La chanson de Roland, ou le roman de Voix de Fête

InterviewFondateur du festival, Roland Le Blévennec donnera conférence entre deux concerts de la 20e édition. De quoi piquer maintes anecdotes savoureuses d'une vie remuante.

Roland Le Blévennec, chez lui, à côté de son trombone.

Roland Le Blévennec, chez lui, à côté de son trombone. Image: Steeve Iuncker-Gomez

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Route de Neydens, campagne en lisière de ville. Il y a l’église, bâtisse récente, XIXe siècle, tout à fait charmante vue du dehors. Les villas, les fermes. Celle-ci, par exemple. Des petits cœurs ornent les volets. L’intérieur est cosy, mobilier solide, couleurs chaleureuses. Living-room, pipi-room… On y loue des chambres depuis peu, inscription sur Airbnb. La maître de céans complète ainsi une retraite trop parcimonieuse. Retraite? Officiellement, Roland Le Blévennec a quitté depuis trois ans la direction du festival qu’il avait lancé en 1999. Voix de Fête aborde sa 20e édition. Roland, lui, a 69 ans, prévoit la publication d’un livre sur son parcours résolument atypique («Je m’y remets sérieusement dans un mois pour terminer la rédaction»), envisage de transformer la grange attenante en studio de répétition pour les musiciens, voyage toujours en Acadie («J’ai introduit au Québec le fromage à raclette et la machine qui va avec»). Mais dans l’immédiat, Roland fera probablement une microsieste pour garder les idées claires: «Je fais comme Napoléon. Nécessaire quand on est à la fois un lève-tôt, un couche-tard et un noctambule.»

De l’énergie, il lui en faut. Roland doit couper, encore couper. Dans les dizaines d’anecdotes, succulentes, qui émaillent son histoire de vie. Vendredi 23 mars, au théâtre Pitoëff, dans le lieu central de Voix de Fête, Roland fera pour la première fois un «seul en scène», en forme de conférence: «J’en avais parlé à quelques reprises, on m’a fait remarquer que c’était assez drôle. Pour les vingt ans du festival, je tente une heure de soliloque, avec des images. Et mon trombone.» Pour la scène, Thierry Romanens lui donne un gros coup de main.

«À force de raconter mes histoires, une copine, qui travaille dans l’édition, m’a proposé d’écrire sur le sujet. Ce n’était pas tant une volonté de ma part. Mais l’exercice m’amuse.» Roland Le Blévennec, pilier de la scène musicale genevoise, Breton fait cuisinier à Paris – spécialités suisses, papet vaudois, omelette au chapsigre, ainsi qu’une inédite truite à la genevoise –, diplôme de trombone au Conservatoire et carrière de musicien au débotté: «Ado, je voulais m’acheter une mobylette, mes parents ne voulaient pas. Mon frère faisait du rock. Il m’a dit: achète une guitare. J’ai acheté une guitare.» Dans le salon de la ferme, à Neydens, on fait connaissance avec le piano droit. Un meuble anthracite au vernis reluisant. «Il était dans mon restaurant parisien, qui accueillait nombre de groupes. Tu joues du trombone?, on m’avait demandé. Oui. Alors viens avec nous.» Le groupe Bratsch, dit-il, s’est formé ici. Longue route, mille rencontres. «Toute ma vie est faite comme cela.»

Chanteur de rock’n’roll à 15 ans, puis chanteur en français dans le texte, signature chez Pathé Marconi, concert à l’Olympia en 1971. «Gros succès à l’époque, mais quand je réécoute je n’assume plus. Mon tube? Le Coucou…» Puis encore: «Avec ma femme, on avait passé un contrat: j’avais cinq ans pour réussir dans la musique. Puis ce serait son tour, dans la poterie. Hé bien, je me suis occupé de sa poterie…» Musique, vaisselle, restaurant: suite logique, en somme. Alors, Roland se découvre un talent dans l’organisation des concerts. Précieux talent. Qui le mène à Genève. En 1985, ce sera l’ouverture du Chat Noir, club carougeois où naîtra, enfin, Voix de Fête, quatorze ans plus tard…

L’histoire n’est pas terminée. Ses successeurs, Guillaume Noyé et Priscille Alber, ont repris la direction du festival. Et Roland, pas peu fier, quoiqu’un rien inquiet («une heure seulement, bon sang, je dois couper») peut à son tour monter sur scène.

«Le Blévennec, seul en scène» ve 23 mars, 18 h 45, Théâtre Pitoëff. (TDG)

Créé: 09.03.2018, 20h24

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