L’avenir de Voix de Fête passe par l’Afrique

Voix et chapitresLa 18e édition, du 16 au 20 mars, consacre une journée entière aux musiciens de l’Ouest africain. Un enjeu de taille pour le festival de chanson, qui cherche à renouveler son propos.

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C’est une première pour Voix de Fête. A l’occasion de sa 18e édition, du 16 au 20 mars, la manifestation dévolue aux chanteurs francophones accueille l’Afrique en invité d’honneur. Six artistes à l’affiche, du Mali, du Sénégal et du Burkina Faso. Avec détour auprès des écoliers du canton dans le cadre du projet éducatif associant musiciens africains et suisses «Une chanson pour l’éducation». Sans oublier les officialités, puisque ce dimanche 20 mars, tout d’Afrique vêtu, sera également la Journée internationale de la francophonie.

Cette année, le festival autoproclamé «franco-responsable» prend une option majeure pour asseoir sa réputation. Quitte à transformer la donne. Son avenir en dépend. Voix de Fête, c’était le rendez-vous des chanteurs à textes bien sapés? Si Bertrand Belin et sa guitare littéraire assurent cette année le volet plus «pointu», l’actualité du festival appartient également – nouveauté – au chouchou Vianney et sa variété revisitée, célébrée par les dernières Victoires de la musique. De même qu’à Vald et son rap «egodéglingué», carton attendu du côté des plus jeunes auditeurs. Le hip-hop a la cote, les bluettes adolescentes aussi. Et l’Afrique, que vient-elle faire là-dedans?

Y ajouter une journée entière consacrée à l’Ouest africain précisément relève a priori d’un autre enjeu. A la suite de Rokia Traoré, tête d’affiche malienne de ce sommet dominical, secondée par le Sénégalais de Genève Kara Sylla Ka, c’est une palette d’artistes «émergents» en provenance du Burkina Faso que présentera le festival. De l’Afrique? Des émergents? A l’enseigne d’un festival francophone? Voilà qui mérite explications.

Défricher à l’international

Certes, avec l’Afrique, il s’agit du plus grand continent francophone. On s’étonne même que pareille proposition ne soit pas arrivée plus tôt. Voix de Fête y songeait depuis longtemps, pourtant. Manquait l’opportunité – et les réseaux surtout – pour y parvenir. C’est chose faite cette année. Pour Voix de Fête, le défi est de taille: en ouvrant sa programmation à des filons peu ou pas explorés jusqu’alors, le festival entend renouveler son affiche. Mais aussi capter de nouveaux auditeurs. Ce dont les organisateurs sont parfaitement conscients. Codirecteur de Voix de Fête, Guillaume Noyé nous détaille la stratégie: «En associant l’Afrique à la Journée internationale de la francophonie, on a, d’une part, de quoi susciter un engouement événementiel et, d’autre part, l’occasion d’intéresser divers publics: celui lié aux écoles, les centaines d’élèves qui ont collaboré à «Une chanson pour l’éducation», les amateurs de world music également, ainsi que les communautés africaines de Genève, approchées par l’intermédiaire des ambassades.»

En rajeunissant son affiche, Voix de Fête se fait également l’écho d’un continent quelque peu oublié des festivals européens. A l’exception notable du reggae ivoirien ou du blues touareg, Tinariwen, Tamikrest et autres Bombino très à la mode dans les open air estivaux. Pour consolider pareille affiche, le programmateur lambda a sous la main une brochette de manifestations spécialisées, ainsi du Babel Med Music à Marseille. Ou du MASA d’Abidjan, équivalent ivoirien du Printemps de Bourges. Mais le pari de Voix de Fête est différent: en faisant venir directement du Burkina Faso une brochette de musiciens, le festival genevois entend défricher non plus seulement sur le plan local, mais aussi international. C’est donc une stratégie nouvelle dans laquelle se commet Voix de Fête.

Maï Lingani, Patrick Kabré, Dicko Fils et Alif Naaba, ces quatre «découvertes», toutes originaires du Burkina Faso, appartiennent à la francophonie africaine mais chantent dans leurs langues vernaculaires. «En regroupant ces artistes burkinabés, Voix de Fête brasse plusieurs réseaux qui d’ordinaire ne sont pas connectés. En cela, Voix de Fête est un cas d’école, pour ainsi dire unique», analyse Yannick Cochand. Spécialiste des musiques ouest-africaines, longtemps actif dans l’ONG Enfants du monde, ce musicien genevois a participé avec la Cie Zappar à l’élaboration de ce programme. Il poursuit: «Jeunes artistes de Suisse ou du Burkina Faso, les besoins sont les mêmes, constate Yannick Cochand. D’où qu’on vienne, pour trouver un public, un coup de pouce est nécessaire.»

Particularité de Voix de Fête: les artistes émergents en provenance d’Afrique sont logés à la même enseigne que les nouvelles têtes nées au bout du lac. Pour Patrick Kabré, chanteur de Ouagadougou, comme pour Jaaq, rappeur de Genève, le festival entend offrir les avantages que lui confère son rôle de vitrine: chaque année, une part substantielle du budget permet d’inviter les programmateurs d’autres manifestations, françaises, belges, québécoises, susceptibles de signer l’un ou l’autre musicien.

Artistes de Suisse ou d’Afrique, tous pareils? De là à faire une telle affirmation, il y a tout un monde toutefois. Aux moyens très restreints dont dispose un artiste burkinabé s’ajoute l’obstacle des visas. Malgré une convention de l’Unesco censée faciliter la circulation des artistes, obtenir son sésame pour jouer en Europe reste rédhibitoire. Et puis il y a le statut de l’artiste: «Encore moins valorisé qu’en Suisse», note Yannick Cochand. Qui en connaît une tranche, étant lui-même membre de Pierrot le Fou, groupe vaudois de chansons: «Prenez Dicko Fils. Ce type est une locomotive, tout le monde le connaît du Niger au Mali et lui-même donne sa musique gratuitement aux DJ des boîtes de nuit, de sorte qu’on le diffuse partout. Mais pas une personne ne paiera même 200 francs CFA (ndlr: l’équivalent de 30 centimes environ…) pour le voir en concert!»

Parcourir toute l’Afrique

Au contraire de Dicko Fils, vedette purement locale, très rarement en tournée à l’extérieur du continent, Alif Naaba appartient, lui, à cette catégorie d’artistes soutenus par Radio France Internationale (RFI). «RFI suscite une autre forme d’élite, avec une approche musicale plus world, analyse Yannick Cochand. Alif Naaba, contrairement à Dicko Fils, ne passe pas en discothèque. Mais les gens se procurent ses disques. De même, lorsqu’il donne des concerts, Alif Naaba fera pour l’essentiel le tour des instituts français.»

Satisfaire aux besoins des artistes, tout en soignant la ligne du festival: telle est l’ambition de Voix de Fête. «Notre but est de pouvoir représenter tous les pays francophones d’ici à vingt ans, expose Priscille Alber, également programmatrice. On a débuté ce travail avec le Burkina Faso il y a un an déjà; pareille entreprise demande du temps. Parcourir le continent africain est une perspective passionnante qui nous permettra de créer une programmation africaine plus régulière, tout en affinant notre affiche. Mais Voix de Fête ne deviendra pas pour autant un festival africain. Nous voulons également consolider nos échanges avec d’autres pays. Cette année, la Belgique a également fait l’objet d’un gros travail.» (TDG)

Créé: 11.03.2016, 21h33

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Festival Voix de Fête

Du 16 au 20 mars. Maï Lingani, Patrick Kabré, Dicko Fils, Alif Naaba Théâtre Pitoëff et Guinguette, rue de Carouge 52, di 20 mars, dès 16?h, gratuit. Rokia Traoré, Kara Sylla Ka Salle communale de Plainpalais, rue de Carouge 52, di 20 mars, dès 19?h.
Infos: voixdefete.com

Rokia Traoré, chanteuse

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