Cinq Genevois magiques et nus s’en vont sur les bords de l’Asse

PaléoMagic & Naked, le nom fleure bon l’éternelle adolescence du rock. Dans la vraie vie? C’est l’histoire de tous les groupes sur la route.

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C’est quoi un groupe en festival? C’est quoi le quotidien des rockers? C’est quoi, cette vie de fou! Mercredi, 17 h, Paléo, Nyon: les Genevois Magic & Naked ont l’honneur d’ouvrir la soirée au Club Tent. Un moment qui, aussi fantastique soit-il, ne représente qu’un tout petit bout de leur quotidien de musiciens. Magic & Naked, c’est l’histoire édifiante de tous les groupes de rock qui rament bien en dessous des stars, mais n’ont jamais perdu une miette de leur passion.

«Paléo, tu te souviens avoir vu Neil Young sous l’orage. À ton tour, tu y joues, et le même soir que MGMT qu’on adore! Ça ne changera pas nos vies, mais ça légitime un peu plus notre existence. Pour nos parents, notamment: tu fais de la musique, c’est bien, bravo!» Voici Léonard Persoz, Romain Deshusses, Elie Ghersinu, Augustin Von Arx, Pierre Arn. Moyenne d’âge, 23 ans.

La première fois qu’on les a entendus, c’était en 2014, dans le cadre très préservé, très passionné du festival Face Z, toute petite organisation promouvant les styles les plus variés. Elie, Romain, Augustin et les autres avaient à peine 18 ans. Si jeunes. Et déjà un tel parcours! Augustin connaît le prix: «Tu dois assumer de vivre de ça. En me consacrant à la musique, j’ai abandonné l’idée de faire des études, faute de temps. Et si demain tout s’arrête, il faudra aller de l’avant.» La manière de mener un groupe, contre vents et marées, relève d’un faisceau de motivations, parfois contradictoires. Voire irrationnelles? - «Ça!» - «On n’a jamais forcé les choses.» - «Il y a une reconnaissance. On continue. Si on avait reçu des signaux négatifs, en revanche…» - «C’est plutôt bon signe d’avoir un fond de doute, de n’être jamais trop sûr de soi. Faire de la musique son métier, ça s’apparente à une forme de foi!» Paroles d’Elie et d’Augustin. Le bassiste chanteur et le batteur: deux capitaines sur un navire. «Avant chaque tournée, on tâche de monter une résidence de trois jours, pour calibrer le son avec notre ingénieur, Benoît Erard. Cette fois, on n’a pas le temps, on se contente de deux jours de répétition. Après, ce sont les concerts les uns derrière les autres.» Comme en avril dernier: neuf dates, 3500 kilomètres de route, Tours, Zurich, Montpellier, Lausanne… Levés à huit heures du matin, sur scène à minuit. Il faut trouver le temps de se relaxer. Ne pas oublier de manger. Faire la fête aussi. Chez Magic & Naked, il y a deux tendances: le team alcool, et le team fumette. «On participe à l’entertaining. Boire des coups après le concert, ça n’est pas interdit. Question d’équilibre. Parfois, on reste au jus de carotte.»

Le quotidien du rocker ne connaît pas d’horaires fixes. «On manage nous-mêmes. On s’organise entre nous.» Embarquer le bon matériel, arriver dans les temps: «La logistique, c’est le plus gros bouffe temps. Ça demande de l’abnégation.» Tant et plus qu’on oublierait la motivation première: créer.

De la foi et du jus de carotte

Plan-les-Ouates. Sous-sol. Le local de répétition fait 23 mètres carrés. «Et 37 degrés en été. Il nous arrive de finir en slip.» Des caisses pour la batterie, des étuis de guitare, des chaises, un petit meuble Ikea chambre d’enfant, un éventail au mur, un paquet de chips, un aspirateur, Boulgakov en édition poche posé sur un ampli. Ici, on bosse. Ici, on envisage la suite. «Du 14.72» «Moi du 11.50» Quoi donc? Le tirant des cordes: épaisseur, dureté, tension. «11.52, c’est le meilleur.» Notes étirées, nappes de Mellotron, effet planant. Un chœur à la Beach Boys, le hard qui jaillit des guitares. «What’s Behind That Locked Door», un fabuleux morceau, pour d’excellents instrumentistes. «On a 45 minutes de set, c’est OK?» Coup d’œil au programme officiel. «Une heure, en fait.» «Ho, merde.» Une heure, c’est confirmé. «Meeeerde.»

Pause. Feuilles à rouler. Rappelle-toi la fois où… «On est arrivé au Montreux Jazz Festival avec le van pour débarquer le matériel: la livraison des gaufres, ce n’est pas par là, nous fait savoir le monsieur à l’accueil.» Mais rappelle-toi aussi à Lille, ce concert devant… Combien? «Deux personnes. Les organisateurs n’avaient fait aucune promo. Vous avez vos affiches? Tu plaisantes! Et on joue dans quatre heures!» Puis le repas: «Deux croque-monsieur pour cinq». À Paléo, ce sera filets de perche. On pourra dire tout ce qu’on veut sur ce festival, ici, on ne chipote pas sur la cuisine. Paléo, alors. Mercredi, 14 h, plaine de l’Asse. Enfin. Après avoir sorti par trois fois le macaron nécessaire pour entrer sur le site – «Ah, non, ici c’est l’entrée des artistes», «Mais on vient jouer, bon sang!» – le van a pu rouler jusque devant le chapiteau du Club Tent. Puis les gars du festival ont aidé au transport des instruments, des amplificateurs. «Le luxe. Et c’est pareil après le concert.» Tout sur un petit chariot à moteur, direction l’arrière-cour, où attend le van pour le voyage retour. Si un minibus est vieux mais fonctionne encore, alors c’est un VW, forcément. «Regarde, là, derrière les sièges avant. Oui, ce sont les vignettes de la dernière Coupe du monde.» Il doit bien y en avoir 200 cents, collées sur la cloison. «Joli, non?!» La troupe est particulièrement «relax» ce jour-là. La raison? Des cinq membres, la moitié a déjà joué à Nyon, avec Le Roi Angus en 2016, avec Régis l’année suivante, deux formations marquantes de la scène genevoise actuelle.

Le rituel du «clope and go»

Le mythe persiste du rocker sur la route, en séducteur à la petite semaine. On vous racontera les plans cul des vedettes, les loulous aux dents longues… Le vulgus des Magic ne ressemble pas tant à cela. «Après le concert, il faut ranger, on est fatigué et pas si propre. Ce n’est plus le moment de séduire.» Non. S’il y a une perspective sentimentale associée aux virées sans fins, elle se trouve, éventuellement, dans le fantasme plus cérébral d’une quête romantique.

La vie sentimentale. Les copines. «Elles supportent. Elles sont fières de nous. Et je suis fier de toi!» Augustin fait un gros bec à Aline, qui vient de recevoir le résultat de ses examens. Aline, de Lausanne, s’envisage dans le travail social. Aline, qui organise un festival au Tessin, Facciamo la corte. Voilà pour eux.

Baume du tigre et crème de moule

«Pierre, tu veux faire les inter ou ça te branle le cul?» Réponse de circonstance, le claviériste du groupe participera quand même. On alternera les rendez-vous par groupes de deux. Dix médias au total, compter au total deux heures d’entretien après le concert. Fréquence Banane, Université de Lausanne, Radio Vostok… «Les plus grandes radios de la côte ouest», plaisante Léo. Une occasion de faire de la promo ne se refuse jamais. «On nous demande toujours quel est le rituel d’avant concert. Et ce que ça nous fait, à nous, groupe romand, de jouer dans un tel festival.» Réponse univoque à la première question: «Léo fume sa dernière clope et on y va. On appelle ça le clope and go.»

Ils sont joviaux, les Magic, à peine prétentieux, conviviaux comme une balade dans les bois. Nature. On se présente au bookeur: Neil Galuba, mine patibulaire, faciès de circonstance. Assurer l’entregent, les contacts avec les médias, avec les organisateurs, demande de garder son sérieux. Rémunéré d’un pourcentage sur les cachets qu’il aura su négocier – «Il est extérieur au groupe, ce qui, à notre avis, lui confère plus de légitimité pour faire monter les prix», Neil Galuba connaît bien les ficelles pour avoir travaillé au Zoo, à Genève. Le cachet de Paléo: 1650 francs, fixe.

À une heure du concert, ça embaume le backstage. C’est Elie. Une tendinite. Application régulière de baume du tigre. «Mais le mieux encore pour se soigner, c’est la crème de moule. Confectionnée avec l’intérieur du cul d’un zébu», assure Romain, l’autre guitariste. Qui, à son tour, nous montre l’index de sa main gauche: insensible, plus tout à fait mobile. «Un tendon coupé par un morceau de verre. J’avais six ans.» Paléo, 20 h et quelques. Concert, interview. Tout est plié. Contents de leur prestation. Contents d’être là. À présent, le petit groupe, amoureuses comprises, file écouter MGMT. «Pas d’analyse, que de l’instinct. C’est ce que j’écoute tous les jours, glisse Léo. Magic & Naked, des rockers sans peur et sans reproche, oui. Mais surtout fans de rock, quoi qu’il advienne.

Créé: 20.07.2018, 19h36

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