Axelle Red: «On devrait avoir un droit d’exil»

RencontreDe retour avec un nouvel album, la chanteuse belge raconte ses engagements et ses utopies.

Axelle Red revient avec un nouvel album en français, «Exil», enregistré à Memphis.

Axelle Red revient avec un nouvel album en français, «Exil», enregistré à Memphis. Image: Jan Welters

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Elle boit son café en souriant, accueille le visiteur de même. Et, déjà, les mots fusent: «Il faut un vice, en tout cas un. Sinon on fait d’autres choses qui ne sont pas bonnes. On devient frustré, méchant, on nuit encore plus à soi-même et aux autres.»

Ainsi va Axelle Red. On la connaît chanteuse, douce rockeuse à la tignasse rousse, timbre feulant dont les ballades ont chevauché l’an 2000. Vingt-deux ans après «À tâtons», qui la révéla au grand public francophone, Fabienne Demal, Belge de langue maternelle flamande, 50 ans en 2018, sort un nouvel album. «Exil», pour dire son attachement aux musiques nord-américaines, à Memphis, où elle a enregistré avec des musiciens du cru.

Du narcissisme et de l’argent

Rencontrer Axelle Red, cependant, c’est ouvrir grandes les portes, pas tant sur la pop, dont elle a fait son métier, que sur ses engagements pour des idées. On a commencé à parler de vice. Continuons! Si elle n’avait pas fait de musique, qu’aurait-elle pu espérer? «Dire que ce n’est pas un vice, la musique, mais une bénédiction, c’est très narcissique. Ce serait estimer qu’on a un don et que ton rôle consiste à faire plaisir aux autres. En fait, en tant qu’artiste, on est toujours entre deux pôles: se redouter soi-même, parce qu’il y a une modestie qui reste charmante, et une sacrée portion de narcissisme, sinon on ne monterait pas sur une scène. Il y a peu d’artistes qui se suffisent de la seule création. La plupart a besoin de reconnaissance. Même le peintre le plus alternatif.» De l’art. De la reconnaissance. Ce serait bon s’il n’était le capitalisme:

«Malheureusement, tout passe par l’argent. Si on était moins intéressé par le gain monétaire, si on se suffisait plus de la reconnaissance artistique? Mais ça n’existe pas dans notre société, ce n’est pas possible. C’est l’argent qui vous donne une valeur. Sans, on ne vous respecte pas.»

Axelle Red, sa trajectoire indique un pas de côté. «On est redevenu – à l’exception des rares artistes globalisés – des troubadours qui, en échange d’un repas, doivent chanter pour le roi, lui tresser des louanges. Or beaucoup d’artistes seraient prêts à contribuer à une société différente. Imagine Mozart qui joue dans la rue. Qui paierait sa vraie valeur?» Dépendre de la compassion des autres? «Pas logique, pas dans la situation actuelle. Je suis juriste de formation. La première chose que j’ai retenue, c’est que la loi court derrière le changement. Concernant les droits d’auteur, la loi n’est pas à jour.»

Jésus, idole d’empathie

On peut discuter comme cela avec Axelle Red. Du statut économique des musiciens de cour («Et ça n’est pas si ancien!»), de l’industrie du disque en chute libre, de la crise des médias encore, de l’intérêt de défendre les corps de métier aussi. Autant de problématiques pour lesquelles la chanteuse se bouge, prenant à bras-le-corps son rôle public.

C’est le féminisme, alors. En 2009, son engagement lui suggérait un double album en anglais sur les violences sexuelles, «Sisters and Empathy». Deux ans plus tard, «Un cœur comme le mien» traitait «d’un féminisme qui sert l’humanisme». L’occasion, pour elle, de visiter les racines de la culture nord-américaines, telles que l’«americana» qui lui plaît tant. Mais… «Ce répertoire m’accompagnera toute ma vie et fait écho à mes engagements, récemment encore pour la campagne «She Decides» en réaction à Trump lorsqu’il a décidé de couper les fonds alloués aux ONG travaillant pour le planning familial.»

La parole est prise, il faut savoir la peser: «Je suis libre. Mais j’insiste sur la responsabilité. En mai 1968, on parlait de liberté? On s’est rendu compte que des abus, il y en avait encore beaucoup! La liberté, c’est surtout celle de celui qui a le plus de pouvoir. Alors, plus on est libre, plus il faut de responsabilité. Pas question d’en faire payer le prix aux autres. Sinon personne n’y trouve son bonheur.» Elle souffle. Trois mots encore. Gratitude, partage, modestie. «Je suis humaniste. Dans le monde occidental, les dieux sont morts. Parce qu’on a abusé de la figure de Jésus pour en tirer du pouvoir. Mais le modèle reste merveilleux pour ce qu’il a d’empathie, de compassion! Jésus, c’est l’une de mes idoles. Et l’on redécouvre enfin Marie-Madeleine!» Une utopie se dessine. Axelle Red, un temps, pensait même en faire un livre. Reste, pour l’heure, une idée qui fait mouche: «On devrait avoir un droit d’exil, pouvoir partir puis revenir, en toute curiosité.»

Axelle Red «Exil» (Play Two)

Créé: 01.05.2018, 20h32

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