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Un destin musical fait de cuivre et d'ivoire

Corniste, pianiste et compositeur, le Genevois Christophe Sturzenegger publie «Sublime Idylle», un album hommage à Clara et à Robert Schumann. Rencontre.

Christophe Sturzenegger a enregistré un programme éloigné des conventions et des pièces attendues.
Christophe Sturzenegger a enregistré un programme éloigné des conventions et des pièces attendues.
GEORGES CABRERA

C’est une définition qui s’impose et éclate telle une fulgurance au beau milieu de l’entretien. «Je suis un pianiste qui respire», nous dit très sérieusement Christophe Sturzenegger, attablé dans un café de la place. En ignorant tout du personnage, on pourrait placer la formule lapidaire dans l’Olympe des lapalissades. Or, le musicien genevois concentre dans ces quelques mots un destin artistique multiple et protéiforme, qui se refuse aux cases rigides et aux choix définitifs. Regardons-le de plus près. Comme beaucoup de musiciens en herbe, le quadragénaire est passé par le piano, et il a décidé de cheminer loin avec les touches noires et blanches. De manière exclusive? Non. «Un jour, mon père, qui est tromboniste, m’a conseillé de me mettre aussi à l’apprentissage d’un instrument d’orchestre. J’ai choisi le cor.» Voilà pour le souffle, auquel l’artiste pense en permanence, même lorsqu’il est assis face au clavier.

Le goût d’un anachronisme

Ce double destin marque aujourd’hui toutes les foulées du musicien. Prenez la dernière. Elle s’inscrit dans les traces laissées par un couple sur lequel tout ou presque a été dit et écrit: Clara et Robert Schumann. Au piano – «instrument qui permet de réaliser mes projets les plus personnels» – et sous un titre qui dit tout du couple (Sublime Idylle), Christophe Sturzenegger a façonné un programme qui sort des conventions et des pièces attendues. Ce qu’on y trouve? Une poignée d’œuvres rarement jouées, comme ces Intermezzi op.4 de Robert Schumann, créations juvéniles à la fraîcheur certaine et aux traits déjà intrigants. Ou encore les Trois Romances op. 21 de Clara, qui est encore à l’affiche avec ses adaptations pour piano de Six Lieder de l’op.39 de Robert, chantés par la soprano Clémence Tilquin. Plus loin encore, une autre pépite, dans ce Thème op.13 et 5 variations posthumes.

Les goûts et les intérêts de l’interprète se déploient dans ces quelques choix. Mais pour saisir plus précisément le personnage, il faut filer vers l’épilogue de l’album et plonger dans son Anakrôn IV. Un cycle étonnant de six mélodies qui nous propulsent vers un passé éloigné, entre les trames d’une esthétique française en vogue à l’orée du XXe siècle. On écoute ces lignes musicales et on pense à Fauré et d’autres contemporains. Désuet? Anachronique, comme l’indique le titre de cet opus? Sans doute, et le compositeur en assume pleinement l’orientation, qui est si éloignée des canons et des langages en vogue aujourd’hui. Comment expliquer ce penchant passéiste? «Vous savez, la musique contemporaine, je l’ai fréquentée et jouée à Bâle, à Zurich et ici à Genève dans les rangs du Lemanic Modern Ensemble ou de Contrechamps. Très franchement, je n’y ai jamais trouvé ce que je cherchais, à savoir l’émotion et les lignes qui me relient aux traditions du passé.»

Un ensemble et un festival

Le compositeur autodidacte, qui a noirci ses premières portées il y a une dizaine d’années, souligne en passant et sans fausse modestie le succès de cette autre aventure musicale. Les commandes s’empilent dans son carnet. Elles émanent d’ensembles et d’orchestres de toutes sortes. Et puis il y a cela, qui ajoute une touche de succès: «Mes pièces sont rejouées régulièrement, elles ne terminent pas leur existence dans un tiroir après une ou deux concerts.» Estocade revancharde? Christophe Sturzenegger s’en défend: «Je pourrais écrire des livres sur la question, me lancer dans les diatribes interminables. Mais je n’ai pas le temps pour cela.» Les énergies sont dirigées ailleurs, dans les activités de corniste. Le musicien d’orchestre a renoncé un jour au confort des postes titulaires – à Bâle et à Zurich – et leur a préféré une voie plus personnelle. Celle du bâtisseur, précisément, qui a donné vie au Geneva Brass Quintet, formation qui explore autrement le répertoire classique, par le biais d’une trentaine de concerts par saison, ici et ailleurs dans le monde. Une entreprise cuivrée qu’il a parachevée en 2010. Loin des touches du clavier, il lance alors le Geneva Brass Festival. Une autre histoire qui respire.

«Sublime Idylle», Christophe Sturzenegger (piano), avec Clémence Tilquin (soprano). Klarthe Records. En concert: Centre des Arts de l’École Internationale de Genève, je 22 fév. à 19h30. Vernissage CD: l’Abri, ve 23 fév. à 19h. Rens: www.www.christophesturzenegger.com

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