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Benjamin Appl rend doux l’hiver de Schubert

Avec «Winterreise», le jeune baryton allemand a fait des débuts distingués sur la scène du Grand Théâtre.

Le baryton allemand Benjamin Appl.
Le baryton allemand Benjamin Appl.
LARS BORGES/SONY

Il a été un des derniers élèves de Dietrich Fischer-Dieskau. Un titre honorifique qui aide bien sûr à placer idéalement un jeune baryton dans la cosmogonie des grands enchanteurs du Lied. L’Allemand Benjamin Appl est donc arrivé à Genève paré de l’adoubement lointain d’un maître disparu, mais accompagné aussi par une aura qui n’a cessé de grandir ces dernières années. Certains observateurs n’hésitant plus à ériger le trentenaire parmi les meilleurs barytons en circulation, du moins dans la mélodie germanique. À l’heure de la vérification de ces beaux dires, jeudi soir au Grand Théâtre, on est d’entrée frappé par l’apparition sur scène de cette longue silhouette au port distingué, par les traits harmonieux de son visage et par une coupe capillaire tout à fait dans l’air du temps. Considérations qui, le temps de deux battements de paupières, vous projettent vers les défilés de mode ou dans les catalogues de prêt-à-porter.

Au troisième battement, cependant, surgit l’univers glacé et bouleversant de Schubert, avec une «Winterreise» que Benjamin Appl approche d’un chant sinueux, agile et aux expressions habitées. Les vers du «Gute Nacht» liminaire défilent ainsi et on se dit que cette voix ne partage aucun trait avec d’autres, bien plus charpentées, qui ont marqué ce cycle: on pense à celle bien plus puissante d’un Thomas Quasthoff, ou encore à celle, corpulente et autrement plus raide, de Jonas Kaufmann. Le timbre clair et la densité aérienne de ce baryton donnent une tout autre texture aux articulations, aux legatos, à la scansion. Tout, ici, coule avec naturel, sans emphases inutiles ni emportements; on passe des «forte» aux «pianissimi» avec des arrondis qui adoucissent les vers mélancoliques de Wilhelm Müller – l’évaporation finale de «Rückblick» en a été une des plus belles illustrations. Benjamin Appl a la grâce des grands; ce que le piano profond et délicat de Graham Johnson (tiens, un des plus grands accompagnateurs en circulation) n’a fait que souligner.

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