Vincent Zanetti, le plus Africain des musiciens romands

PortraitEtudiant en histoire et philosophie à l’Université de Genève, il a d'abord donné des concerts de musique irlandaise à la guitare.

«L’Afrique m’a enlevé», dit Vincent Zanetti en jetant un coup d’œil sur son passé.

«L’Afrique m’a enlevé», dit Vincent Zanetti en jetant un coup d’œil sur son passé.

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«L’Afrique m’a enlevé», dit Vincent Zanetti en jetant un coup d’œil sur son passé. Il était étudiant en histoire et philosophie à l’Université de Genève, tout en donnant des concerts de musique irlandaise à la guitare. Subjugué par un musicien africain dont il a croisé la route, l’enfant de Vouvry va bientôt se retrouver au cœur du continent noir, entre Côte d’Ivoire, Burkina Faso et Sénégal, effectuant son apprentissage des percussions auprès de maîtres reconnus.

L’un d’eux, le Malien Soungalo Coulibaly, va jouer un rôle capital dans son existence, comme dans celle de sa compagne, la danseuse Anne-France Brunet. «Il s’est passé un truc extraordinaire. Coulibaly a vu en elle la perpétuation de l’esprit de sa propre maman et en a fait la danseuse soliste de son groupe.»

Des années folles

Vincent Zanetti, lui, au grand dam de certains autres élèves africains du maître, y est promu joueur de djembé. «Pour moi, c’était comme pour un footballeur africain d’être engagé par le FC Sion. Le salaire en moins.» Le couple Brunet-Zanetti vit «des années folles» entre la Suisse et l’Afrique, qu’il traverse en train ou taxi-brousse.

Dans le même temps, «comme si l’on avait rouvert un grand livre», la musique réveille une autre relation du jeune homme avec l’Afrique, familiale celle-là. Car la maman de Vincent Zanetti, d’origine belge, est née au Congo. Ses grands-parents, lui typographe, elle correctrice, étaient l’âme du journal "Le Courrier d’Afrique". «Ils avaient envoyé leurs filles étudier en Suisse. Ma mère mariée ici, ils sont venus s’y installer à la retraite. Ma grand-mère m’a appris à lire avant que j’aille à l’école. Chez elle, c’était l’Afrique. On en parlait peu, mais c’était une présence continue.»

En 1995, la Radio romande propose à Vincent de travailler pour elle. Son émission hebdomadaire consacrée aux musiques traditionnelles –" L’écoute des mondes", sur Espace 2, le dimanche après-midi – est un miracle de longévité dans le paysage médiatique d’aujourd’hui.

En pays Mandé

Une partie du cœur du résident de Monthey bat au Mali, en pays Mandé, au cœur de la culture mandingue, berceau d’instruments traditionnels comme le djembé ou la kora. Devenu un virtuose du kamele n’goni, la harpe-luth, Vincent Zanetti y a donné des concerts dans les villages, a participé à la création d’un centre culturel à Siby, «cœur du cœur de l’empire du Mali du XIIIe siècle».

A force d’immersion, de comportement respectueux, le Valaisan va devenir un membre à part entière de la communauté. «La confrérie des Donso est celle des chasseurs traditionnels. A la fois protecteurs des villages contre les fauves et les chasseurs d’esclaves, ils étaient aussi les pourvoyeurs de viande. En 2009, un de ses membres m’a dit: Viens par là, toi.»

Au cœur de la brousse, on va lui coller un patronyme – Adama Diarra – et l’initier comme ailleurs dans une loge maçonnique. «C’est une quête, avec des rituels par lesquels on entre dans les mythes, des gestes, des moments plus ou moins solennels. C’est une chose qui ne sera jamais finie. Je suis comme un enfant dans cette histoire. Les valeurs des Donso comprennent un rapport au vivant et à la nature extrêmement respectueux. Cela m’a ouvert une autre relation à l’Afrique. Le regard des gens a changé. Comme ambassadeur, je les représente. S’ils m’appellent parfois Zanetti, c’est pour faire référence et honorer mes parents.»

En compagnie de son «frère» mandingue Samba Diabaté, Vincent «Diarra» Zanetti a créé le duo Kala Jula. Un nom qui signifie «arc nomade», référence aussi bien à l’arme de chasse qu’aux manches des instruments des musiciens, contraints comme les chasseurs de voyager pour gagner leur vie.

Tournée en Israël

Le duo rentre d’une tournée en Israël née «par le miracle d’Internet». Les spectateurs y ont été touchés par l’évident message de tolérance transmis par les deux hommes. Un chrétien et un musulman, le Noir jouant de la guitare et le Blanc des instruments traditionnels. «Pas besoin d’en rajouter. Beaucoup sont réconfortés de voir que c’est possible.»

Vendredi soir à Moudon, dans le cadre du Festival des musiques populaires, les deux hommes seront rejoints par trois jazzmen romands – Cyril Regamey, batterie, Yannick Barman, trompette, Jean-Philippe Zwahlen, guitare électrique. Pour un concert exceptionnel des musiques de Kala Jula, aux sonorités métissées, tissant le lien entre le Léman et le cœur du continent noir.

(TDG)

Créé: 10.06.2015, 09h12

En concert

Moudon, salle de la Douane
Vendredi 12 juin (20 h 30).
Rés.: 021 905 88 66.
www.kalajula.ch

Carte d'identité

Né le 21 janvier 1965 à Lausanne.

Cinq dates importantes

1983 Rencontre Anne-France Brunet, danseuse, qui est toujours son épouse.

1989 Ils créent Djinn Djow, compagnie métisse de danse et musique.

1992 Le maître du djembé Soungalo Coulibaly engage le couple dans son groupe.

2009 Vincent est initié à la confrérie des chasseurs Donso du Mandé, au Mali.

2015 Son émission hebdomadaire L’écoute des mondes, sur Espace 2,a 20 ans.

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