Bon Iver, retour à la lumière du prodige folk

CritiqueDimanche au Montreux Jazz Festival, le beau falsetto américain lâchait les effets robotiques pour gagner en émotion

Justin Vernon, alias Bon Iver, a décidé de ne pas montrer plus qu'un œil aux photographes. Dimanche 7 juillet au Montreux Jazz Festival, il n'était donc pas question de prendre des images de son concert...

Justin Vernon, alias Bon Iver, a décidé de ne pas montrer plus qu'un œil aux photographes. Dimanche 7 juillet au Montreux Jazz Festival, il n'était donc pas question de prendre des images de son concert... Image: Cameron Wittig & Crystal Quinn

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Dimanche, 21 h 30. L’Auditorium Stravinski baigne dans un halo vert sous-marin. Justine Vernon, alias Bon Iver, natif d’Eau Claire dans le Wisconsin, tripote ses machines du bout des doigts. La vedette du jour porte un casque audio sur les oreilles, comme en studio. Comme dans sa bulle? Son chant en falsetto cependant file droit vers la cible: venu en masse acclamer le héraut américain du renouveau folk, le public du Montreux Jazz Festival se laisse couvrir d’un émouvant frisson.

Blanc clinique sous les spots

La lumière vire au rouge sang. Au climax d’une longue montée en puissance, Bon Iver, en bon cousin de cet autre Américain mélancolique qu’est Sufjan Stevens, laisse flotter en nappe un plein tombereau de rêverie nostalgique. Jeu de synthétiseurs, empilage de boucles sonores répétitives, évoquant une cornemuse ou une vielle, ou que sais-je d’ancien: est-ce un peu geignard, un peu banal entre deux montées, un peu Phil Collins? Oui, mais ça passe vite, on oublie.

À présent, les spots déversent un blanc clinique sur la scène. Solo au sax ténor, guitare électrique en support. De l’effet robotique sur la voix, choix pénible du dernier album, «22, A Million» en 2016, il ne sera plus question après le seul premier morceau. Les chansons étiolées par l’électronique, les mélodies rendues parcellaires dans la quête d’un autre son, ont aujourd’hui repris de la chair. «Perth»: le drama initial vire au rock lourd, martelé fort par deux batteries cognant côte à côte. «45»: le chant se frotte au r’n’b, l’orchestre aménageant de longs et dramatiques silences, proche d’un James Blake dans le style. Bon Iver obtient des merveilles avec ses quatre musiciens polyvalents. Sean Carey (batterie, claviers), Matthew McCaughan (batterie) et Michael Lewis (basse, sax) suivent l’affaire depuis 2011, Andy Fitzpatrick (guitare) les a rejoints en 2016.

Light show rose pamplemousse

Des formes violettes clignotent sur l’écran de fond, des symboles cryptiques ajoutent au climat mystérieux. Cliquetis, tintements et clochettes aux synthés, l’electro folk de Bon Iver vibre comme un appel du fond des bois. Ça rappelle Sigur Ros, c’est assez beau comme cela.

Rose pamplemousse encore. Harmonica et chant grave marquent le retour de la guitare grinçante de «Skinny Love» en 2007. En héritier de Pete Seeger et Johnny Cash, Bon Iver ose un dernier contraste dans le dépouillement du folk originel, ajoutant encore «Hey, Ma», nouveau titre d’un album à venir, pour clore le concert, un simple trait de lumière tombant sur le chanteur.

Créé: 08.07.2019, 18h44

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