Metallica à Palexpo, les petits plaisirs du gigantisme

CritiqueSatisfaction visuelle, déception musicale: il y avait de quoi se divertir mercredi lors de la grande kermesse metal.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Mercredi 11 avril, 21 h 10. Palexpo, Halle 6. Point d'autos ce soir-là, mais une grosse cylindrée. Metallica à la manœuvre devant 22'000 personnes. Un record d'affluence? S'il restait n'était-ce que quelques centaines de billets à l'entrée, le pari est gagné: l'unique date suisse du quatuor américain est un succès concernant l'organisation et l'ambiance. Musicalement, en revanche, il y a beaucoup à redire...

A l'intérieur du bâtiment, le public circule aisément. Toilettes, bars, tout fonctionne. On est fort aise. Des affreux barbus, des beaux mastics arborant T-shirt de circonstance, de belles madames vêtues de sombre, tant de quadra, de quinqua, voilà sans doute le public le plus sympathique qu'on n'ait jamais vu. Et l'on cause: vu Metallica telle année, dans telle stade, Suisse, France, Lyon, Paris-Bercy, Zurich... Les souvenirs reflètent l'origine des troupes en présence. Plus toutes jeunes, d'ailleurs: «35 ans, après, hein!!» Les ados d'avant sont depuis longtemps des adultes, costauds comme le chanteur James Hetfield, joufflus comme le batteur Lars Ulrich, ventrus comme... Oh, la scène maintient, pour sûr. Et l'on trinque et l'on rigole. Placement libre, tout le monde est logé à la même enseigne, tickets VIP ou simples billets - 130 francs l'entrée de gamme. Au centre, la scène. Autour, la foule, debout. Visibilité correcte. Où qu'on se mette, on voit les musiciens, au raz des têtes, jamais trop loin. Sur le «ring», pas d'écrans géants, mais d'extraordinaires cubes-écrans dont le spectacle fera grand usage. Élégant système, qui ne sert à rien d'autre que faire joli, et c'est très bien ainsi.

Des plaisirs adolescents

«Hi, Geneva, ce soir, on va avoir du fun avec la Metallica Family.» Ennio Morricone en ouverture, la bande-son du «Bon, la brute et le truand». «Hardwired» ensuite. On sent la dalle bouger. Le déluge commence, dans un brouhaha hélas indistinct, claques de basses plus lourdes que lourdes, médium en saturation constante, la voix surnageant dans le canardage. Trop brouillon. Acoustique exécrable. Palexpo, pas encore le Walhalla du live grand format. Un jour peut-être? On essaie avec un index dans chaque oreille: pas mal, on entend clairement basse, batterie et soli.

Étonnant, voire incongru, de retrouver le groupe ici, en si grande compagnie, adulé, admiré, attendu. N'est-ce point du rock «extrême», plus coutumier des fonds de cave? C'est qu'il y en a eu et des festivals, et du marketing, pour inscrire le metal au registre de la variété. Toujours remarquable de se rappeler ce que cette musique doit au hard rock anglais, des pionniers Led Zeppelin et Deep Purple, eux-mêmes nourris du blues afro-américain, avant que ne se répande le heavy metal, Judas Priest, Motörhead, Venom. Pour ensuite donner autant de boutures Grand-Guignol, Mötley Crüe et autre «cock rock» permanenté, ou, à l'opposé, une veine radicale, rage et violence empruntée au punk. Metallica était de ce bord. Comment prétendre qu'il l'est encore! Pourtant, l'histoire résiste. Les traces subsistent de cette prime jeunesse, adolescence sans perspective autre que de ruer dans les brancards. Faire du bruit. Jouer vite. Hurler. Au revers de l'apparat, engoncés dans le décorum grandiose qui accompagne depuis des années maintenant chaque apparition des quatre Californiens, restent les plaisirs les plus simples, ci du gros son, des riffs tapageurs qu'on attend comme une bouffée d'oxygène, plus loin les «breaks» ahurissants, décuplés par les effets visuels.

Mini-drones, mini-effet

Alors, la prestation égrène sa liste de chansons, inchangée ou si peu d'un concert à l'autre. Et qu'importe si l'on souffre de l'acoustique, puisqu'on est là, et bien là. «Atlas, Rise», «Halo on Fire», «Spit out the Bone»: du dernier album en date, en 2016, on apprécie l'agressivité retrouvée d'un thrash efficace. Des choses anciennes, on retrouve le goût du drama, «Sad but True», «Master of Puppets», «One», «Nothing Else Matters», «Enter Sandman» en conclusion. Ce n'est plus tant du rock'n'roll dans le jeu, qu'une inévitable maîtrise, nécessaire pensum pour qui entend préserver le caractère opulent de pareil show. «Seek & Destroy» encore, autre morceau de bravoure, cru 1983. Un truc cloche. La batterie! En roue libre, décalée, pire encore lorsque l'écho s'en mêle, énorme selon d'où l'on écoute. Lars Ulrich! Le batteur de Metallica est en train de nous amocher un des titres les plus fabuleux du groupe. Et l'on se demande, à ce moment précis, comment une formation de cette trempe, de ce calibre, ose tourner avec pareil maladroit. Business oblige.

Entre-temps, les cubes montent et descendent, ravissant ballet éclaboussé de feu, d'images de comics, bout de clip, serpent squelette... Les mini-drones? Passés presque inaperçus, flottille de feux follets tournicotant sur les têtes des musiciens, gentil manège, prouesse technologique. On imagine, dans 5 ou 10 ans, quand les petits monstres pourront filer en escadrille au raz de la foule. L'enfance de l'art, en somme...

(TDG)

Créé: 12.04.2018, 12h59

Articles en relation

Metallica, le monstre débarque à Palexpo

Musique Pour son concert mercredi à Genève, la légende du thrash californien déploie un dispositif monumental: 22'000 personnes sont attendues autour d’un «ring» central. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.