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Brigitte Fontaine mord encore

A 80 ans, la pasionaria punk livre «Terre Neuve», treize visions hallucinées, baignées d’horreur et de beauté.

Brigitte Fontaine, telle qu’elle pose pour son nouvel album, «Terre Neuve»
Brigitte Fontaine, telle qu’elle pose pour son nouvel album, «Terre Neuve»
Frank Loriou

Elle grogne et râle, sa voix racle la musique. Elle chante ces mêmes paroles qu’elle entonnait il y a quarante ans d’une voix douce et claire, désormais chargée de nerfs et de glaires: «Moi, la reine du Mardi Gras, dansant en robe verte couverte de crachats, moi qui vous parle sous un ciel étouffé, moi qui vous parle la bouche cousue…»

Brigitte Fontaine, 80 ans, prend une fois de plus le mors aux dents. Direction «Terre Neuve», son 19e album studio. Où les mots serpentent sous une cathédrale de bruits et de fureur, tandis qu’une guitare renifle dans la traîne de la reine tragi-comique. Ça sonne rock, âpre, dépouillé, violent. Mais voilà que ça plane, et ondoie lorsque des violons s’immiscent dans la danse. Alors le bateau tangue, la tempête gronde. Tout droit vers le cyclone. Pas de répit pour Brigitte.

Réglée comme une horloge

Elle l’avait prédit il y a un an. Sa dernière sortie discographique est parue telle qu’annoncée, vendredi 24 janvier. Brigitte Fontaine est réglée comme une horloge – on l’oublie souvent, tant son caractère suscite des interrogations. Un roman publié chaque année, le dernier en date, «L’onyx rose», en 2018. Sept années ont passé, sans studios, durant lesquelles la pasionaria punk de l’île Saint-Louis – son repère au cœur de Paris – a aligné non seulement les livres et les concerts, également des lectures à foison, dont cet hommage au romancier et dramaturge algérien Kateb Yacine, signant en passant l’une ou l’autre pièce pour le théâtre, ce qu’elle n’a cessé de faire depuis cinquante ans. Voilà ce qu’elle a fait depuis son précédent opus musical, «J’ai l’honneur d’être».

Sacrée Brigitte, qui nous gratifie aujourd’hui de treize chansons, treize visions hallucinées, ainsi que quatre «Break» lapidaires (dont un sur lequel elle crie «Destroy! Nihilisme!»). Horreur et beauté, mâle déroute contre hédonisme revendiqué, ici cogite toujours l’auteure interprète. Citons «J’irai pas», «Je vous déteste» et «Parlons d’autre chose», quand même. Encore «Ragilia» et «Les beaux animaux», des reprises de son propre répertoire. Comme souvent, l’ancien revisité au papier de verre côtoie le neuf frais coupé. Toutes choses réalisées cette fois avec Yan Péchin, le «guitar hero» qui l’accompagne en duo dans ses dernières tournées. Et cet autre transfuge qu’on vit également chez feu Bashung, le producteur Jean Lamoot, une vedette dans son domaine. À trois, cela fait un beau boucan, des batteries furax, des basses lourdes, cherchant leur dû dans le jazz aussi.

«J’ai l’bourdon, c’est couillon»

«Je suis née pour mourir. Comme tout le monde», assure celle qui, ailleurs et par écrit, se qualifie de «lumpen BCBG», de «serpent noir luisant ressuscité des morts», ne signant que chimère et autre illusion comique. Pour rire, on aura alors «J’ai le blues, c’est la lose, j’ai l’bourdon, c’est couillon.» Mais le morceau de bravoure de ce nouvel album, «Vendetta» s’avère autrement virulent: «Masculin assassin, à bas le sexe fort, à mort, à mort, à mort, assez parlementé, vive la lutte armée, qu’on empale tous les mâles et qu’on châtre les psychiatres.»

En folle furieuse ou douce dingue, qualité idéale pour donner du verbe sans censure, Fontaine reste une usine à langage, le générateur incontinent de tirades foutraque, si justes à vrai dire. Parfaitement précieuses.

«Terre Neuve» Brigitte Fontaine (Verycords)

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