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Brahms en deux mouvements

Le pianiste américain Nicholas Angelich présente les «Concertos» de son compositeur fétiche. Entretien.

Nicholas Angelich a gravé les deux «Concertos» de Brahms avec le chef Paavo Järvi.
Nicholas Angelich a gravé les deux «Concertos» de Brahms avec le chef Paavo Järvi.
JEAN-FRANCOIS LECLERCQ

Dans sa besace, il a glissé les partitions du compositeur qu’il chérit par-dessus tous: celles des deux «Concertos pour piano» de Johannes Brahms. Trois soirs durant, Nicholas Angelich – pianiste américain établi depuis très longtemps à Paris – s’attellera à ces pièces aux traits disparates, conçues à deux décennies d’écart et qui permettent en cela de mesurer le cheminement de leur géniteur. Alors que le triple rendez-vous musical avec les mélomanes genevois approche, l’interprète nous reçoit entre deux séances intenses de répétition et nous dit le bonheur de travailler pour la première fois avec le chef Jonathan Nott et de côtoyer à nouveau l’Orchestre de la Suisse romande. Sérieux mais décontracté, l’homme se penche sur ses passions avec un tact et une discrétion désormais légendaires.

Comment prend forme une première répétition avec un chef que vous ne connaissez pas?

Il faut se présenter au rendez-vous en laissant toujours ouverte la possibilité d’adapter son opinion sur les œuvres. C’est ainsi qu’un dialogue peut s’installer et que les regards des uns et des autres peuvent évoluer. Cela vaut pour ces deux «Concertos» aussi, qui sont surprenants, voire bizarres. Je les considère comme des symphonies pour piano obligé. Cela impose qu’on soit tous d’accord, chef, orchestre et moi-même, sur le tempo à adopter, par exemple, parce que les marges d’ajustement sont réduites. Brahms affiche ici toute sa force visionnaire. Le «Concerto N° 2» présente certes des lignes assez classiques, mais il étonne presque autant que le premier, où on trouve des passages audacieux et d’une modernité intacte. Le public de l’époque ne l’a pas compris pleinement, secoué sans doute par sa violence émotionnelle, par ses traits tragiques.

Comment qualifieriez-vous l’approche de Jonathan Nott?

Nous avons peu parlé avant de commencer à travailler et j’ai beaucoup aimé cette entrée en matière par l’action. Les choses se sont mises en place de manière rapide et évidente. Le chef affiche une grande subtilité dans la manière d’aborder les détails. Il fait preuve aussi d’une grande cohérence dans la vision d’ensemble. Cela me paraît important dans une musique où les grandes structures occupent une si grosse place. Enfin, dans ses dialogues avec l’orchestre, j’ai entendu plein de choses intéressantes qui, à mes yeux, éclairent autrement, par des détails infimes, ce répertoire. On comprend dans ce genre de circonstance qu’on n’a jamais fini de faire le tour de la musique qu’on aborde.

Avez-vous besoin de passer beaucoup de temps au piano pour travailler une œuvre?

Cela dépend des moments. Il m’arrive parfois de me dire qu’il vaut mieux avancer sans instrument et plonger plutôt longuement dans la partition. À d’autres moments, je donne une grande importance au contact avec le piano. Ce qui me paraît important, c’est que j’aime travailler.

Quels sont les nouveaux territoires musicaux que vous aimeriez explorer?

Je travaille souvent des pièces que je n’ai pas prévu de présenter sur scène. Il y a tellement de répertoires à disposition…

De quoi est fait ce répertoire?

Il y a du Bach notamment. Un compositeur dont j’ai enregistré les «Variations Goldberg», ce qui a requis deux ans de préparation et un travail énorme. De manière générale et dès mon plus jeune âge, j’ai ressenti le besoin de déchiffrer les œuvres, de partir à leur rencontre pour les saisir pleinement.

Nicholas Angelich, en concert avec l’OSR, Jonathan Nott (dir.), Victoria Hall, 17, 18, 19 oct. à 20 h. Rens. www.ors.ch

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