Albert, fils de Sarclo, est un rocker

Portrait Albert Chinet, 22 ans, sort son premier album, «Demustreisun», d’électronique et de rock mêlé.

Albert Chinet, avec ou sans barbe, mais toujours fils de Sarclo, chante lui aussi, en anglais de préférence.

Albert Chinet, avec ou sans barbe, mais toujours fils de Sarclo, chante lui aussi, en anglais de préférence. Image: Georges Cabrera

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D’entrée de jeu, on vous parle du père. Pourtant, plus on écoute cet album, et plus le lien s’estompe, qui pouvait relier, artistiquement, Albert Chinet, 22 ans, et son géniteur, Sarclo, 66 ans, chanteur fameux parmi ses confrères francophones. Lorsqu’Albert chante, en anglais le plus souvent, la voix – haute et feulante – autant que le style – hybride d’électronique et de rock – impose un univers personnel dont émane un charme entêtant.

Demustreisun, premier album d’Albert Chinet, annonce l’arrivée d’un musicien qu’on dira fort bien éduqué, également la naissance d’un songwriter des plus racés. Faut-il sonder le pedigree du rejeton pour mieux comprendre sa nouveauté? Mettons qu’il est né à Genève, a grandi autour du lac, habite souvent à Paris, comme son paternel, et passe le reste de son temps à Ouchy, où il vit littéralement dans son outil de travail. Un home studio frais installé, dans lequel Albert Chinet a tout enregistré, seul maître à bord.

Démonstration en solo

Demustreisun signifie la «démonstration» en anglo-normand. «Une langue totalement morte, un peu comme l’industrie du disque», relève l’intéressé. «Ce disque est ma démonstration, ma carte de visite. Mais le mot est intrigant et peut s’avérer utile lorsqu’il s’agit de se distinguer sur Google.» Aussi efficace, pensez-vous, que si l’on tape «Chinet»? «A condition de ne pas confondre avec le fabricant d’assiettes en carton.»

Le garçon aux longs doigts qui se présente à l’interview, visage tout en verticales, n’a plus ce jour-là cette barbe qu’il arbore sur la pochette de son disque. Il paraît bien plus jeune comme cela. «Mais la barbe reviendra!» On se plaît alors à réfléchir à quelques parallèles évocateurs entre sa pilosité, encore incertaine, et cette musique d’un goût très sûr. Demustreisun nous apparaît tel le reflet d’un art qui vient de quitter son enfance pour entrer de plain-pied dans l’inconfort autrement plus séduisant des choses troubles et belles qui suivent la puberté, celles qui font les chansons du meilleur tonneau. Il y a de la libido dans les paroles, des guitares qui grattent dur, des beats captivants, des sons synthétiques et tournoyants… Albert Chinet, dans son studio, a ingurgité force programmes informatiques, GarageBand, Ableton, Pro Tools et Logic Pro, travaillant plug-in, phases et oscillations. Le moment était bien choisi pour sortir de sa caverne. Albert Chinet a le monde devant lui. Et sa musique pour l’apprivoiser.

C’est Little Stone Waltz, ballade guitare, batterie et voix, dépouillée. «Pour évoquer une ex.» C’est Joan of Arc, basse lourde et claviers vibrants sur un breakbeat cossu. «Pour parler de mon actuelle.» Orange encore, dernier reliquat du temps où il traversait l’adolescence. «Ma voix d’enfant de chœur était perdue, je n’avais plus qu’un timbre sans caractère. J’aurais voulu la voix de Dylan, mais ce n’est pas mon style. J’adorerais avoir celle de Tom Waits, mais c’est carrément mort, à moins d’une injection de scotch.» Tom Waits, tout de même, qui s’est glissé avec Dr John, autre référence ténébreuse, dans les accords lents de New Orleans.

Séduction et autodérision

Ainsi fait, Albert Chinet, qui a mimé l’éponge pour se saisir de la langue anglaise, accouche d’un personnage de chanteur aux reliefs séduisants, pas évidents pour autant, que c’en devient encore mieux. «Je cherche l’hybride. Troubadour electro peut-être? Troubadour, voilà une notion intéressante à l’ère de l’Internet qui bouffe la musique. Les chanteurs pourraient retourner dans la rue! Après tout, c’est leur lieu de prédilection.»

S’il ambitionne d’«accrocher les regards», le jeune homme cultive l’autodérision. «Mais avec parcimonie. A un moment donné, il faut se vendre vraiment. Mais rien n’est garanti. La déconvenue, je m’y prépare rigoureusement. J’apprend, et c’est mon objectif principal. Il n’y a pas d’autre chose à faire à 22 ans.»

Albert Chinet «Demustreisun».

Créé: 27.09.2017, 20h31

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