En deux pièces tragiques, le Grand Théâtre célèbre le «vérisme» lyrique italien

OpéraLa maison genevoise se penche sur «Cavalleria rusticana» et «I Pagliacci», des faux jumeaux à ne pas manquer

Scène de répétition de «I Pagliacci», dans la mise en scène de Serena Sinigaglia.

Scène de répétition de «I Pagliacci», dans la mise en scène de Serena Sinigaglia. Image: CAROLE PARODI

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La poignée de lettres par lesquelles on évoque ce faux diptyque fait partie de l’histoire de l’art lyrique et de son jargon. Spécialistes, amateurs éclairés et passionnés vous le diront sans hésiter: lorsqu’on croise le couplet cav/pag, on sait d’entrée à quoi s’en tenir. En s’arrêtant avant le slash, on plonge dans les trames poignantes de Cavalleria rusticana, mélodrame en un acte seulement de Pietro Mascagni, qui fut créé en 1890. Après la barre oblique, un autre monde s’ouvre à nous, celui tout aussi bouleversant qu’a imaginé Ruggiero Leoncavallo dans I Pagliacci, drame en deux actes qui a vu le jour en 1892 et a valu à son jeune auteur une notoriété mondiale quasi immédiate.

On ne compte plus les points de tangence qui permettent aujourd’hui encore – comme le fit une première fois le Metropolitan Opera de New York en 1895 – d’offrir dans la foulée, en une seule soirée, ces deux ouvrages. Le plus ténu étant sans doute celui de leur longueur somme toute modeste. Et il est vrai qu’en les couplant, les directeurs de salle tiennent de quoi meubler confortablement une soirée.

Mais l’essentiel des affinités est ailleurs. Dans l’unité géographique qui accompagne leurs trames narratives, tout d’abord: en Sicile pour le premier, en Calabre pour le second. Soit dans un monde uniformément rural, peuplé par de petites gens sans histoire, du moins en apparence. Il y a ensuite les drames amoureux qui s’y déploient, cristallisés autour de trahisons et de jalousies qui poussent les protagonistes à commettre l’irréparable. Ajoutons au catalogue des concordances cet autre point: la présence dans les deux cas d’un intermezzo symphonique. Et notons enfin que, à sa première représentation à La Scala de Milan, I Pagliacci fut dirigé par… Mascagni.

L’unité des univers déployés par les compositeurs permet de classer les deux pièces parmi les piliers du «vérisme» italien. Poussé par une aspiration naturaliste, Leoncavallo soutenait d’ailleurs que «l’artiste est un homme, qu’il doit écrire pour les hommes, en s’inspirant de la vérité». Quant à Mascagni, il puise dans la prose de Giovanni Verga – initiateur du mouvement vériste – pour bâtir son drame.

Le Grand Théâtre se penche donc à son tour sur ce double corpus, en faisant appel à deux metteuses en scène italiennes. Emma Dante fera ainsi ses débuts au Grand Théâtre avec Cavalleria rusticana, en présentant une production jouée en 2015 au Teatro Comunale de Bologne. Quant à Serena Sinigaglia – que le public genevois a côtoyée il y a deux saisons avec Il Giasone de Francesco Cavalli – elle signe une nouvelle production de I Pagliacci.

«Cavalleria rusticana», de Pietro Mascagni, et «I Pagliacci», de Ruggiero Leoncavallo, mis en scène par Emma Dante et Serena Sinigaglia, Opéra des Nations, du 17 au 29 mars. Rens. www.geneveopera.ch (TDG)

Créé: 12.03.2018, 19h02

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