Ernest Ansermet, l’homme par qui la musique fut

OSR 1918-2018Le chef vaudois a été l'artisan d'une chevauchée musicale palpitante avec l'OSR. Retour aux origines d'une saga.

Ernest Ansermet en pleine action, à la tête de l’OSR.

Ernest Ansermet en pleine action, à la tête de l’OSR. Image: DR

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Pas besoin de cheminer longtemps, lorsqu’on remonte la flèche du temps de l’Orchestre de la Suisse romande, avant de rencontrer une personnalité totémique imposante et incontournable. Ernest Ansermet s’affiche après quelques pas à peine, il trône toujours en monument et en figure tutélaire, aujourd’hui plus que jamais. Car, et c’est une évidence, les festivités qui accompagnent ce premier siècle de l’OSR nous renvoient à l’acte de sa naissance, signé précisément par le chef d’orchestre natif de Vevey. Elles nous plongent aussi dans les longues décennies de son règne, qui ont permis d’agrandir l’aura de la formation jusqu’à placer celle-ci dans le top 10 mondial.

Entre 1918 et 1967 – année à laquelle le chef dirigera son dernier concert en tant que directeur musical et artistique – Ansermet aura incarné d’une façon démesurée et totale le présent et le devenir de l’orchestre. «Longtemps, il s’est occupé d’absolument tout, de la planification des répétitions et des séances de travail, de l’engagement des artistes invités, de la rédaction des programmes et des notes à l’attention du public, et d’autres aspects encore», rappelle François Hudry, «ansermologue» incollable, auteur d’Ernest Ansermet, pionnier de la musique (Éd. L’Aire musicale), mais aussi ancien producteur d’émissions consacrées au classique à la RTS et à Radio France. La première qualité du Vaudois, on pourrait ainsi la circonscrire dans cette foi inébranlable qui le poussa à beaucoup miser sur le terroir artistique romand, alors qu’une solide carrière internationale s’offrait déjà à lui. Tandis que la Grande Guerre s’éteignait enfin, Ansermet avait grimpé passablement de marches et foulé bien des scènes, sous nos latitudes et ailleurs en Europe. Proche de Stravinski, qu’il rencontre une première fois à Clarens en 1913, ami de Ravel, l’homme a commencé à façonner des parcelles de sa réputation à la tête de l’Orchestre de Montreux. Mais à l’époque, vers 1915, il dirige aussi une poignée de concerts d’abonnement à Genève, pour le compte d’une phalange aux qualités perfectibles.

À ce moment de sa carrière, l’essentiel se déroule pourtant loin d’ici, à Paris et lors de tournées harassantes dans le monde entier. Ansermet avance ses foulées aux côtés de Serge de Diaghilev, patron truculent des Ballets russes. Il abat un travail hors norme, participe à la création d’œuvres et enchaîne les enregistrements. On le croit parti à jamais vers des épicentres artistiques qui comptent. À tort. Le 18 octobre 1918, il parvient, après de longs préparatifs, à concrétiser une idée que d’autres, comme le mécène Maurice Pictet-de-Rochemont, avaient longtemps caressé: donner vie à un orchestre permanent et romand. Soixante musiciens passent les auditions et participent au premier concert officiel de l’OSR, qui a lieu au Victoria Hall le 30 novembre. «Le fondateur a très vite compris qu’il y avait un très fort potentiel à exploiter, en s’appuyant notamment sur la vivace tradition chorale en Suisse romande, relève François Hudry. Il faut savoir que le répertoire vocal avec orchestre connaissait à l’époque un puissant retour en force auprès des compositeurs.» Des cinq décennies qui suivent à la tête de l’OSR, on pourrait retenir des centaines de faits et gestes, de concerts mémorables, de créations restées dans les annales. Cantonnons-nous à relever l’importance de l’apport discographique, qui est immense et tout à fait avant-gardiste pour les décennies en question.

«Ansermet a toujours été un grand passionné de technologie et de technique de prise de son, souligne François Hudry. Il a été présent pour chacune des articulations qui ont amené une amélioration significative de la qualité sonore. En 1916 il enregistre un disque en prise acoustique, l’année suivante, il est là lorsque l’électrique apparaît; plus tard encore, il saute dans le train novateur du microsillon, puis, en 1954, dans celui révolutionnaire de la stéréophonie, avec la maison Decca.»

Ce sera sous ce label, d’ailleurs, que seront publiées des dizaines d’albums mémorables, tous captés au Victoria Hall, où les qualités acoustiques épousent celles uniques des ingénieurs du son de la maison. «Decca avait envie de mettre la main sur le répertoire français du XXe siècle, ajoute François Hudry. Avec l’OSR, le label a trouvé une formation dont la culture et l’identité musicale affichent des traits français, mais qui a aussi l’efficacité et un sens de la discipline helvétique.» Aujourd’hui, l’écoute de ces trésors nous renvoie à une direction que Sur, le mythique magazine littéraire de Buenos Aires, définissait comme défaite de «tout élément superflu et par conséquent perturbateur», ce qui «confère aux interprétations d’Ernest Ansermet une limpidité impressionnante, unique». Cet héritage musical garde une fraîcheur intacte. La preuve? Decca a décidé d’éditer un coffret de 130 CD en 2019. On célébrera alors le 50e anniversaire de la disparition d’Ernest Ansermet. R.Z.

Créé: 16.03.2018, 17h35

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