Depeche Mode toujours au sommet des podiums

MusiqueLe groupe anglais revient ce mardi soir à l’Asse en vétéran du rock à synthétiseurs. Bien des groupes de la programmation 2018 lui doivent beaucoup, sinon tout.

Le trio phare de la new wave pétarade au synthé depuis plus de 30 ans.

Le trio phare de la new wave pétarade au synthé depuis plus de 30 ans. Image: ANTON CORBIJN

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Dave Gahan a bien fait de ne pas mourir en 1994. Ni en 1996. Dépressif et suicidaire, le chanteur de Depeche Mode se croyait dépassé, hors service, has been, tandis que dehors rugissaient le grunge et la techno. Plus de vingt années ont passé: il est toujours là, son groupe aussi. Et la musique qu’il croyait alors datée continue d’inspirer les jeunots et de mobiliser les foules. La preuve: mardi, Depeche Mode retrouvera en vedette de cette édition 2018 la grande scène du Paléo. Et de nombreux artistes au menu, des Killers à MGMT en passant par Orelsan et Bigflo & Oli (mais pas Bernard Lavilliers), doivent beaucoup aux chemins défrichés par les quinquagénaires.

Oubliez donc les affaires de suicide et de drogues, le retour de balancier extrême d’une image supposée trop lisse des quatre Anglais de Basildon, surnommés «garçons coiffeurs» pour leurs coupes bien mises composées de petites brosses peroxydées et de regards de gentils minets fanas de synthétiseurs, «plus pratiques que les guitares et les batteries pour répéter dans sa chambre quand on habite chez sa maman», dixit Martin Gore. En 1980, on est punk quand on n’en a pas l’air! Cette année-là, avec ses amis de lycée Andy Fletcher et Vince Clark, Gore lance la première version de Depeche Mode, référence so arty à un magazine français sur le prêt-à-porter. Leur empilement harmonieux de notes synthétiques réclame un vocaliste: ce sera Dave Gahan, baryton et belle gueule. Alors que Vince Clark s’en va fonder Erasure, autre géant anglais de la synthpop, le groupe engage Alan Wilder et devient le symbole d’une new wave hédoniste pour jeunes gens élégants, tout en ritournelles synthétiques, en boîtes à rythmes et en crème antiacnéique.

Expérimentation pop

En 1987, Depeche Mode est au sommet de sa première vie. Le bien nommé «Music for the Masses» réussit la jonction de l’expérimentation technologique et du succès populaire. Le groupe propulse ses murs de synthés dans des stades alors réservés au rock de Queen, David Bowie, U2 et Michael Jackson. Les «garçons coiffeurs», désormais adeptes d’un look tout aussi fleuri mais plus branché cuir et SM, mettent leurs huit pieds dans autant de styles et de traditions: le tout electro laisse place à des guitares blues, à des chœurs gospel, à des fantaisies pop. «Violator», en 1990, clôt la décennie sur les guitares apocalyptiques de «Personal Jesus», annonçant la fin de la rigolade. Après des années de tournées incessantes, le groupe chancelle entre le déclin de Dave Gahan, le départ d’Alan Wilder et Nirvana qui envoie valser les claviers.

Une armée de psychiatres

Les nineties sont celles de la reconstruction. Son chanteur sauvé et réparé, le groupe revient en 1997 avec un nouveau disque et une armée de psychiatres afin de ressouder les musiciens adeptes des tournées marathon. Car rien ne freine l’enthousiasme des foules pour la formation anglaise, qui affiche des concerts toujours sold out, indépendamment de la couleur de ses disques – rock en 97 avec «Ultra», puis plus electro que jamais en 2001 avec «Exciter». Depeche Mode hésite continuellement entre ses deux piliers, reflet des passions égales de Martin Gore, le principal compositeur et accessoirement chanteur, pour les nouvelles technologies comme pour le folklore américain. En 2005, le groupe sort son meilleur disque depuis «Violator», «Playing the Angel», qui trouve sans s’autoparodier l’équilibre parfait entre la puissance hiératique de la musique de stade et l’intimité fragile de sentiments dévoilés – confessés dans le cas de Gore et de Gahan, l’un et l’autre adeptes d’un décorum religieux de péché, de pénitence et de résurrection.

En 2018, Depeche Mode est devenu un vaisseau sans voie d’eau, sans faiblesse. Sans surprise, non plus: il sort des disques tous les quatre ans environ (le dernier, «Spirit», l’année dernière), jamais mauvais mais jamais au niveau de sa meilleure période. Mais à la différence de géants devenus de simples rentiers de leur passé glorieux, le trio continue de composer. Mieux, Dave Gahan s’est imposé comme un artiste solo correct (deux disques à son seul nom), et Martin Gore continue à s’intéresser à la techno la plus aventureuse via de nombreux projets parallèles. Il réside à Los Angeles, Gahan à New York et le si discret Andy Fletcher à Londres: après avoir fait sauter les limites de la pop, ils ont aboli les frontières. Pas mal, pour un groupe né dans une chambre d’adolescent, jouant à bas volume parce que maman regarde la télé au salon.

Créé: 17.07.2018, 07h29

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