Paléo achève dans la boue l’édition de tous les extrêmes

BilanEntre canicule et orages, annulation de dernière minute et magie d’Eicher, le 44e chapitre a bouclé hier sur un quasi sold out.

99% des billets du 44e Paléo ont trouvé preneur.

99% des billets du 44e Paléo ont trouvé preneur. Image: KEYSTONE

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Représentants historiques du Paléo, qu’ils fondèrent, Daniel Rossellat (directeur) et Jacques Monnier (coprogrammateur) affichaient dimanche après-midi la mine fatiguée des coureurs de fond. Le festival nyonnais avait pris depuis quelques années des allures de long fleuve tranquille, complet dès sa mise en vente, stable dans son déroulement, souvent épargné des cieux. La 44e édition a déjoué les pronostics et secoué organisateurs et bénévoles.


L'édito: Paléo a misé sur le rap et tout a changé


Billetterie, d’abord. «Nous avons finalement vendu 99% de nos billets», résume le directeur. Si les 35 000 places journalières avaient trouvé preneur pour les quatre premiers jours, le week-end attendait ses acheteurs, dont 3000 tickets pour dimanche. Selon le festival, le samedi a finalement fait le plein et le dimanche devrait afficher un gros millier d’invendus, pas aidé par la météo maussade. Ce que retient Daniel Rossellat, c’est que «la demande du public de Paléo reste 10% supérieure à l’offre: les trois premiers soirs sont partis très vite, et nous aurions pu vendre 12 000 billets de plus pour vendredi (ndlr: Angèle et Soprano). Il y a eu des éléments conjoncturels, peut-être aussi quelques mauvais dosages dans la programmation, mais je signe volontiers un tel score pour les 20 prochaines années. On ne va pas chipoter: on n’a pas gagné tous les matches mais on reste champions suisses.»

«On ne va pas chipoter: on n’a pas gagné tous les matches mais on reste champions suisses»

Pour demeurer dans la métaphore footballistique, l’état de la pelouse a rendu le championnat périlleux. Sec comme du carton durant trois jours de canicule, le terrain de l’Asse s’est transformé en champ de boue en raison des orages violents. Un chaud-froid assez inédit qui a sans doute retenu les festivaliers de dernière minute. «Samedi, la météo nous promettait vingt-quatre heures de pluie, continue Daniel Rossellat. C’était absolument démotivant.»

Et puisque les emmerdes volent en escadrille, selon la formule de Michel Audiard, il ne manquait que l’annulation d’un groupe vedette pour parachever la journée de samedi: à midi, le festival apprend que la chanteuse de Shaka Ponk, maous barnum de rock français, a perdu sa voix. Un médecin est dépêché à son hôtel, des traitements de dernière minute sont tentés, en vain. À 16 h 30, Paléo n’a plus de tête d’affiche. Jusqu’à ce que Stephan Eicher, qui joue à 18 h 45 avec son Traktorkestar, ne propose de revenir à minuit avec un «Paléorkestar» improvisé, rameutant des artistes du jour comme Robert Charlebois, le Québécois Tire le coyote, la yodleuse Mélanie Oesch et même les acrobaties du Cirque Alfonse, extirpés du Dôme. «De l’enfer, on est passé au paradis», poétise Jacques Monnier. Vide et essorée à minuit, la plaine de l’Asse a vu ainsi un regain d’animation inespéré avec ce joyeux bordel orchestré par Stephan Eicher devant une foule ragaillardie, rendant ses lettres de noblesse au sens de l’improvisation et du collectif, si absents dans le système formaté des grands festivals. Auquel échappe, et parfois même contre son gré, le Paléo.

Créé: 28.07.2019, 18h42

Critique

Les Vincent, ça paie dans l’Asse

«Ça chauffe, hein? Pensez à vous hydrater!» affichent les panneaux géants de la Grande Scène, quinze minutes avant le spectacle samedi en milieu de soirée. Avant même d’avoir commencé, on sait que la soirée sera placée sous l’égide de l’humour. Depuis vingt-quatre heures, le Paléo vit au rythme des nuages, annonciateurs d’orages sporadiques. Les lacs de boue se sont installés durablement; ils survivront à la fin du festival. La foule, elle, n’en a que faire. Nombreuse et surtout équipée, elle se regroupe au milieu de la plaine de l’Asse, formant un noyau dur revigorant, prêt à braver une pluie qui ne saurait tarder à tomber. Le spectacle d’humour est un exercice difficile au sein d’un festival d’été. Tant pour les artistes que pour le public. Les premiers doivent capter l’attention du deuxième, qui voit sa concentration mise à rude épreuve par les nombreux éléments sonores ou visuels de la manifestation.

Si, en plus, la nature a décidé de nous livrer des conditions météorologiques cataclysmiques, le show semble courir à sa perte. Et pourtant le peuple de l’Asse (ou de l’eau) ne se divise que très peu. Vincent Veillon et Vincent Kucholl captent l’attention par une succession de tableaux sur les personnages emblématiques de leur chronique radio «120 secondes», et par l’utilisation d’extraits vidéo. Pour la dernière représentation du spectacle «Le fric», les comédiens ont préparé un show spécial, taillé à la carrure de l’événement. Des figurants qui se révèlent danseurs et des effets pyrotechniques animent ainsi une heure et demie de sketches à l’humour toujours intelligent et très souvent régional. Les vannes sur Daniel Rossellat buvant son «poison vaudois» de sa terrasse fusent. Et la fosse apprécie. Fil rouge du spectacle, le «fric» se dévoile sous toutes ses coutures. Ou en coupures. Argent rime avec accent. On en compte un nombre impressionnant. À 22 h 30, les humoristes quittent la scène, la rivière de l’Asse est un fleuve. Romain Deshusses


«Le fric», des Vincent, a payé samedi malgré la météo, grâce à un show aménagé pour la circonstance avec des figurants, danseurs et chanteurs. (Photo: Bastien Gallay)

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