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Aya Nakamura, l'insolent succès d'une pop assez creuse

Reine sur le web, la chanteuse franco-malienne cartonne également en concert: 8500 fans l’ont écoutée vendredi à l’Arena.

La chanteuse franco-malienne Aya Nakamura sur la scène de l’Arena, vendredi 13 décembre.
La chanteuse franco-malienne Aya Nakamura sur la scène de l’Arena, vendredi 13 décembre.
Maurane Di Matteo

Courir au vestiaire, remonter les jeans sous le nombril, rejoindre la salle sans plus attendre, hurler, tomber dans les pommes, se relever, hurler encore. Ont-elles assez bu, les fans d’Aya Nakamura? Ont-ils autre chose que 15 ans, les 8500 spectateurs de l’Arena?

Ici, Cointrin, vendredi 13 décembre: des nouvelles d’un autre monde, celui des réseaux sociaux qui babillent, de la variété an 2019. Laquelle n’a rien à dire sur l’actualité d’hier, rien à penser des affaires de demain. Mais fait preuve d’un insolent succès, juste là, maintenant.

Championne du streaming

«Bonsoir, Genève. J’ai envie de tout partager.» Aya Nakamura s’avance dans un habit moulant, noir à paillettes. Aya Nakamura campe au milieu des premiers rangs, au bout d’un praticable installé tout exprès pour l’occasion. Elle chante fort, bouge peu, déhanche un rien – cris d'admiration –, esquisserait même la possibilité d’un twerk. Puis passe sa main d’un geste distrait dans sa longue chevelure de jais, qui ondoie doucement sous l’effet d’un petit vent. Elle n’a pas un bagout extraordinaire – pas besoin, le public démarre dans la seconde. On n’entend guère le texte – qu’importe, l’assistance connaît par cœur les paroles.

Aya Nakamura, Danioko de son vrai nom, naissance à Bamako, enfance en Seine-Saint-Denis, 24 ans, deux albums à son actif, 32 chansons à son répertoire, est une vedette. Une immense vedette, en France d’abord, où de nombreux médias saluent son ton original, voire révolutionnaire. Également en Belgique, en Hollande, en Roumanie, comme en Suisse. Aya Nakamura est un phénomène, du streaming musical qui en a fait sa dernière reine, de l’afropop dansante que l’on écoute partout en Europe comme en Afrique. Les vues se comptent en centaine de millions. Les ventes sont spectaculaires. Voilà une musique légère à propulsion médiatique.

La posture des podiums

Drôle d’affaire que cette chanteuse à la mode. Elle est femme et noire, une première au sommet du hit parade hexagonal. On la dit authentique, assumée. L’artifice, pourtant, fait partie de son image, largement diffusée sur les réseaux sociaux, sur Instagram en particulier. C’est le make-up des clips américains, la posture des podiums, le glamour un tantinet porn des selfies travaillés entre copines. Se plaire, à soi comme aux autres: tout ce que réclame une part non négligeable des adolescents d’aujourd’hui. Voilà son public, majoritairement féminin. «Des gars à Aya!? Surréaliste!» Deux spectatrices, s’étonnent d’une présence masculine dans la foule. «Mais elle est belle, hein? Elle est belle!!»

Oui, elle est belle. Elle en jette, même. Pourtant, il n’y a rien d’extraordinaire sur scène. Aya Nakamura débite les titres sans ajouter de relief particulier, sinon les grosses basses de circonstance, un batteur et un guitariste fondu dans la masse sonore, des choristes en soutien, ainsi que des danseurs comme on en trouve dans toutes les «battle» hip-hop des maisons de quartier. Musicalement non plus, ça ne détonne guère du commun. Afropop, alors: zouk, coupé-décalé, ragga dance hall, rap et r'n'b mélangés, comme Maître Gims avant elle, comme MHD aujourd’hui. Le terrain est balisé, Aya Nakamura évite soigneusement les cahots.

Comme Lorie il y a 20 ans

Est-ce le côté fille-d’à-côté qui plaît? Ou, au contraire, le culot dont fait preuve Aya Nakamura, parfaitement à l’aise sous les lumières en dépit d’un manque d’épaisseur? À moins que cette nonchalance crâneuse d’une jeune femme toute à ses affaires personnelles... Ainsi va l’essentiel des textes, où les déceptions amoureuses croisent le goût de la gloire, où «pipelettes» rime avec «pépettes». Léger. Comme ne l’est pas en revanche le titre «Idiot», l'histoire de la femme qui voulait quitter son conjoint violent. Ou «Debout», sur la détresse d’une fille de 20 ans paumée devant la vacuité de l’existence. Triste monde qu’Aya Nakamura dépeint à sa façon, téléscopée, bardée de gimmicks. Mais de «female empowerment», en revanche, il n’est pas plus question ici que chez Lorie par exemple – succès similaire avec un public similaire, il y a vingt ans de cela en France. Alors, avec Aya, le public fait la fête. A l’Arena, les filles dansent en groupe et rigolent sacrément bien ainsi.

«Genève, il faut que je vous dise la vérité.» «Ouiiiii!» «C’est bientôt la fin du show.» Une heure et quinze minutes de concert au total. «Pookie» en guise d’adieu, le titre le plus caractéristique de son répertoire, qui dépasse en terme de son comme de refrain tous les autres, y compris son plus gros succès, «Djadja». Ici, Aya Nakamura atteint son maximum d’efficacité, rejoignant la cohorte des rappeurs chanteurs francophones du XXIe siècle, pour imposer sa marque. Juste pour ce titre-là.

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