Cyrille, l’amazone de la culture genevoise

PortraitEn 1988, Cyrille Schnyder-Masmejan lançait les Spectacles onésiens. Trente ans plus tard, en 2018, sa passion reste entière.

Cyrille Schnyder-Masmejan, fondatrice et directrice des Spectacles onésiens depuis trente ans, présente sa dernière saison comme cheffe du service culturel de la commune, la 31e, en 2018-2019.

Cyrille Schnyder-Masmejan, fondatrice et directrice des Spectacles onésiens depuis trente ans, présente sa dernière saison comme cheffe du service culturel de la commune, la 31e, en 2018-2019. Image: Laurent Guiraud

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«Arrêter la programmation? Je ne vais pas me mettre aux mots fléchés!» Cyrille Schnyder-Masmejan est immense quand elle sourit. Au terme d’une dernière saison à la tête des Spectacles onésiens, qu’elle a fondés il y a trente ans (programme ci-contre), la cheffe du Service culturel d’Onex s’en ira. Enfin… pas tout à fait. Participer au programme de la Commune, sans doute qu’elle le fera encore, même à moindre dose.

Ses années d’expérience ont fait de Cyrille Schnyder-Masmejan un pilier de la culture genevoise. Avant elle? En dehors de la ville de Genève, il n’y avait rien, ni à Onex ni ailleurs. Puis Cyrille est arrivée, un projet en tête, son caractère de fonceuse en guise de boussole. «J’étais totalement inconsciente. Combien de fois je me suis maudite. Quelle est la dingue qui a conçu cette affiche!»

Funambule, Cyrille, qui a choisi de divertir avec intelligence: «Bien sûr qu’on voit énormément de choses épouvantables. Mais tant d’artistes qui nous touchent! Ceux-là, j’ai envie de leur baiser les pieds.» En 2005, elle lance encore Les Créatives: un festival consacré aux femmes, haut en couleur, militant. Du Cyrille pur jus. Les Créatives, 14e édition en novembre 2018, montent en puissance, et la fondatrice laisse place à d’autres directrices. L’avenir se construit ici.

Une adolescence redoutable

Mais tout cela n’existerait pas s’il n’y avait eu un jour, il y a soixante ans de cela, une petite fille un peu particulière dans ses bottes d’amazone. Cyrille, sacré prénom. «Les profs me disaient: «Vos parents voulaient un garçon?» Moi, j’aurais préféré Nathalie: j’aurais été une jeune fille douce et discrète. Au lieu de ça, j’étais bagarreuse.» Elle est née à Genève. Père graphiste et publicitaire, mère décoratrice, tous deux profs aux Arts déco. «Combien d’églises n’a-t-on visitées, mon père attendant la lumière idéale pour la photo. Je n’en pouvais plus. Je leur suis infiniment reconnaissante pour le regard que j’ai développé.» À 9 ans, c’est la guitare. «À 14 ans, j’ai eu un grave accident de cheval, la colonne cassée. La guitare, ce n’était plus possible. Mais la danse, oui. Et j’avais envie de chanter. Je suivais les cours d’une dame extraordinaire en chaise roulante. Ça a été ma première thérapie.»

Au sortir d’une adolescence aussi «redoutable» que «précoce», elle envisage une carrière d’artiste. Dans la comédie musicale, dans «West Side Story». Le Conservatoire d’art dramatique lui ouvre ses portes. Les profs, elle s’en souvient: Maurice Aufair, Georges Wod, Monique Mani, Leyla Aubert. Trop d’orgueil, cependant, pour supporter les critiques, la comparaison avec les meilleurs. «Je me jugeais durement. Encore un héritage de mes parents.» Cyrille lâche ses ambitions artistiques. Mais la curiosité demeure. «La curiosité, c’est le meilleur remède contre l’anxiété. Je suis une angoissée. Et j’ai besoin de solitude pour laisser décanter les idées. J’aurais voulu faire avocate pour changer le monde, ou journaliste. Pasionaria d’extrême gauche, oui. Naïve, bourrée d’utopies. Je regrette qu’il n’y ait plus d’utopie. Ça donne du souffle.»

Présenter le travail des autres devient son métier. Avec le premier festival de one man show et d’humour à Pully en 1982. Jacques Villeret, Les 3 Jeanne, Popeck, Philippe Cohen, François Silvant… Son carnet d’adresses s’épaissit, elle monte son agence, fait tourner Pierre Desproges, Guy Bedos. «J’y mettais mes sous, j’en perdais beaucoup. Une fois tu gagnes, deux fois tu perds. Ou alors, tu proposes des artistes très connus. Mais ça ne m’intéressait pas. Je travaillais nuit et jour, tout en m’occupant de mes enfants. Comment j’ai fait? J’ai beaucoup pratiqué le troc d’enfants: on s’échangeait les gardes entre copines.»

Dans le monde des artistes

Ses enfants. Cinq garçons du même père, footballeur – «Hasard de la vie, je ne m’intéressais pas au foot.» L’aîné a vu le jour le mois de ses 18 ans. Les cadets sont des jumeaux, «bonus» d’une dernière grossesse. Le mari est parti droit derrière. «Moi qui ne m’envisageais pas en mère, je suis devenue une louve.» C’est vous dire la détermination qu’il lui a fallu pour s’imposer dans un monde d’hommes. «Mes enfants m’ont suivie partout, je les laissais dans les loges. Je me souviens de Paléo: Renaud, qui jouait ce soir-là, avait posé les couffins sur le piano.»

De 1984 à 1987, Cyrille collabore avec la Télévision romande. «Midi Public», des invités à la pelle, Étienne Daho, Indochine, Johnny Hallyday, Elton John, Michel Berger: une heure et demie de direct à organiser. «J’ai accepté sans me demander si j’étais légitime. J’avais bien le complexe de celle qui n’a pas fait d’études, qui s’est autocultivée en avalant des livres. Mais sur le terrain, je n’ai jamais douté de rien. On me proposait, je fonçais.» Quand «Midi Public» s’arrête, Onex s’amène.

Onex la poussiéreuse a bien changé

«Je connaissais la salle communale pour y avoir organisé Maxime Le Forestier, Rufus, le BBFC. Je voyais ça comme quelque chose de poussiéreux. C’était si calme. Et les humoristes, à Genève, personne n’en voulait. Les théâtres faisaient leur théâtre. La Comédie? Bedos y avait joué après avoir été annulé maintes fois. Le Grand Casino, oui, mais c’était Jack Yfar.» Onex alors. Carlo Lamprecht est en charge de la Culture, il lui donne sa confiance, non sans vivre quelques sueurs froides. «En 1988, je suis engagée. Tous les spectacles que je tourne passeront ici. Des spectacles dans l’air du temps, de l’humour, du théâtre, de la danse, du jazz. Pluridisciplinaires.» Une saison de variété et de découvertes est lancée, comme on en trouve désormais à Vernier et Meyrin.

Trente ans ont passé. «Un peu usée, oui. Mais la passion est toujours là. On ne peut pas changer de rythme comme cela, ou alors on crève tout de suite. Vous me direz que mon métier demande une santé de fer? Ce n’est pas mon cas. Peut-être que d’avoir été souvent accidentée ou malade m’a poussée à faire les choses en urgence. Depuis toute petite, j’ai une conscience accrue de la fragilité de nos existences. Je n’ai jamais réfléchi à ma manière de faire. Je fais, c’est tout. Je tiens ce caractère de ma grand-mère.» Jeanne, elle s’appelait. Cyrille, elle s’appelle. On veut bien lui baiser les pieds.

Créé: 06.06.2018, 19h17

30 ans, un livre, et la suite!

Trente ans de Spectacles onésiens. Et la nouvelle saison qui s’amène, la 31e. En 2018-2019, comme à son habitude, Onex brasse large, servant de tout, pour tous les goûts. Un livre anniversaire paraît ces jours, l’exhaustif, richement documenté et bellement édité «Abécédaire des Spectacles onésiens». Avec ce constat en frontispice: l’affiche onésienne attire les foules loin à la ronde, drainant le public de Genève comme de France voisine. Preuve de la pertinence d’une programmation variée, et de qualité?
Côté musique, on attend à la salle communale le pianiste genevois Léo Tardin, qui vernira son nouvel album solo (11 et 12 oct.), le Grupo Compay Segundo, groupe de «son» cubain émanant de feu le chanteur du même nom (2 nov.), la chanteuse Anne Sylvestre (21 et 22 nov.), la comédienne Françoise Fabian, pour la première fois chanteuse à 85 ans (12 déc.), et Nilda Fernandez (29 mars). Côté humour, compter avec Frédéric Recrosio et Brigitte Rosset dans «Les Amis, misères et splendeurs du sentiment amical» (3-7 oct.), Thierry Meury (7 fév.) et Sophia Aram (8-9 mai). F.G.

Infos: spectaclesonesiens.c­h

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