Le bluegrass, musique du futur

ConcertStars aux États-Unis, les Punch Brothers ont remis la mandoline au milieu du village. À voir jeudi à l’Alhambra.

Les Punch Brothers, quintet américain de «bluesgrass progressif», seront en concert à l’Alhambra jeudi 8 novembre.

Les Punch Brothers, quintet américain de «bluesgrass progressif», seront en concert à l’Alhambra jeudi 8 novembre. Image: Josh Goleman

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Vu dans la presse d’outre-Atlantique la mention d’un groupe comme il y a en a tant de connus là-bas qu’on ne verra que trop peu par ici. Cette fois, il s’agit des Punch Brothers. Vedette des festivals de l’été dernier, le quintet est attendu dans le prestigieux Carnegie Hall de New York. Cinq héritiers de la musique country bombardés coqueluche de l’intelligentsia américaine! On reste circonspect dans un premier temps – qui connaît vraiment les goûts des Nord-Américains? Puis on écoute. Il y a là de la mandoline, du banjo, du violon «fiddle», sans oublier la contrebasse et la guitare: tous les éléments de l’orchestre traditionnel, rien d’étonnant a priori. Le chant? En voix de tête, d’une finesse inouïe. Comme le sont les compositions. Avec les arrangements, voilà ce qui sort du lot, de même que l’interprétation, d’une virtuosité ébouriffante. Une question demeure, cependant: est-ce du folk, de la country, de la pop, du rock? Peut-être même du baroque! Vertige. Cette musique s’avère proprement extraordinaire.

Les Punch Brothers jouent ce jeudi 8 novembre à l’Alhambra. Le quintet est en tournée européenne, non plus seulement en Grande-Bretagne où la bande se rend régulièrement depuis une dizaine d’années déjà, mais également dans les pays du continent. Signe d’un succès qui prend de l’ampleur. Paris, Copenhague… Et Genève. On a pu voir les Punch Brothers au parc La Grange en 2015 – pas encore assez connu. Trois ans plus tard, leur passage en vieille ville fera-t-il recette? Pour le moins, le caractère feutré de l’Alhambra devrait convenir à ce répertoire délicat.

Entre Bach et Radiohead

En fait d’étiquette, ce quintet venu de Californie, aujourd’hui installé dans la Grande Pomme – moyenne d’âge 35 ans – qualifie son style de «bluegrass progressif». Ou comment puiser dans la tradition populaire matière à faire de véritables compositions savantes, des suites instrumentales écrites – ainsi de cette pièce en quatre mouvements sur le premier album, «Punch», en 2008 – tout en gardant un goût marqué pour l’improvisation, également pour les refrains pop.

Avec les Punch Brothers, le bluegrass, ce répertoire campagnard jusqu’au bout des bottes, indissociable de l’imaginaire américain «old-timer», vit un renouveau inattendu. Non pas que les groupes en brettelles avaient disparu du paysage américain: cette mode-là semble éternelle et compte toujours de nombreux aficionados, adeptes des «square dances» dominicales en tenue vintage. La nouveauté, aujourd’hui, est ailleurs. Dans ce croisement étonnant entre plusieurs traditions. Où l’héritage du pionnier Bill Monroe rencontre Bach et Debussy, mais aussi Radiohead et Britney Spears. Ces exemples ne sont pas fortuits: ils comptent parmi les bis des Punch Brothers ou du trio Nickel Creek, dans le lequel Chris Thile, mandoliniste et leader des Punch, a fait ses débuts adolescent. Autre groupe fameux dans un registre voisin, le trio féminin I’m With Here, pour sa part, n’aime rien moins que reprendre à capella les succès d’Adele: son «Send my Love» sonne d’une beauté pleine et ronde.

Des frères Coen à Brad Mehldau

Un film en particulier aura contribué à remettre en quelque sorte la mandoline au milieu du village: c’est «O’Brother» des frères Coen, sorti en 2000, dont la bande-son, constituée de standards bluegrass notamment, fit un tabac, contribuant également à l’intérêt porté aux groupes d’aujourd’hui. Juste retour des choses: lorsque les Coen, en 2013, envisagent la bande-son d’«Inside Llewyn Davis», les réalisateurs font appel, entre autres, à Chris Thile et les Punch Brothers.

Mais revenons au début de l’histoire. On s’est fait fort de nommer Bill Monroe; c’est à ce musicien originaire du Kentucky que l’on doit les prémices du bluegrass, dans les années 1940. Le style constitue lui-même un bouturage du répertoire dit «old-time» («vieux-temps» en français, pas terrible comme traduction), lui-même issu des traditions blues et anglo-irlandaises. Utile de mentionner qu’à ses débuts, la jolie musique se contente le plus clair de son temps d’accompagner les danses populaires. Contexte communautaire, culture familiale. De fêtes en concours, voilà comment les musiciens des Punch Brothers ont appris la musique, avant de se former au classique. Ne dit-on pas de Chris Thile qu’il joue Bach à la perfection? Un duo avec le violoncelliste Yo-Yo Ma consolidera encore cette réputation. Un autre avec le pianiste de jazz Brad Mehldau, ajoute encore au talent large spectre. En 2018, le bluegrass sort du bois, et ses maîtres vivent à la ville, entre galerie d’art et clubs à la mode.

Punch Brothers je 8 nov., 21 h, Alhambra. Infos: pfl-mgmt.com. Dernier album: «All Ashore» (Nonesuch Records).

Créé: 06.11.2018, 17h49

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