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La Callas en hologramme, l’illusion de l’éternité

La mythique cantatrice fait un retour en image virtuelle au Rosey Concet Hall de Rolle. Décryptage d’un tour de magie bluffant.

La soprano grecque Maria Callas, en hologramme, telle qu’elle apparaissait en 1958 lors d’un récital parisien.
La soprano grecque Maria Callas, en hologramme, telle qu’elle apparaissait en 1958 lors d’un récital parisien.
BASE HOLOGRAMS, LLC

On peut ne pas avoir eu la chance d’admirer sur scène Maria Callas, qui a quitté ce bas monde en 1977. Ou, au contraire, on peut ressentir une vive nostalgie de la Divine – comme on l’appelait à l’époque – et vouloir prolonger, le temps d’une soirée, les instants magiques d’un récital vécu à la première personne, il y a plusieurs décennies. Pour tous ceux qui se reconnaîtront dans ces scénarios, et pour les autres passionnés encore, le spectacle qui s’offre au Rosey Concert Hall de Rolle ce mercredi a de quoi attiser les envies et saisir les esprits.

Un mirage en 3D

La soprano grecque fait en effet un retour spectaculaire, un bond spatio-temporel dans le XXIe siècle, sous la forme d’un hologramme dont la vraisemblance confondante a déjà désarçonné les mélomanes de plusieurs salles dans le monde. Cette reconstitution virtuelle de la cantatrice, on la doit à une société américaine, Base Hologram, qui a ressuscité une première fois le personnage en 2017, et qui est responsable aussi du retour de deux autres grands trépassés: Amy Winehouse et le rappeur 2Pac.

Quelques détails à peine ont été dévoilés sur les dessous techniques et technologiques qui permettent ces renaissances. Un peu comme si on voulait s’approcher de trop près des secrets d’un prestidigitateur, on se frotte là à des silences qui en disent long sur la nature illusionniste du spectacle. En se glissant dans les plis de ce mirage musical, on apprend cependant que pour reconstituer la Callas, il a fallu faire appel à une comédienne. Équipée de capteurs, celle-ci a reproduit toutes les postures de la cantatrice. C’est précisément sur cette matrice chorégraphique qu’a été juxtaposée par la suite la silhouette de la Divina, parée d’une longue robe blanche et d’un châle rouge. Des tissus qu’elle portait par ailleurs lors d’un récital donné à Paris en 1958. Voilà pour les traits sommaires du spectacle.

Des défis à relever

Comment en savoir davantage? Tournons-nous vers le responsable technique de la salle rolloise, René Meyer, qui soigne l’exigeante mise en place de cette production itinérante. Les défis à relever par son équipe ont été nombreux: il a fallu tout d’abord adapter le spectacle aux dimensions de la scène, plus petite qu’ailleurs. Puis préparer avec minutie chaque étape de sa réalisation, en sachant que le temps à disposition pour régler le son, les lumières et les images n’est que de trois heures à peine. «Un tiers de ce temps est dédié uniquement à l’installation de l’écran holographique sur lequel les projeteurs envoient les images de Callas», note le technicien.

Sur cette surface en plexiglas sans relief se joue l’essentiel de l’illusion tridimensionnelle: les gestes et les postures de la soprano acquièrent ici une profondeur et un naturel à couper le souffle. Mais ce tour de force optique ne relève pas seulement de la projection d’images. «Les éclairages, que nous réglons avec beaucoup d’attention, jouent eux aussi un rôle capital, nous dit René Meyer. En équilibrant subtilement les lumières, nous parvenons à gommer la présence de l’écran. C’est un jeu de pondération qui, en voulant faire une analogie, pourrait faire penser à une fenêtre équipée de rideaux. Ce qu’on pourra apercevoir à travers le tissu ne sera pas le même si la lumière dans la pièce est allumée ou éteinte, si elle est puissante ou très faible.»

Il y a enfin tout le volet proprement musical, qui requiert un nombre d’interventions technologiques difficilement concevables dans un récital traditionnel. Prenez les cinquante pupitres de l’Orchestre de chambre de Genève, qui accompagnera la soprano: chacun sera équipé d’un micro et tous seront amplifiés dans la salle. «Cela requiert un autre travail d’équilibrage entre la voix de Callas et le son de l’orchestre qui sera placé derrière elle, note René Meyer. Il faut ensuite que la synchronisation entre les deux parties soit parfaite. Contrairement au ciné-concert, ici la marge de décalage entre le son et l’image est inexistante. Alors, chaque musicien sera équipé d’une oreillette qui indiquera avec des clics les attaques.» Quant à la cheffe irlandaise Eimear, elle sera appelée à interagir davantage encore avec la cantatrice, en lui adressant des applaudissements ou en lui tendant la main. Elle sera pour cela aidée par un écran placé à proximité, qui dictera le timing de ses interventions.

Des airs de légende

Reste alors à goûter aux airs d’opéra qui ont fait la gloire de Callas, de «Casta Diva» dans «Norma» de Bellini à la scène des cartes de «Carmen» de Bizet, de celle de la lettre dans «Macbeth» de Verdi à la valse de Juliette dans «Roméo et Juliette» de Gounod. Autant de joyaux gravés dans un passé qui paraît aujourd’hui révolu. Celui qui poussait à vénérer les grandes cantatrices – la Divine, la Tebaldi, la Sutherland... et déchaînait les passions des mélomanes et les chasses des paparazzis. Au Rosey, c’est de l’illusion de son retour.

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