Quatuor Terspycordes, brise argentine

ClassiqueLa formation genevoise et le bandonéoniste William Sabatier explorent Piazzolla et récréent des chansons d’Édith Piaf. Un hors-piste distingué

Le Quatuor Terpsycordes, de gauche à droite: Raya Raytcheva (second violon), Girolamo Bottiglieri (premier violon), François Grin (violoncelle) et Caroline Cohen-Adad (alto). William Sabatier (bandonéon) a rejoint la formation pour cet album dédié à Piazzolla et à Édith Piaf.

Le Quatuor Terpsycordes, de gauche à droite: Raya Raytcheva (second violon), Girolamo Bottiglieri (premier violon), François Grin (violoncelle) et Caroline Cohen-Adad (alto). William Sabatier (bandonéon) a rejoint la formation pour cet album dédié à Piazzolla et à Édith Piaf. Image: ALINE KUNDIG

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Sur les couvertures de leur discographie, figuraient jusque-là des noms attendus: les Schumann et les Haydn, les Schubert et les Beethoven. On y croisait aussi quelques curiosités, comme ce trop rare Louis Vierne, figure attachante et tragique, avec ses pièces nimbées de spleen. Et on y trouvait enfin ces autres créations, résolument tournées vers les langages contemporains, celles écrites par le compositeur genevois Gregorio Zanon. Album après album, donc, la conviction a pris forme auprès des observateurs que le Quatuor Terpsycordes, comme tant d’autres coreligionnaires, cheminaient sagement mais avec passion et finesse dans des territoires conventionnels. La dernière publication des quatre complices bouleverse de fond en comble le constat, en alignant des ouvrages bien éloignés des rivages classiques. D’un coup, d’un seul, nous voilà penchés vers le tango argentin et la chanson française, avec une pochette où figurent les noms d’Astor Piazzolla et d’Édith Piaf. On est loin de certaines conventions, c’est un fait.

À l’origine, Monteverdi

Avant même d’expliquer les raisons et les origines de ce hors-piste inattendu, le premier violon et membre fondateur de la formation, Girolamo Bottiglieri, vous glisse en souriant que, tout compte fait, le titre de l’album a quelque chose d’ambigu. «Les œuvres du compositeur argentin sont tout à fait originales. Nous les avons reprises tel qu’elles ont été créées et gravées par Kronos Quartet à la fin des années 1980. Par contre, pour ce qui est des chansons de Piaf, il faudrait parler plutôt de récréations, où les thèmes des pièces apparaissent fugitivement, de manière allusive.» C’est ici donc, dans ces chansons revues jusqu’à leurs titres – «L’homme qu’elle aimait», «Avec un aigle sur le dos», «Depuis le coin de la rue là-bas»… – que le travail de réécriture du bandonéoniste et compositeur français William Sabatier se déploie entièrement et en profondeur.

Mais pourquoi donc l’ensemble fondé en 1997 s’est-il tourné vers ces esthétiques et ces langages a priori peu familiers? Attablé dans un café au cœur de Genève, Girolamo Bottiglieri évoque des histoires musicales qui remontent à une dizaine d’années, lorsqu’il a intégré un projet bâti par la Cappella Mediterranea du chef d’orchestre et claveciniste Leonardo García Alarcón. «J’ai été embarqué dans cette aventure qui jetait déjà des ponts entre Monterverdi et le tango. Ce crossover a donné lieu à une trentaine de concerts et m’a rapproché de William Sabatier, qui était de la partie.»

Des archets percussifs

Déclinée sur les scènes d’Europe, cette histoire a fini par laisser des traces profondes auprès du premier violoniste de Terpsycordes. Le tango a continué de rôder et de planer quelque part, puis il a resurgi avec ces pièces de Piazzolla, «qui, contrairement à d’autres, sont exemptes de toute mièvrerie et dévoilent un compositeur introspectif et profond», souligne Girolamo Bottiglieri. Si elles ont retenu aussi longtemps l’attention, si leur esthétique musicale qui a pris forme sur les côtes du Mar del Plata a conquis les quatre archets, c’est qu’elles présentaient une syntaxe intrigante. Ces œuvres ont imposé en somme une nouvelle manière de penser et pratiquer son instrument. «Le tango présente un langage très idiomatique qui requiert une technique percussive particulière inhérente à cette tradition. Alors, il a fallu se familiariser avec quatre ou cinq sortes de jeux. Et il a fallu surtout se laisser porter par les fluctuations et les pulsations de ces pièces, qui placent le bandonéon et les archets dans un terrain rythmique mouvant.»

Un art du «rubato», un goût affirmé d’un swing tantôt mélancolique, tantôt séducteur, se dégagent de ce corpus. Un nouveau point de tangence, distingué, s’est formé entre bandonéon et cordes. On l’écoute sans se lasser.

«Piazzolla - Piaf», Quatuor Terpsycordes, William Sabatier (composition, bandonéon), Fuga Libera. (TDG)

Créé: 07.12.2018, 18h25

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