Un an après son ouverture, l’Alhambra se cherche une identité

Concerts Dédiée aux musiques actuelles, la salle sonne mieux en acoustique. Mais ce qui lui manque surtout, c’est une direction artistique.

Salle de concert de l’Alhambra, concert de Neil Hannon dans le cadre de La Bâtie en septembre 2015.

Salle de concert de l’Alhambra, concert de Neil Hannon dans le cadre de La Bâtie en septembre 2015. Image: Pierre Abensur

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«L’Alhambra est magnifique, avec des loges superbes, un équipement technique au point, que ce soit le son ou les lumières.» A l’heure du bilan, près d’un an après l’ouverture en septembre 2015, la salle du centre-ville, entièrement rénovée, séduit dans un premier temps les organisateurs de concerts, qui relèvent le bel «outil de travail» que voici. Avant de pointer plusieurs défauts inhérents à la structure d’un bâtiment ancien – un siècle d’existence en 2017. Et, surtout, à la vocation de cette «maison des associations» voulue à ce point polyvalente qu’elle peine encore à trouver son identité.

Certes, l’Alhambra nouveau n’a qu’une année derrière lui. «Une année test», rappelle Karin Strescher, coordinatrice des lieux pour l’association des usagers de l’Alhambra, l’AdUdA. Mandatée par la Ville, l’AdUdA a pour mission de gérer les demandes d’organisateurs désireux de louer la salle. Le règlement est clair: priorité aux associations subventionnées par la Municipalité, dont les dix membres de l’AdUdA – AMR, ASMV, Ateliers d’ethnomusicologie, La Bâtie et Fanfareduloup Orchestra, entre autres. Lesquelles cependant n’ont pas préséance sur les associations extérieures, dès lors qu’elles reçoivent, elles aussi, une aide financière de la Ville. Viennent ensuite, lorsqu’il y a encore un créneau disponible parmi la centaine de dates chaque saison, les associations non subventionnées. Puis, enfin, les privés, promoteurs de concerts ou organisateurs d’événements fermés au public. Voilà pour le fonctionnement.

«Concernant la vie associative, l’Alhambra est une réussite», se réjouit Sandro Rossetti, président de l’AdUdA. De fait, si problème il y a, il s’avère plus politique que pratique, et concerne la mission de l’Alhambra décidée par la Ville. La salle a pour vocation principale d’accueillir des musiques actuelles, ainsi que les (plus rares) soirées d’ouverture et de clôture des festivals de cinéma. Ce que confirme Karin Strescher: «Genève n’a pas assez de lieux pour les musiques actuelles, raison pour laquelle l’Alhambra s’y dévoue en priorité. Ce qui n’est pas le cas du classique, mieux doté en salle de concerts.»

L’identité de la salle

Or, si engouement il y a de la part des divers organisateurs, ainsi que des musiciens, les uns et les autres notent un défaut en termes d’identité. A quoi cela tient-il? «Il manque une équipe fixe, qui puisse programmer elle-même, afin d’amener une plus-value à la salle, de sorte que le public l’identifie comme un lieu particulier et pas uniquement pour ses capacités d’accueil», soutient Patrick Merz, de l’association Zic Zag Zoug. En mai, il a produit le concert du groupe de salsa Mercadonegro, en attendant le trompettiste de jazz Erik Truffaz en septembre.

Même constat du côté de Jakob Graf, organisateur avec l’agence PFL des soirées A Night In: «L’idéal serait d’alterner entre une programmation maison et les accueils: une direction artistique poserait un minimum de jalons durant l’année. Cela semble nécessaire si l’on veut fidéliser le public.» Directeur musical de l’ensemble Contrechamps, quatre représentations à l’Alhambra entre 2015 et 2016, Michael Wendeberg abonde dans ce sens, en prenant l’exemple de la Cité de la musique à Paris: «L’éclectisme, c’est possible, du jazz aux musiques anciennes, mais pour cela, il faudrait une cellule de programmation. De sorte que le public soit invité à découvrir l’ensemble de l’agenda, y compris le répertoire contemporain. Un festival propre à l’Alhambra pourrait y participer.»

De fait, le problème n’est pas du ressort de l’AdUdA, qui suit à la lettre son mandat. Mais revient à la Ville de Genève, qui a préféré réitérer le mode de fonctionnement d’avant les travaux de rénovation: l’Alhambra, une coquille vide pour les activités des associations locales? C’est ce que redoutait Sandro Rossetti: «Nommer un programmateur, j’étais pour. Mais l’AdUdA a tout de même la possibilité de choisir qui vient ici.»

L’acoustique de la salle

Des Ateliers d’ethnomusicologie au chanteur folk, de l’expérimental au virtuose de la balalaïka, la salle cependant y perd en cohérence. Tandis qu’une prédominance de concerts plus «calmes» se fait jour, au détriment du rock lourdement amplifié. Ce qui, en fin de compte, paraît en adéquation avec les qualités acoustiques de la salle, avis largement partagé. Que ce soit pour la musique contemporaine – «L’acoustique n’est pas une catastrophe mais nécessite des améliorations, des panneaux sur les côtés de la scène», relève Michael Wendeberg. Ou les musiques du monde – «Pour les musiques actuelles, il aurait fallu une acoustique plus mate», ajoute Patrick Merz. Pourtant, «tout a été mis en œuvre pour que la salle soit adaptée aux musiques actuelles», rappelle Karin Strescher, qui mentionne également les divers ajustements réalisés durant l’année, dont la pose de rideaux.

La jauge de la salle

Enfin, un vieux débat refait surface: la jauge, capable d’accueillir 1100 personnes, mais limitée par le règlement municipal à 750 places. Une limitation rédhibitoire pour les promoteurs privés, soucieux de rentabilité. «C’est la jauge d’une salle qui détermine sa vocation, note Vincent Sager, directeur d’Opus One. Les 750 places sont difficiles à travailler, mais restent intéressantes pour des artistes à mi-chemin du club et du Théâtre du Léman.»

On se prend à rêver d’une salle capable d’accueillir des pointures de la pop? Tout en gardant une place au chaud pour les musiques plus pointues? Entre les deux, l’Alhambra a une carte à jouer. A condition que la Ville de Genève, propriétaire de ce magnifique paquebot, lui donne une direction artistique bien définie. Et pour cela, comme toujours, il faudra du temps…

(TDG)

Créé: 27.06.2016, 18h20

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