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Alt-J, le bel esprit des temps

Vendredi au Lab, le trio de Leeds a donné sa meilleure prestation au MJF, et prouvé qu'il était là pour durer.

Le chanteur et guitariste Joe Newman ce vendredi 30 juin au Montreux Jazz Festival.
Le chanteur et guitariste Joe Newman ce vendredi 30 juin au Montreux Jazz Festival.
Keystone

Trois visites à Montreux en pas beaucoup plus d'années d'existence: Alt-J est un bon client pour le festival, et le sold out apparent du Lab, vendredi soir, indiquait que le public n'est en rien blasé. Et pourquoi le serait-il? Le trio de Leeds vient de sortir Relaxer, un album aussi bon - bien que plus nerveux et vicelard - que ses deux premiers. Il n'a pas encore quitté la phase divine de l'urgence et de la pertinence, les deux premières muses à abandonner un groupe devenu trop gros. Et il revenait sur la Riviera pour ouvrir la 51 e édition en symbole fort du postmodernisme rock et electro sur lequel mise le festival, loin des catégories trop rigides et des stars déclinantes.

Alt-J, donc. Un nom lourdement informatisé pour trio aux looks d'informaticiens - tout aurait pu mal se passer dans ce décorum du top de la branchitude. Sauf qu'Alt-J sait jouer, composer, chanter, et toucher au cœur d'une musique puissante et pleine d'âme, qu'elle invoque la folk, l'electro, le postrock ou des étranges chants choraux aux linéaments mystérieux... Mystique et brut à la fois, Pink Floyd et Sex Pistols réunis, un grand écart que réussit le groupe sur disque et qu'il reproduit en live avec une déconcertante qualité musicale.

Les robots de Kraftwerk

Certes, il concentre pour cela ses effets, trio presque immobile planté devant de grands écrans lumineux aux motifs changeants. On pense aux robots de Kraftwerk, les musiciens fixant le public avec une économie de mouvements à la froideur renforcée par la voix haute et planante, limite indolente, du chanteur et guitariste Joe Newman. A sa droite, Gus Unger-Hamilton orchestre ses claviers en mode imperator et double la plupart des voix. A sa gauche, le batteur Thom Sonny Green crée des explosions rythmiques sans donner l'impression de jouer autre chose qu'un jazz relax - le syndrome Charlie Watts. Le son est large, d'une qualité rare, rendant justice aux albums et à la texture consubstantielle au groupe, où chaque élément organique (guitare, xylophone, piano) existe pour soi dans un ensemble qui paraît souvent pure nasse électronique.

Le public se laisse prendre dans les ressacs puissants d'Alt-J, qui visite ses trois disques dans une cohérence égale - le très méchant Hit me like a Snare ne donne pas plus de sueurs au groupe que le sublime Taro, élégie rêveuse d'un fleuve africain. Qu'importe. Le spectacle n'est ni sur scène ni dans le public, mais dans chaque centimètre cube du Lab, gorgé de cette musique touchant à l'âme de chacun, fuyant les standards et les compromis, exsudant une maestria instrumentale et vocale qui place Alt-J bien loin des produits mode. Une heure et demi plus tard, le groupe appuie sur le bouton "stop", et son rêve s'évapore lentement au rythme des lourdes vagues sombres du Léman en tempête.

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