Léo Tardin, un tuteur sadique et bienveillant

Fête de la musiqueLe pianiste a parcouru cinq scènes pour décortiquer autant de ses pièces. Récit

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Cela débute sous le cagnard, par une touche d’humour acide et malicieux. Mais il faut évoquer le cadre, tout d’abord. À quelques dizaines de mètres de son beau siège en Vieille-Ville, le Conservatoire populaire a installé sa scène et ses stands qui donnent à cet îlot de la Fête de la musique – nommé Le-Fort – des allants décontractés et une ambiance apaisante. C’est là que le pianiste genevois Léo Tardin a débuté, dimanche après-midi, sa pérégrination.

Cinq autres scènes éparpillées en Vieille-Ville, dans un périmètre relativement restreint, ont constitué le reste de sa déambulation urbaine. L’apparition du musicien, ici comme ailleurs, est brève: quinze minutes, pas une de plus. La mission? Jouer une de ses pièces, puis la disséquer en mots et gestes sur le clavier pour donner au public quelques clés qui permettront de saisir la genèse et le développement de l’œuvre.

Diabolique main gauche

En blagueur pince-sans-rire, l’artiste a réservé une petite perle pour le Conservatoire. Une «Étude sadique pour la main gauche» qui résonne évidemment avec l’institution qui l’accueille. Après quelques mesures, on devine la souffrance que traverse le membre en question: les accords aux écarts impossibles se succèdent, les acrobaties qu’ils sollicitent nous donnent mal aux tendons. Tardin achève sa pièce, puis il explique, en s’approchant du public armé d’un synthé bien plus maniable, comment il a organisé les mouvements ascendants et descendants des deux mains et en quoi tout cela relève par endroits d’un casse-tête quasi mécanique.

L’explication archivée, on réécoute le tout au piano et on en saisit encore davantage la portée diabolique de l’entreprise. «Il y a tout de même une petite astuce pour alléger les peines, conclut le musicien: on peut briser les accords les plus ardus au lieu de les plaquer tous doigts écartés.»

Le tutoriel comme trame

Par-delà la légèreté de cette entrée en matière, la suite du parcours nous renvoie à ce que Léo Tardin a réalisé sur son site. À savoir une série de «video tutorials» agiles et captivants, où un choix de ses compositions est présenté au public et disséqué avec pertinence. Invité par les programmateurs de la Fête de la musique à reproduire les mêmes principes, l’artiste a fait des sauts puce ici et là. À la Salle des Abeilles, par exemple, ou encore à la Cour du 14. Dans chaque espace investi, un petit monde s’est ouvert en trois temps au public. Un premier pour écouter et se familiariser avec l’œuvre. Un deuxième en forme de courte séquence didactique qui fait jaillir des éléments auxquels on n’a pas prêté attention au préalable – telle rupture rythmique, tel passage d’un mode majeur à mineur, voire leur cohabitation, par exemple. Un dernier, enfin, qui nous replonge dans la pièce autrement armés pour la comprendre.

Par petites touches discrètes, Léo Tardin a aussi laissé entrevoir de quoi est fait son atelier de fabrication, par quel genre de stimuli il parvient à ouvrir des pistes de travail. Une rencontre heureuse et marquante lui a donné par exemple envie d’achever «Happy Rag». Une pièce présentée pour la première fois et qui n’existait jusqu’à peu que sous forme d’esquisse enregistrée dans les mémos de son smartphone. Après ces pastilles de pédagogie, le pianiste a quitté le costume de tuteur pour développer toutes ces idées dans un concert d’une heure à la cour du Musée d’art et d’histoire. En toute bienveillance, loin de tout sadisme.

www.leotardin.com/#tutorials

Créé: 23.06.2019, 20h19

Bilan de la Fête

Amateurs et professionnels, enfants et adultes, ils étaient 5000 sur scène ce week-end. Tous sont ravis. Rendez-vous l’année prochaine du 19 au 21 juin. Pour la Ville de Genève, organisatrice du plus grand événement musical du canton, le bilan de la 28e Fête de la musique est simplement «positif». À peine faut-il préciser, sans donner de chiffres, ça ne se fait plus depuis des années déjà, que le public est «chaque année plus nombreux».
Rendue piétonne en son centre, la place Neuve, le soir venu, avait une allure sympathique avec son arc-en-ciel gonflable. F.G.

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