Les festivals d'été s’organisent face à la menace terroriste

ConcertsPaléo, Eurockéennes, Fête de la musique, les grands rassemblements estivaux doivent gérer de nouveaux risques liés aux attentats. Un «think tank» européen a été mis en place

Festival Paléo, 2015: ouverture de la 40e édition avec le groupe Caravan Palace sur la Grande scène.

Festival Paléo, 2015: ouverture de la 40e édition avec le groupe Caravan Palace sur la Grande scène. Image: Pierre Albouy

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Ils travaillent pour la sécurité de Paléo, celle de la Fête de la musique à Genève ou encore des Eurockéennes de Belfort, ce poids lourd des festivals en plein air. On se réjouit par avance de connaître leurs programmations respectives, auxquelles les organisateurs travaillent d’arrache-pied, c’est leur métier. Mais s’il y a un autre point fondamental dans le cahier des charges des open air, c’est la sécurité. En tout temps, et plus encore suite aux attentats de Paris. Cet élément fait l’objet d’une intense réflexion de la part des responsables.

«Il est de notre devoir d’envisager tous les scénarios possibles. Ce que nous faisons actuellement. Il est évident que la perception de la menace terroriste a fortement changé depuis le Bataclan», indique le responsable du département Accueil et Sécurité de Paléo, Pascal Viot. «Nous sommes face à un risque très hypothétique, mais dont les conséquences sont gravissimes. Reste à réfléchir sereinement à des mesures adaptées.»

Fouiller ou non à l’entrée

De telles mesures, cependant, sont encore à l’étude et ne seront communiquées «que si elles impactent le festivalier», précise Paléo. Pareille stratégie de communication est compréhensible. Car quel que soit le type de manifestation, il s’agit de «renforcer» la sécurité, certes, mais aussi de «rassurer» le public. Surtout ne pas céder à la psychose. Un festival, une fête, c’est avant tout un espace de liberté, même relative, que le public fréquente pour cette raison.

Une certitude, cependant: les festivals savent qu’ils devront renforcer leurs équipes de sécurité. En France, le gouvernement préconise de renforcer les palpations des visiteurs, mais aussi de fluidifier les entrées. Or, si on fouille plus, on retient plus longtemps et la file d’attente s’allonge. Tout est alors question d’équilibre. «Pour l’heure, il n’y a pas de mesure obligatoire, sinon que nous sommes, depuis le début de 2015, en mode Vigipirate», déclare le directeur des Eurockéennes, Jean-Paul Roland. Qui a décidé d’avancer le portique d’accès au festival, «de sorte que l’entrée soit dans l’espace public». A savoir, là où les forces de l’ordre sont plus à même d’intervenir.

Concernant Paléo, la situation est différente: le festival nyonnais est le seul, parmi les grands d’Europe, à ne pas pratiquer de fouilles à l’entrée. Principe philosophique, convivialité oblige. Que faire alors? «En fonction du degré de la menace, nous devons prévoir une stratégie évolutive. Mais toutes les options quelles qu’elles soient seront discutées et validées avec les autorités», répond Pascal Viot.

Sans oublier l'Eurofoot...

Quid alors de la Fête de la musique à Genève? Contrairement aux Eurockéennes et Paléo, le rendez-vous ne boucle pas son périmètre. «Nous n’avons pas attendu les attentats pour y réfléchir, rappelle Laurent Marty, coordinateur. Question de logique: on ne peut pas vivre dans la crainte d’un événement, quel qu’il soit. Le risque est évalué, oui, mais on ne peut le prévoir. On songe aujourd’hui à la menace terroriste. Or il y en a d’autres, loin d’être nouvelles. Un orage peut être tout aussi dangereux, ou un forcené qui entrerait en voiture dans les Bastions. C’est pourquoi l’accès au site est limité pour les véhicules.»

En outre, cette année, la simultanéité de l’Eurofoot ajoute un facteur de risque: «Le ballon rond amène d’autres rassemblements, avec des publics plus alcoolisés.» Pour la Fête de la musique comme pour les Fêtes de Genève, une même stratégie prévaut: travailler de concert avec les autorités. «Nous avons décidé d’augmenter le plan de sécurité générale, poursuit Laurent Marty. A présent, nous dépendons de l’évaluation faite par la police cantonale.»

Se préparer à tout

L’échange d’informations avec d’autres manifestations s’avère utile. A eu lieu il y a une semaine la réunion des organisateurs de festivals européens dans le cadre de l’Eurosonic, en Hollande. «A cette occasion et à notre initiative, relève Pascal Viot de Paléo, nous avons débattu de la menace terroriste. Il est intéressant de constater que les perceptions divergent selon les sensibilités nationales: un festival slovaque ne réagira pas comme un festival suisse ou français.» Conclusion de ce think tank: personne, aujourd’hui, ne connaît la situation qui prévaudra en juillet 2016, raison pour laquelle il faut se préparer à toutes les éventualités, de sorte que les festivals puissent répondre le plus rapidement possible à une situation de crise.

Si les festivals en plein air songent à leur sécurité, ils ne sont pas les seuls. Antigel, 6e édition, ouvrira vendredi prochain son Grand Central, lieu festif pouvant accueillir jusqu’à 2500 personnes: «Nous avons réfléchi à cette problématique très en amont et en accord avec la police, résument les organisateurs. Concrètement, nous avons élargi notre dispositif, imaginé plusieurs scénarios, établi les procédures à suivre et prévu des sorties de secours en suffisance.» (TDG)

Créé: 26.01.2016, 19h56

Et le public? Viendra-t-il ou non?

C’est entendu: les grands rendez-vous musicaux de l’été fourbissent leur attirail sécuritaire pour parer à toutes les éventualités, y compris les risques liés au terrorisme. Quand bien même pareille menace reste hypothétique, relèvent les spécialistes (lire ci-contre), les organisateurs doivent également anticiper sur les réactions des spectateurs potentiels.

Viendra? Viendra pas? La réponse dépend du type de public, constate Jean-Paul Roland des Eurockéennes de Belfort: «Ces derniers mois, les organisateurs ont constaté que les amateurs de pop-rock n’avaient pas tant déserté les concerts. En revanche, le public familial, oui.» Ce public familial qui, justement, est susceptible d’apprécier plus que les autres l’ambiance détendue d’un open air, avant même de considérer l’affiche.

«En extérieur, les comportements se relâchent. Rien à voir avec un hypermarché! On paie son ticket, on entre, on se sent libre.» La perspective d’un dispositif dissuasif, avec hommes armés, ne serait donc pas des plus réjouissantes. «Nous espérons ne pas en arriver là. Et les visiteurs restent compréhensifs, comme c’était le cas en juillet dernier.» Et le directeur du festival franc-comtois d’ajouter: «La communication est importante. Pour ne pas détériorer le rapport avec le public, il faut disséminer l’information. Doit-on annoncer les fouilles à l’entrée? Bien sûr. Mais il faut aussi rappeler les risques liés à la déshydratation!»

Renforcer le dispositif de sécurité, sans inquiéter les visiteurs, c’est aussi l’objectif de la Fête de la musique, à Genève. Ici, on compte également sur l’habitude des habitants: «L’esprit de la Fête, soutient Laurent Marty, coordinateur, reste joyeux et respectueux. Le public s’est approprié l’événement et le défend.»

Le coût de la sécurité

«La sécurité des festivals pose également des questions financières», constate Jean-Paul Roland. Coprésident de la Fédération des festivals européens De Concert!, à laquelle participe Paléo, le directeur des Eurockéennes de Belfort évoque d’abord la question des assurances: «Actuellement, les assureurs se battent pour que le risque d’attentat soit inclus dans les cas de force majeure». Autrement dit, un événement exceptionnel suffisamment grave pour que les parties soient exonérées de leurs responsabilités.

En outre, le volet budgétaire pose aussi problème: «La sécurité – barrières, gendarmes, surveillants privés – a un coût en constante augmentation, poursuit Jean-Paul Roland.» Sans compter les frais supplémentaires liés à l’actualité en termes de menaces. Un exemple? Les Transmusicales de Rennes, en décembre, ont augmenté de 30% leur budget sécurité. Des frais en partie supportés par le gouvernement, qui met à disposition un fonds d’aide aux manifestations.

A Genève, la Fête de la musique, financée par la Ville a, elle aussi, quelques soucis: «Nous avons établi une réserve budgétaire pour les questions de sécurité. D’autant plus nécessaire que la Municipalité vient de baisser notre budget», rappelle Laurent Marty, coordinateur de la manifestation.

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