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Devendra Banhart, où la légèreté mène à l’extase

Vendredi à l’Alhambra dans le cadre d’Antigel, le chanteur américain a fait des prouesses avec sa voix et son orchestre.

Devendra Banhart, vendredi 7 février sur la scène de l’Alhambra pour le festival Antigel.
Devendra Banhart, vendredi 7 février sur la scène de l’Alhambra pour le festival Antigel.
MAURANE DI MATTEO

Quatre notes fragiles, frottées, roulées, cristallines ont ouvert la danse. C’était vendredi à l’Alhambra, dans le cadre d’Antigel. Juste après Prune Carmen Diaz, subtile chanteuse romande accompagnée par Louis Jucker à l’orgue et à la boîte à rythmes. Un moment gracieux laissant place à l’autre, lorsque Devendra Banhart apparaît avec sa clique – basse, guitare, batterie, clavier et chœurs – la musique la plus récente du chanteur américain d’entrée prend une épaisseur, une présence organique immanente qui transcende des arrangements déjà frissonnants en studio.

«This is Nice», dit la chanson parue sur l’album «Ma» en 2019. «C’est joli.» Très joli même. Telle une musique légère, si bien jouée qu’elle en devient un art majeur. Banhart, dans son répertoire, a eu le bon goût de réunir folk, pop, rock et autre combines nordiques, avec les très riches harmonies des chansons latines. Logique, puisqu’il est né au Texas et a grandi au Venezuela.

Un petit quelque chose de Caetano Veloso

On se laisse prendre par le timbre de voix précieux, feutré, frôlant l’excès de vibrato si bien que le public rit d’avoir été ainsi charmé. Trop de basses pour l’entendre bien? C’est que Banhart aime marmonner aussi, et murmurer, lorsqu’il ne choisit pas carrément, accompagné d’une guitare seule, d’accélérer les paroles afin d’en retrouver les mots, pour finir dans un grand éclat de rire.

Banhart est un cabotin. De génie, certes. Agacement possible à ce moment-là du concert. Mais le voilà qui oblique brusquement pour servir «Carolina» et autres délicatesses sud-américaines, qui font de cet élégant barbu un disciple de cet autre dandy, le Brésilien Caetano Veloso.

Merveilleusement imprévisible

Et puis, sans crier gare, l’orchestre ayant achevé son excellente besogne par un long développement presque abstrait, soudain le concert passe dans une autre dimension. Le public ne bouge plus, chacun dans sa bulle. La basse ralentit, la guitare dessine de délicates ornementations. On entend la main qui glisse sur le manche. Le chant vibre, aigu, le feutre au fond de la gorge, soul music visitant les horizons mélancoliques de Lambchop. Un solo de batterie encore, peaux frottées, traits jazz, expérimentaux même, puis roulement final. Un autre monde encore s’est invité dans la partie. Devandra Banhart est debout, micro à la main, qui danse et appelle le public, lui susurrant drôleries et mots doux. «Cette chanson est pour vous. Pour vos lèvres, votre nez...»

Devendra Banhart merveilleusement imprévisible. Banhart qui saute du coq à l’âne sans jamais abîmer la dynamique de sa prestation. Quant vient ce dernier morceau, «Seahorse», vieux de treize ans, celui qu’on entend alors est rendu tout autrement, en rock afro jazz blues ou allez savoir quoi. Moment d’une intensité extraordinaire, les voix en canon, l’orchestre dans une valse hypnotique, qui monte et monte encore pour atteindre un climax psychédélique. Le public est en extase.

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