Charles Dutoit clôt une longue ère à Montreux

ClassiqueLe chef a marqué, dimanche, la fin du règne prolifique de Tobias Richter à la tête du festival Septembre musical.

Le directeur sortant du festival, Tobias Richter (à dr.), en compagnie de Charles Dutoit et de Martha Argerich.

Le directeur sortant du festival, Tobias Richter (à dr.), en compagnie de Charles Dutoit et de Martha Argerich. Image: CÉLINE MICHEL

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Les liens puissants qui unissent Tobias Richter et Charles Dutoit mériteraient de longues pages d’explication. Mais ils pourraient tenir aussi dans cette poignée de lignes que le premier a publiée voilà quelques semaines sur le site du festival Septembre musical. Alors que le second doit faire face aujourd’hui à de multiples accusations de harcèlement et d’agressions sexuelles – ce qui lui vaut d’être mis au ban par la quasi-totalité des orchestres avec lesquels il collaborait – le directeur sortant de la manifestation de la Riviera a pris sa défense avec des propos saillants et passionnés. «Qui peut s’arroger le droit de détruire la carrière d’un artiste et la vie d’un homme uniquement sur des rumeurs, des allégations venues de contrées éloignées et dont les faits remonteraient à des décennies?» s’interroge celui qui dirige par ailleurs le Grand Théâtre de Genève.

Voilà qui campe l’histoire d’une fidélité prolongée durant tout le règne de quatorze ans de Tobias Richter au Septembre musical. Ce lien s’est renforcé dimanche à Montreux, dans un contexte d’adversité. Ainsi, après une petite dizaine d’apparitions dans l’histoire récente de la manifestation, Charles Dutoit a été invité à en ajouter une dernière, sans doute la plus significative. Entre les murs boisés de l’Auditorium Stravinski, l’homme a foulé la scène sans flancher, veston blanc, chemise et pantalon noirs, regards complices adressés aux jeunes pupitres de l’European Philharmonic of Switzerland.

Du prologue, par lequel le très nombreux public aura pu savourer le plutôt rare «Jeu de cartes» de Stravinski, à l’imposant épilogue de la «Symphonie N° 3» de Camille Saint-Saëns, la soirée aura ainsi coulé dans une normalité quasi irréelle, loin de la tourmente qu’ont générée les imputations de femmes qui disent avoir été victimes des agissements du chef d’orchestre. Oublié tout cela! On se tourne alors vers l’artiste et on saisit la force de son discours musical dans le «Jeu de cartes», un rien décousu dans les premières mesures, puis toujours plus fluide et racé.

Plus tard, le «maestro» a déployé une entente parfaite avec la divine Martha Argerich. Ensemble, le duo a cheminé dans le court et redoutable «Concerto N° 1» de Liszt, baguette d’une grande plasticité, touche du piano d’une délicatesse infinie (quel «Quasi adagio»!) et d’une énergie folle (un «Allegro» final qui vous renverse). Après ses bis (Schumann et Scarlatti), concédés avec cette dose massive d’hésitation qu’on lui connaît – «J’y vais? Non, je renonce… enfin, j’en parle au Konzertmeister, allez, je m’élance» – et après les adieux de Tobias Richter, une page s’est définitivement tournée.

La nouvelle? Elle sera écrite par Micha Damev. Pianiste et chef d’orchestre franco-bulgare, figure des Migros-Pour-cent-culturel-Classics, ce grand connaisseur donnera une nouvelle direction à la manifestation. Et cela commence par l’appellation: on aura désormais affaire au Septembre musical – Une fenêtre sur le monde. (TDG)

Créé: 10.09.2018, 17h29

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