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Un chanteur bernois, c’est exotique?

Figure du «Mundart», Endo Anaconda joue vendredi au parc La Grange. Portrait.

Endo Anaconda, chanteur fasciné par la langue bernoise, campe depuis les années 80 une figure du «Mundart».
Endo Anaconda, chanteur fasciné par la langue bernoise, campe depuis les années 80 une figure du «Mundart».
Michael Schär

Un fait surprenant va se produire ce vendredi soir au parc La Grange. En lieu et place des habituels griots mandingues, bluesmen anglophones et autres rappeurs hispanophones participant à la splendide saison estivale de la scène Ella Fitzgerald, c’est un Monsieur tout rose de peau, au regard ahuri et coiffé d’un chapeau mou, qui s’accrochera au micro. Endo Anaconda a un nom étrange. Endo Anaconda est une brute de poète, un monstre de la scène alternative folk et blues d’outre-Sarine.

Endo Anaconda est un Bernois véritable. Aussi vrai que ses personnages, tous plus édifiants les uns que les autres. Tels «Moudi» le matou, ce démon obsédé par le sexe et l’alcool. Ou, pire encore, «Haenne» le concierge, trop propret pour ne pas, un jour, péter les plombs et fuir avec la caisse. Ce qu’il fit, non sans jouir de tout envoyer bouler. Et tant pis pour la renommée des Suisses alémaniques. «Go, Haenne, Go!» Et tant mieux pour la mythologie helvétique, qui prend une allure autrement plus jouissive que la légende dorée des banquiers.

Nonchalance contagieuse

Ce vendredi, l’exotisme est à nos portes. Il descend des Alpes et grogne des mots taillés dans le franc-parler des montagnards. Endo Anaconda, nom de scène d’Andreas Flückiger, 62 ans, dont trente années à chanter, c’est, pour le public alémanique, ce géant de la poésie à contre-pied, un «antihéros», relève Jakob Graf, programmateur de la scène Ella Fitzgerald. Qui en sait quelque chose, pour être né dans l’Entlebuch. A deux pas de l’Emmental, là d’où Endo tire son goût du Mundart. Littéralement, l’«art de la bouche», autrement dit la littérature orale. «Ce lexique est d’une précision extraordinaire, procédant par contraction des mots, que les habitants de l’Emmental, qui ne lisaient pas beaucoup, ont développé dès l’Ancien Régime.» L’explication nous arrive droit de la gueule de l’ours. Endo, timbre chaud, tessiture grave, une vibration profonde dans le combiné, veut bien raconter tout cela à un citadin du bout du lac incapable, pourtant, de comprendre le moindre mot de Bärndütsch.

Endo Anaconda est fameux, mais ailleurs. Curieux décalage: à Genève, où il vient jouer pour la première fois avec le groupe Stiller Has, Endo, nommé dans la prestigieuse liste du prochain Prix Suisse de la musique, reste un parfait inconnu. Personne n’est parfait. Endo Anaconda s’en fiche, et cultive une nonchalance contagieuse, glorifiant les prolétaires, portant aux nues les flemmards et les ratés.

Littérature mondiale

«Genève, Die Fontaine! Je venais ici avec ma grand-mère. Cette ville, c’est tout un symbole.» De là à parler français, cependant… «J’ai vécu les premières années de ma vie à Bienne, puis grandi en Autriche. Les Autrichiens, vous savez, n’aiment pas trop Napoléon.» Et qu’importe la langue de Molière, pas plus que celle de Shakespeare. Endo Anaconda, fasciné par la langue de Berne et sa musicalité sans pareille, l’affirme: «L’expérience du chanteur est celle de l’oralité, qui participe à une littérature mondiale. J’en écris, beaucoup. J’en ai usé au théâtre aussi, mais ça ne se consomme qu’à dose homéopathique. Alors je la chante, pour sa simplicité et le charme de sa phonétique. On peut parler local, et trouver un sens global.»

Stiller Hasve 14 juillet, 20 h 30, scène Ella Fitzgerald, gratuit. Info: musiquesenete.ch

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