En été, la Suisse livre un plateau de festivals pop

ConcertsDe Caribana à Paléo en passant par le gigantesque Openair Frauenfeld, la saison aligne pléthore de manifestations. D’un bout à l’autre du pays, l’offre s’uniformise et les exclusivités restent minoritaires.

Paléo Festival, Nyon, le 22 juillet 2008, foule sous l'ancien chapiteau.

Paléo Festival, Nyon, le 22 juillet 2008, foule sous l'ancien chapiteau. Image: Olivier Vogelsang

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Avec Caribana la semaine prochaine, la saison des festivals entame sa longue route estivale. Juin, juillet, août: la liste est impressionnante des manifestations proposant des concerts pop et rap essentiellement. Festi’neuch, Montreux Jazz Festival, Sion sous les étoiles, Paléo, Rock Oz’Arènes… La plupart de ces événements sont organisés en plein air, mis à part le Montreux Jazz Festival. Mais tous, sans exception, mettent à leur affiche des artistes mainstream.

Le public francophone connaît bien les ténors de la scène romande. Un coup d’œil sur l’est du pays, cependant, permet de saisir à quel point la carte musicale de la Suisse est occupée. À Interlaken, son Greenfield Festival. À Hinwil, près de Zurich, son Rock the Ring. Et Saint-Gall, son OpenAir. La palme à l’Openair Frauenfeld, qui détient le record national en matière de capacité: 50 000 personnes par soirée, loin devant les 35 000 de Paléo.

On s’arrêtera là, en gardant en tête qu’il ne s’agit que du territoire helvétique. Passer les frontières française et allemande, sans oublier l’Italie, friande de pop elle aussi, obligerait à poursuivre une liste sans fin. La Suisse se distingue-t-elle de ses voisins? Oui, si l’on considère l’extrême concentration des événements regroupés sur le plateau suisse, avec pour pôles le lac Léman et le lac de Constance.

Proximité et grandes vedettes

L’offre musicale arrive à saturation. Surtout, les programmes des uns et des autres se ressemblent de plus en plus. Ainsi, l’été des festivals a son uniforme. Simple Minds, à choix à Caribana, à Sion sous les étoiles, au Rock the Ring de Hinwil. James Blunt, au Rock Oz’Arènes d’Avenches, au Heitere de Zofingen, au Stars in Town de Schaffhouse – trois dates concentrées sur la même semaine en août. Parmi les groupes présents plus d’une fois durant la saison, compter encore avec NERD, Orelsan comme Gorillaz. Également Depeche Mode: la vedette de Paléo, en ouverture le 17 juillet, joue à Saint-Gall le 30 juin, et le 12 juillet au Musilac d’Aix-les-Bains, si proche de Genève… Les grandes têtes d’affiche sont en nombre limité, et les concerts restent la principale ressource financière d’un artiste, d’où multiplication des apparitions.

Si les têtes d’affiche rassembleuses sont nécessaires pour motiver les foules, deux autres qualités s’avèrent déterminantes: la proximité géographique et les exclusivités. Paléo, par exemple. Concernant la provenance des visiteurs, l’open air vaudois, qui produit régulièrement ses analyses, constate ceci: le gros des troupes vient de la région nyonnaise, en second lieu des cantons de Vaud et de Genève, dans une moindre mesure de France voisine ou de Suisse alémanique. Au contraire du Montreux Jazz Festival, qui attire les mélomanes loin à la ronde. Montreux doit se distinguer en servant son quota d’exclusivités. Massive Attack, Billy Idol, Gilberto Gil, Paolo Conte, Nick Cave ainsi que Jack White, sans compter la programmation jazz et découvertes, figurent autant de lumières clignotant dans l’été, qui attirent le festivalier par la star alléché.


L’ombre du géant Live Nation

Un festival, c’est d’abord un lieu précis, identifié, ville ou champ à vaches, tout confort ou à la bonne franquette. Pour le spécialiste, cependant, cette carte dit autre chose encore: qui organise quoi et avec quels moyens. L’Openair Frauenfeld, d’abord: le géant helvétique, consacré exclusivement au rap (Eminem en vedette), émane de la multinationale Live Nation, tentaculaire société née aux États-Unis, possédant aussi bien des parkings que des salles de concert, qui gère son marché de la production musicale à la vente des billets. Parmi les partenaires suisses de Live Nation, on compte la société romande en charge de Sion sous les étoiles, Live Music Production. Soit le concurrent direct d’Opus One, dont Paléo est l’actionnaire majoritaire.

Live Nation, mais aussi FKP Scorpio, propriété de l’allemand Eventim (pour le festival Greenfield d’Interlaken), Radio Energy, propriété du zurichois Ringier (pour le festival Moon & Stars de Locarno, hors carte): d’un côté, les sociétés à capital et leurs événements publics. De l’autre, les indépendants: Caribana, Zürich Openair, Montreux Jazz Festival, Gampel notamment. Certains réunis sous une même bannière, tel le pool Wepromote (pour l’OpenAir Saint-Gall, le Gurten et Stars in Town). D’autres, comme Caribana et le Venoge Festival de Penthalaz, sont nourris principalement par un même agent d’artistes, Ishtar Music dans ce cas, entreprise lausannoise elle-même indépendante. (TDG)

Créé: 01.06.2018, 19h27

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Je veux des exclusivités!

Qui, cet été, pourra se vanter d’avoir suivi le concert à ne pas manquer? En matière d’exclusivités, deux manifestations se démarquent dans le paysage musical: le Montreux Jazz Festival et le Blue Balls de Lucerne. L’affiche de Montreux, si elle n’échappe pas complètement à l’uniformisation des programmes, a de quoi se distinguer: Jack White (10 juillet), nouveau guitar hero du rock, constitue l’attraction majeure, et unique, de l’arc lémanique. Tandis qu’à Lucerne, en haut d’une affiche originale en diable, campe le sombre chanteur pop Eels (20 juillet). Mais pour trouver l’hypervedette, le roi du monde, alors on ira au Zürich Openair, qui annonce Kendrick Lamar (23 août), génie du rap récemment auréolé d’un Prix Pulitzer.

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De la variété, sinon rien

Et d’abord, c’est quoi la variété? La pop music en version anglaise? Exact! La liste n’en finit pas des chanteurs et chanteuses tous publics, des stars dont on attend qu’elles rassemblent les générations. Autrement dit, voici la catégorie principale des groupes en tournée à la belle saison. Du reste, l’été des festivals commence par là, avec Patrick Bruel à Caribana (5 juin). En plein dans la «variétoche», histoire de donner le ton. Garou à Pully à l’Heure du Québec (5 et 6 juin), Nolwenn Leroy au Red Pigs de Payerne (29 juin), Christophe Willem à Sion sous les étoiles (13 juillet). Les francophones, cependant, passent rarement la Sarine, sauf Charlotte Gainsbourg au Zürich Openair (24 août). Les vrais champions sans frontières, ce sont les anglophones passe-partout: James Blunt à Rock Oz’Arènes (15 août) et Amy Macdonald au Venoge Festival (22 août).

Où sont les Suisses?

Pour un artiste du cru, les festivals d’été, ce n’est pas tant l’occasion de se faire connaître qu’une manne financière bienvenue. On ira volontiers les voir. On se réjouit surtout qu’ils puissent remplir leur réfrigérateur. Trois noms à retenir, parce qu’ils sont très bons, également parce qu’ils alignent un nombre impressionnant de concerts: les rockeurs genevois Duck Duck Grey Duck (aux Georges, à Fribourg, le 11 juillet, également à Bôle, Le Locle, Fribourg et Le Noirmont), les plus pop Alice Roosevelt, enfants chéris de la scène nyonnaise (Festi’neuch le 15 juin, puis Les Georges et Le Locle). Mais nul ne fait aussi bien que Danitsa, chanteuse soul genevoise: six festivals rien que pour elle, dont le nec plus ultra du rap, l’Openair Frauenfeld (7 juillet).

Laissez-moi tranquille

Assez de ces grands-messes populeuses, des rendez-vous dont on s’arrache les billets trois mois à l’avance. Besoin d’un peu de calme? D’une pierre, deux coups: en quittant le circuit des festivals pop, on trouve des petits coins sympas, des sites pittoresques, de quoi faire la sieste sans être dérangé. Et par la même occasion se dévoilent des programmations d’un tout autre acabit. Les toutes petites manifestations abondent elles aussi, FestiBoc de Bofflens (15-16 juin), Palp de Martigny (de juin à août), Nox Orae de La Tour-de-Peilz, JVal de Begnins encore (toutes deux du 31 août au 1er septembre). Mais pour le cadre, le Cosmo Jazz de Chamonix (21-29 juillet) atteint les sommets: le 26 juillet, on y retrouvera la chanteuse Camille à 2000 mètres d’altitude, avec le Mont-Blanc en guise de panorama. Peinard, enfin!

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