La Cité de la musique a trouvé les architectes pour la faire surgir

Architecture Le bureau genevois de Pierre-Alain Dupraz, uni au Lisboète Gonçalo Byrne, remporte le concours.

L'architecte Pierre-Alain Dupraz a co-signé, avec Gonçalo Byrne, le projet lauréat de la Cité de la musique.

L'architecte Pierre-Alain Dupraz a co-signé, avec Gonçalo Byrne, le projet lauréat de la Cité de la musique. Image: KEYSTONE/S. DI NATALE

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Pour l’instant, ce n’est qu’un nom, celui d’un groupement d’architectes formé de Pierre-Alain Dupraz Architecte ETS FAS (Genève) et de Gonçalo Byrne Arquitectos LDA (Lisbonne). Le premier a gagné récemment le concours d’idées pour l’aménagement de la rade. Il a aussi signé d’autres projets, parmi lesquels la passerelle piétonne et cycliste de la Paix, qui franchit dix-neuf voies CFF dans le quartier de Sécheron. Au duo de lauréats s’ajoute encore le célèbre studio d’ingénierie acoustique japonais Nagata Acoustics, qui soignera tout ce qui a trait aux qualités sonores de la structure.


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Rien n’a filtré pour l’heure des contours que le duo a imaginés pour la future Cité de la musique, qui s’érigera à quelques encablures du Palais des Nations Unies. Une présentation du projet à la presse permettra de se faire une idée plus précise la semaine prochaine. Mais un fait est désormais arrêté: les bureaux genevois et portugais ont remporté la mise face à dix-sept autres collègues concurrents dans le concours architectural international lancé en janvier, sur invitation, par la Fondation pour la Cité de la musique à Genève (FCMG). Ainsi, la première phase, très attendue, de cette aventure de grande envergure s’achève. Elle laissera désormais la place aux marches successives qui conduiront à la concrétisation du projet

Un pas de géant a donc été fait. L’avocat Bruno Mégevand, qui préside le conseil de la Fondation de la Cité de la musique, se dit plus que satisfait du processus qui a mené à la désignation du lauréat. «Les vingt-huit membres du jury ont travaillé dans un climat particulièrement agréable. Plusieurs d’entre nous n’étant pas des spécialistes du domaine architectural, nous avons pu compter sur les avis précieux des membres du jury architectes et des experts, qui ont répondu dans le détail aux multiples questions techniques liées à l’ouvrage et à sa réalisation. Cette collaboration a contribué à affiner nos avis sur les projets présentés. Il ne faut pas oublier que la responsabilité qui nous incombe est grande, souligne l’avocat. Il s’agit de marquer le paysage urbain et culturel de Genève d’un geste puissant, dont la portée se prolongera pendant de longues décennies.»

La HEM sous un seul toit

Dans quelle direction, justement, nous mène-t-il, le grand projet en question? Vers un équipement urbain d’une ambition encore inédite sous nos latitudes. A savoir une structure qui abritera tout d’abord une salle de concert pouvant accueillir environ 1700 spectateurs. Cet espace moderne sera en accord avec les exigences ergonomiques et acoustiques d’aujourd’hui. Il permettra notamment à l’Orchestre de la Suisse romande – mais aussi aux formations invitées durant la saison – de s’y produire dans des conditions optimales, loin du fastueux Victoria Hall, dont tout le monde s’accorde aujourd’hui à souligner la vétusté. Mais il y a davantage. Car à côté de cette salle et de ses loges confortables, d’autres lieux de production scénique, plus petits, verront le jour. Soit un espace dédié à l’art lyrique, équipé d’une fosse pour orchestre, un autre pour les récitals et, enfin, une black box aux formes modulables. Ces scènes pourront accueillir entre 100 et 450 spectateurs.

L’autre grand pan du projet est marqué par une mission tout aussi cruciale, puisque la Cité réservera une grande place à la Haute Ecole de musique (HEM). Les élèves inscrits (515 pour cette année académique) seront regroupés sous un seul et unique toit. C’en sera alors terminé de leur condition nomade, qui les pousse aujourd’hui encore à suivre des cours dans des lieux exigus et inadaptés, disséminés à travers la ville de Genève. De nombreuses salles consacrées à l’enseignement et aux répétitions verront le jour, à côté d’une nouvelle bibliothèque et de lieux destinés à l’administration de l’école.

L’ambition qu’on devine dans chaque recoin de cette grande structure – on y croisera aussi des restaurants et des arcades commerciales – placera Genève sur la carte des grandes villes de la musique. Les dimensions de l’ouvrage sont imposantes: 220 000 mètres cubes de volumétrie pour une surface brute de 37 000 mètres carrés, voilà ce que prévoyait le cahier des charges du concours. «De l’avis des bureaux d’architecture invités, les contraintes posées par le programme ont été de taille, note l’avocat David Lachat, vice-président du conseil de fondation. La parcelle prévue pour la construction est réduite et le cahier des charges exigeant.»

Les mécènes à la rescousse

Qu’en est-il des coûts de l’opération? Des 260 millions de francs estimés au début de l’aventure, 25,6 seront destinés à l’ONU, qui, en décembre 2016, a promis d’octroyer, pour ce prix, un droit de superficie de 90 ans sur la parcelle des Feuillantines de sa propriété. La présidence de la fondation indique cependant que l’affinage du projet lauréat, le dialogue avec l’architecte qui l’a conçu, permettra d’établir un budget plus précis pour la construction de l’ouvrage. Un aspect demeure inchangé: les collectivités publiques cantonales et communales et le contribuable ne verseront aucun centime pour la réalisation de la Cité. L’intégralité de l’enveloppe est prise en charge par des privés, et tout particulièrement par une fondation genevoise qui contribue à hauteur de 70% du budget. A ce jour, la FCMG a réuni une bonne partie du montant requis. Elle compte compléter l’opération avec l’aide de nouveaux mécènes.

Depuis les premières esquisses, posées sur un document par Bruno Mégevand durant l’été 2013, jusqu’à l’épilogue du concours, la Cité de la musique avance donc à grands pas et à vive allure. Si tout se passe sans anicroches, les premières notes y pourront retentir en décembre 2022.

(TDG)

Créé: 12.10.2017, 20h16

Le councours anonyme a couronné des figures discrètes

Le nom de Pierre-Alain Dupraz, dont le bureau d’architecture sort vainqueur du concours initié par la Fondation de la Cité de la musique, avec celui du Lisboète Gonçalo Byrne, n’a sans doute pas l’éclat retentissant de collègues qui ont signé de grands espaces destinés à la musique. A Genève, il ne sera donc pas question de Herzog
& de Meuron, qu’on associe aux formes visionnaires du ElbPhilarmonie à Hambourg, ou de Frank Gehry, qui a signé le Walt Disney Hall de Los Angeles. A ces figures quelque peu glamour, le jury présidé par Dominique Perrault a opposé - en découvrant l'identité des auteurs jusque-là anonymes du projet lauréat - des professionnels de valeur, mais bien plus discrets sur la scène internationale. En attendant de découvrir, mardi, la teneur du projet primé, on relèvera que le bureau genevois s’associe avec un collègue portugais dont les ouvrages les plus imposants demeurent ceux du Centre de Congrès de Padoue (2012) et du Musée Machado de Castro à Coimbra (2012). Pierre-Alain Dupraz a marqué quant à lui le paysage romand avec des réalisations aux lignes sobres et élégantes. On trouvera ce trait distinctif auprès de l’école enfantine de Prangins ou encore dans l’EMS réalisé entre 2012 et 2015 à Rolle. A Genève, sa griffe s’est posée sur la passerelle de la Paix, qui enjambe les rails CFF à l’entrée est de la ville, dans le quartier de Sécheron. Une autre passerelle, celle piétonne et cycliste qui jouxte le pont du Mont-Blanc, porte sa signature, mais elle est toujours en attente de réalisation. Enfin, l’architecte s’est imposé dans le concours d’idées pour la traversée de la rade. R.Z.

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