Aviel Cahn, un directeur visionnaire pour le Grand Théâtre

OpéraActuellement à la tête de l’Opéra des Flandres, le Zurichois succédera à Tobias Richter dès la saison 2019-2020.

Aviel Cahn succédera dès la saison 2019-2020, à Tobias Richter à la tête de la maison lyrique genevoise

Aviel Cahn succédera dès la saison 2019-2020, à Tobias Richter à la tête de la maison lyrique genevoise Image: Lucien Fortunati

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Son profil s’est imposé avec évidence, parmi les 25 dossiers de candidature parvenus sur le bureau de la commission de recrutement du Grand Théâtre. Aviel Cahn succédera donc, dès la saison 2019-2020, à Tobias Richter à la tête de la maison lyrique genevoise. Annoncée aujourd’hui dans son siège administratif provisoire de la Villa Rigot, sa nomination clôt un long processus de sélection qui a mobilisé, depuis le mois d’octobre dernier, cinq membres du bureau du Conseil de fondation de l’institution, ainsi que des magistrats de la Ville et des experts consultants. Dans une salle de la vieille bâtisse, le futur homme fort de la place Neuve a pris la parole après avoir été présenté par Lorella Bertani, qui préside le Conseil de fondation, et par Sami Kanaan, responsable de la Culture et des Sports de la Ville.

Sous des airs un brin sévères, le directeur désigné a dévoilé dans un français fluide et d’un propos clair celles qui seront ses lignes directrices. «Je n’entends pas faire du copier-coller des expériences que j’ai vécu ailleurs, a-t-il noté d’entrée. Je vais plutôt façonner un opéra sur mesure, en accord avec les innombrables sources d’inspiration qu’apportent les thématiques actuelles et les questions locales. J’aime imaginer un théâtre actif, immergé dans le tissu social qui l’environne. Il faut pour cela multiplier les liens avec les acteurs culturels présents pour faire en sorte que l’opéra ne se replie pas sur lui-même.»

Un limier redoutable

La nécessité de l’ouverture est aussi accompagnée d’une ambition, celle de replacer à Genève à la première place parmi les scènes lyriques en Suisse. «Mon premier souvenir du Grand Théâtre remonte à mon enfance. Je devais avoir à peu près 6 ans quand j’ai vu à la télé une retransmission du Ballo in maschera de Giuseppe Verdi. Dans la distribution il y avait notamment Luciano Pavarotti. J’ai ressenti à l’époque une certaine jalousie en constatant que ce genre de spectacles n’était pas monté dans ma ville natale. Dans un avenir proche, j’aimerais, en tant que Zurichois, que mes concitoyens éprouvent à nouveau cette jalousie. Les conditions pour y parvenir sont réunies: ici, on dispose d’une des plus grandes salles du pays, on peut compter sur un orchestre de qualité, dirigé par un chef que j’apprécie beaucoup. Ajoutons encore la structure des saisons, construite sur un mode «stagione» et non sur un répertoire. Cela donne aux artistes la possibilité de concrétiser leurs idées et leurs aspirations.»

Timonier de l’Opéra des Flandres depuis 2008, Aviel Cahn se rapprochera ainsi de sa ville natale, Zurich, après avoir marqué d’une empreinte solide les destinées artistiques de l’établissement belge, qui chapeaute à la fois les scènes d’Anvers et de Gand. L’essentiel de sa réputation s’est construit d’ailleurs dans ces deux villes du Plat Pays. On dit de lui qu’il y a brillé en fin connaisseur du monde des voix. On lui reconnaît aussi un flair prodigieux. En limier redoutable, il a su repérer très tôt les stars de demain et leur a donné une place de choix sur les planches. Mais surtout, Aviel Cahn a su attirer de grands noms de l’art scénique (mais pas seulement), qui se sont parfois frottés pour la première fois à la mise en scène. Ce fut le cas de l’artiste serbe Marina Abramovic, mais aussi cette figure du 7e art qu’est Terry Gilliam, ou encore de Daniel Finzi Pasca, qui signera la prochaine Fête des Vignerons, en 2019. On peut imaginer, ou du moins espérer, que ce courant frais qui a touché les Flandres, passera aussi par Genève.

En Belgique, l’esprit d’ouverture, les projets visionnaires ainsi que les solides capacités de gestion, ont permis au directeur de donner un nouveau souffle à une maison qui souffre depuis toujours de la concurrence de sa grande rivale, La Monnaie de Bruxelles. Les orientations artistiques, les choix de metteur en scène ont dévoilé, un personnage souvent audacieux et parfois iconoclaste. Ses productions ont montré un souci d’ancrage dans le présent, et laisser entrevoir des préoccupations contemporaines d’ordre politique et social. Cela lui a valu parfois des réactions virulentes d’une frange de passionnés attachée aux traditions. Mais aussi la reconnaissance d’une portion importante du public flamand qui, de l’avis des observateurs, s’est considérablement rajeuni sous son règne.

Un directeur salué par les professionnels

Les professionnels ont à leur tour salué le parcours du directeur: le prestigieux magazine anglais Opéra a ainsi adoubé le Zurichois en classant à trois reprises (en 2014, 2015 et 2017) l’Opéra des Flandres parmi les six meilleures maisons au monde. Cela augure de beaux lendemains pour le Grand Théâtre, maison au rayonnement international comparable à celui de l’Opéra des Flandres, mais qui jouit d’un budget bien plus important - 64 millions de francs par saison contre environ 36.

A bientôt 44 ans (il les fêtera le 14 juin prochain), Aviel Cahn ajoute ainsi une nouvelle étape importante à son parcours. Ses foulées se sont d’ailleurs enchaînées à une cadence rapide et déterminée dans le monde du classique puis de l’opéra. Très jeune, il s’attelle au chant et au piano, puis se dirige vers des études de droit à Zurich, en s’intéressant déjà à la position juridique de directeur de théâtre. Son diplôme de juriste dans la poche, il prend le large et s’installe à Pékin, où, à 26 ans, il s’occupe des relations internationales de l’Orchestre symphonique de Chine.

De retour en Europe un an plus tard, il file en Scandinavie pour soigner pendant trois saisons le planning et le casting de l’Opéra de Finlande. En Suisse, il fait un passage à la tête de l’Opéra de Berne, avant de prendre la tête, à 34 ans seulement, de l’Opéra des Flandres. En le désignant comme patron de son institution, le Grand Théâtre a ainsi misé sur une figure affirmée dans le management musical, doublée d’un profil artistique qui a fait la preuve de sa solidité.

(TDG)

Créé: 24.05.2017, 15h32

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