La Cave 12 hurle son plaisir

Les sons de la nuitMardi, le temple genevois des musiques expérimentales accueillait Junko, diva japonaise du cri primal. Une cure auditive, une vraie

Sur la scène de la Cave 12, mardi 28 octobre, le duo français guitare et batterie Mesa of the Lost Women croise le fer avec l'icône du cri élevé au rang d'art, la Japonaise Junko.
Vidéo: Paolo Battiston

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Mardi 28 octobre, 23 heures pile, nuit complète sur Genève. Un léger frais d'automne accompagne les derniers arrivants. Sous le parvis de l'école d'ingénieur, la Cave 12 a fait le plein. Quarante personnes environ, jauge idéale pour ce qui va suivre. Sur la scène, les lumières dessinent une frêle silhouette, habit noir et lunettes fumées pour tout apparat. Sobre. Simple. En chair, en os. Et en cris. Junko vient du Japon. Junko est culte. Elle possède un don hors du commun: ses hurlement suraigus, voix saturée d'électricité, chant réduit à une note fondamentale, décapante, font office de cure auditive pour qui avait oser ce soir-là pénétrer dans l'antre genevois des musiques expérimentales.

Les vingt minutes qui suivent sont entièrement dédiées à la tension brute des cordes vocales. Junko a fait de son appareil vocal un instrument tellurique: entourée du groupe français Mesa of the Lost Women – Yves Botz à la guitare et Christophe Sorro à la batterie, fidèles accompagnateurs en terre européennes –, la musicienne japonaise perce jusqu'au plus profond de l'âme. Vingt minutes seulement, mais d'une intensité telle qu'on ne pourra reprendre son souffle qu'à la dernière note. Un ultime grésillement des cordes vocales, distordues, pure produit des circuits électriques dans lequel l'humain reste étonnamment, paradoxalement, extrêmement perceptible. Violemment humain en somme.

Ce mardi-là, on aura encore écouté les groupes français Femme, puis La Morte Young. Avant, un fois encore, de prendre une pause au bar de la salle. Discussion. On cite John Coltrane, mieux encore Elvin Jones pour cette furia précise et nette dont a fait preuve le batteur Crhistophe Sorro. Il y a du jazz dans l'air, tout du moins dans la matière. "Albert Ayler, lâche notre photographe. Rien à voir musicalement. Mais l'émotion est la même." Le "noise", le bruit, si tant est qu'il s'agissait bien de cela mardi à la Cave 12, s'apprécie par l'écoute aussi bien que dans l'épiderme. Il y a ceux qui connaissent ("Junko a sorti un disque solo, une merveille", dixit Vincent de Roguin, un musicien ). Et les autres, pas moins curieux. La programmation de la Cave 12 pourra sembler inabordable? Pour qui accepte le déplacement, un mot s'impose in fine: tout cela est simplement ahurissant.

Créé: 29.10.2014, 18h43

L'affiche du concert signée Harrisson de Bruxelles. Une France "liquéfiée" avec un soleil japonais au centre. (Image: Harrisson)

L'affiche du concert

L'affiche de la Cave 12 est signée Harrisson, de Bruxelles. Une France

Harrisson

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.