi, par exemple, lorsque différents quotidiens publiaient tous le même portrait, également le même texte de présentation: «C’est ainsi que l’on peut créer des mythes de toutes pièces, aspect qui échappe également au groupe.» Et, note Vincent de Roguin, ce qui est vrai aujourd’hui avec la diffusion numérique l’était déjà hier avant l’événement du Net.

C’est la «mémoire parcellaire» qu’évoque Franz Treichler lui-même: «Face à toutes ces images, je vois le parcours accompli, et je ressens une espèce de fierté. Mais je relève aussi le point de vue sociologique, et historique: les coupes de cheveux ont changé, les habits aussi, la manière dont on prend des photos également. Cette approche mystifie, d’une certaine manière. Et démystifie dans un même temps. Pourquoi faire une biographie, et comment? La question reste délicate. Ici, cependant, les images parlent d’elles-mêmes.» Et Franz Treichler de conclure: «Et c’est assez joyeux, finalement! En même temps, on a pris un coup de vieux. Alors, what’s next?»

«The Young Gods/Documents 1985-2015» Ed La Baconnière, 800 p. Vernissage je 21 sept, 18 h, Sounds Records, av. du Mail 8.

(TDG)

Créé: 21.09.2017, 09h08

Articles en relation

Des sous pour les rockers genevois!

Aides financières Les bourses de la Ville pour les musiques actuelles consacrent la scène genevoise émergente. Plus...

Quatre Romands candidats au Grand Prix suisse de musique

Nominés Les 15 musiciens retenus par la distinction évoluent dans des domaines variés. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Inquiétude chez les employés de TAmedia
Plus...