Félix Locca barytonne depuis quatre-vingts ans

OpéretteLe fondateur, en 1975, du Théâtre musical de Genève est le dernier porte-flambeau de l’opérette à Genève. Il a plus de 50 productions à son actif.

Félix Locca devant la maison de la Salle Centrale, à la rue de la Madeleine, où il a monté de nombreux spectacles.

Félix Locca devant la maison de la Salle Centrale, à la rue de la Madeleine, où il a monté de nombreux spectacles. Image: Georges Cabrera

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«J’ai vu et entendu ma première opérette quand j’avais 18 mois», déclare Félix Locca, qui vient de fêter ses 80 ans. «C’était Rip de Robert Planquette (ndlr: le compositeur des «Cloches de Corneville»). Ma grand-mère habitait chez nous et les dimanches après-midi d’hiver, mes parents partaient skier. Alors mon aïeule m’emmenait au Grand Théâtre. A ce rythme, j’ai vite connu par cœur tout le répertoire.» Après Rip, les premières œuvres qui charment les oreilles du petit garçon sont Le Pays du sourire de Franz Lehar et Véronique d’André Messager. «Quand j’ai vu Véronique, je devais avoir 4 ou 5 ans. J’ai dit, paraît-il, à haute voix, en voyant la scène où la jeune fille se balance sur une escarpolette: «Mémé, on voit sa culotte!»

Les chanteurs qui ont le plus marqué Félix dans sa prime jeunesse sont les fameux Roger Bourdin et Géori Boué, un couple français formé d’un baryton et d’une soprano mémorables. «Les critiques musicaux pouvaient être très durs en ce temps-là», se souvient Félix. «L’un d’eux avait écrit que la cantatrice Huguette Rivière avait une voix à faire tourner du lait cuit!»

Le père de Félix lui avait dit: «Apprends d’abord un métier, tu prendras des cours de chant quand tu pourras te les payer toi-même.» A 20 ans, son diplôme de tapissier décorateur en poche, le jeune homme met son projet à exécution.

Mon professeur au Conservatoire de Genève, Anna-Maria Guglielmetti, me prédisait un grand avenir comme baryton, mais seulement si j’arrivais à protéger ma voix. Je dois dire que je faisais trop souvent la fermeture du Dorian. Elle me disait sur un ton de reproche: «On vous a entendu éclater de rire sur la terrasse du restaurant à 1 h 30 du matin…» Elle avait raison. Je rêvais de chanter La Bohème ou Le Barbier de Séville, mais je parlais trop!»

Son activité de tapissier décorateur, Félix en tirera grand profit comme décorateur de théâtre et créateur des costumes de ses opérettes. «J’aurais aimé être couturier, mais il aurait fallu pour ça que je m’expatrie à Paris. J’aime bien Paris mais j’adore Genève, j’ai du mal à quitter cette ville longtemps.»

Employé de l’entreprise Grobéty, à la rue de Lausanne, Locca y trouve beaucoup de compréhension chez son patron. «Il me disait que le temps que je consacrais au théâtre n’atteindrait jamais celui qu’il aurait dû me donner si j’avais fait du service militaire.» Outre sa participation au chœur complémentaire du Grand Théâtre, le baryton chante dans ses propres spectacles puis, de 1969 à 1974, dans les rangs de la Compagnie romande d’opérette, dirigée par Edda Burger.

«J’ai toujours aimé Offenbach et l’opérette française, mais c’est avec Mozart que tout a commencé. Ma première mise en scène fut celle de Bastien et Bastienne, en 1958, dans la salle communale de Genthod. Je chantais le rôle de Colas, le sorcier du village.» Créer la mise en scène, les décors et les costumes d’un spectacle, tout en tenant un rôle chanté, Félix Locca l’a fait une infinité de fois. Il tient ça de son aîné Léon Ferly, en charge des programmations lyriques du Grand Théâtre incendié en 1951. Elles avaient lieu au Grand Casino et comprenaient des opérettes montées et interprétées par ce pétulant Niçois.

Genre lyrique délaissé de nos jours, l’opérette était très largement appréciée pendant la première moitié du XXe siècle – et l’est toujours aujourd’hui par un public plus restreint. Il y a eu à Genève jusqu’à cinq compagnies privées spécialisées dans ce répertoire. Celle qui leur a survécu à toutes, c’est le Théâtre musical de Genève (TMG, ne pas confondre avec Théâtre des Marionnettes de Genève), fondé par Félix Locca et sa femme, Josette Mennecier, en 1975.«J’avais rencontré ma femme au Grand Théâtre, où elle avait été engagée comme danseuse par Serge Golovine. Misogyne comme je suis, nous avons eu deux filles qui nous ont donné quatre petites-filles!»

Et c’est parti pour trois décennies de spectacles musicaux dans la Salle Centrale de la Madeleine, puis au Théâtre Pitoëff. Parmi la cinquantaine de productions du TMG, on citera Dédé d’Henri Christiné (1975), L’Auberge du Cheval Blanc de Ralph Benatzky (1983), My Fair Lady de Frederick Loewe (1984), La Veuve joyeuse de Franz Lehar (1988), La Belle Hélène de Jacques Offenbach (1995), Hello Dolly! de Jerry Herman (1996), Pas sur la bouche! de Maurice Yvain.

Toutes ces créations 100% genevoises ont mis beaucoup d’artistes professionnels et amateurs à contribution. Des musiciens, et des chefs d’orchestre bien sûr, parmi lesquels Tony d’Adario ou Anthoy Di Giantomasso. De très nombreux chanteurs, des chorégraphes comme Josette Mennecier ou Floriane Vergères.

«Frédéric Hohl et Joseph Gorgoni ont débuté dans des spectacles du TMG», précise Félix Locca. «Michel Bohnenblust, qui a commencé très jeune à participer à nos créations, est aujourd’hui le président du Conseil de la Fondation Les Salons. Grâce à lui, le TMG y a organisé trois représentations de la pièce La Maison du lac, avec beaucoup de musique. C’était en mai dernier pour mes 80 ans. Mon ex-femme, ma fille Catherine et moi, nous avons joué ensemble les rôles principaux!»

Créé: 12.06.2017, 19h12

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