Céline Dion broie du rose

DisqueLa diva dévoile un album anglophone offert au souvenir de feu René et aux effets de la pop 2.0. Son titre? «Courage». Elle donnera un concert au Paléo festival de Nyon, le 20 juillet 2020.

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«Je suis libre comme un aigle, je m’envole comme un aigle, je regarde vers le ciel pour trouver mon chemin.» Ouf, Céline Dion garde le moral. Pour qui n’a pas reçu de nouvelles de la Québécoise depuis le décès en janvier 2016 de son mari, mentor, producteur et protecteur, René Angelil, la plus grande vendeuse de disques de tous les temps impose sa profession de foi dès les premières notes de «Courage», son premier disque anglophone depuis que René, lui aussi, a pris le chemin du ciel.

À 51 ans – dont plus de vingt au sommet de la pop mondiale – Céline Dion n’a jamais fait dans la demi-mesure. Jeune idole dans son Québec natal, ensuite vedette en France et dans les territoires francophones, enfin star américaine (donc mondiale) sur la déferlante de «Titanic», la mezzo soprano à l’organe affolant a imposé à chacune de ses carrières une couleur artistique. Au contraire de ses disques «français» placés dans les nuances d’une chanson de variété (avec la collaboration régulière de Jean-Jacques Goldman), sa production «américaine» a toujours choisi le format triple XL, la meringue multicouche, l’obus à fragmentation, le «more is more» d’une pop aussi clinquante que toutes les lumières de Las Vegas, où la chanteuse résidera la gloire venue.

Douleur de stars

Son mari, Céline l’a déjà pleuré sur «Encore un soir», disque en français et en relative subtilité qu’elle publia six mois après sa disparition des suites d’un cancer, à l’âge de 71 ans. Elle a aussi exposé son deuil à tous les passants, en une des médias les plus populaires, rejoignant avec Laeticia Hallyday la cohorte des veuves célèbres dont la douleur serait plus poignante que celle du péquin anonyme – plus vendeuse, en tout cas. Aussi sincère soit-elle, une œuvre composée en l’honneur d’un disparu n’évite que rarement le piège de l’exhibitionnisme tire-larmes: de sujet artistique, le deuil devient objet de promotion. Les téléspectateurs des talk-shows américains ont ainsi appris les ultimes paroles que prononça la chanteuse à son mari («I got this», soit «je gère») et combien lui manque son odeur sur l’oreiller.

Effectivement, Céline «gère». Après la tristesse, place à la résilience musclée, à la douleur sublimée par l’emphase, à la danse et au groove pour oublier. «Courage» sort l’artillerie de circonstance pour la diva aux 250 millions de disques vendus, afin d’honorer ce climax de sentiments compassés mais aussi, plus prosaïquement, de remettre «la reine Céline» sur le trône de la pop mondiale, qu’elle doit partager depuis 10 ans avec des roturières comme Rihanna ou Beyoncé. Les 16 chansons ont ainsi mobilisé pas moins de… 24 producteurs! Dont David Guetta, Sia Furler, DJ Khalil, Jörgen Elofsson (responsable des tubes de Britney Spears) ou le plus classique Jimmy Napes et ses hits pour Sam Smith. Bref, «Courage» n’en déploie que peu dans le choix de sa direction artistique, picorant à parts égales entre les producteurs bankable de la pop 2.0 aux tempos dansants et aux lourds effets et les valeurs sûres des grandes ballades façon «Titanic».

La plus ébouriffante voix de la pop trouvera-t-elle un nouveau souffle auprès d’une génération éduquée aux timbres trafiqués, robotiques? Elle en prend le pari. Et franchit le Rubicon, acceptant sur plusieurs morceaux que son chant soit encapsulé dans une gangue synthétique et nasillarde. Céline Dion autotunée! Les anciens fans verront là une hérésie définitive ou le mignon caprice d’une star qui n’a plus rien à prouver. Ils se rabattront sur quelques morceaux de bravoure où la vocaliste démontre que sa voix n’a rien perdu en technique et en puissance. Pas certain, en revanche, que cette drague tapageuse lui rameute les enfants de son cœur de public. À vérifier, le 20 juillet prochain, dans la foule nyonnaise.

Créé: 20.11.2019, 09h36

En dates

1968
Naissance à Charlemagne, Québec, dans une famille de 14 enfants.

1982
«Ce n’était qu’un rêve», premier 45 tours.

1987
Son manager, René Angélil, prend en main sa carrière internationale. Il lui obtient une signature sur CBS, le label de Michael Jackson, et lui impose notamment un relookage et de la chirurgie dentaire.

1988
Remporte pour la Suisse le Concours Eurovision de la chanson à Dublin avec le titre «Ne partez pas sans moi» .

1990
Premier succès américain avec «Where Does My Heart Beat Now».

1993
Chante à la cérémonie d’investiture de Bill Clinton.

1994
Épouse René à la basilique Notre-Dame de Montréal.

1996
Chante à la cérémonie d’ouverture des JO d’Atlanta, devant 3,5 milliards de téléspectateurs. L’album «Falling into You» s’écoule à 32 millions d’exemplaires.

1997
Porté par la chanson de «Titanic», «Let’s Talk about Love» s’écoule à 31 millions d’unités.

2001
Premier enfant, René-Charles.

2010
Naissance de ses jumeaux, Nelson et Eddy.

2003
Installation en famille à Las Vegas, premier round de 723 concerts au Caesar Palace.

2004
Prix Diamond au World Music Awards, reconnaissant son statut d’artiste féminine ayant vendu le plus d’albums de tous les temps.

2008
Tournée mondiale de 132 concerts.

2011
Deuxième résidence à Las Vegas.

2016
Mort de René. Millième prestation à Las Vegas.

2019
«Courage», 12e album en anglais

2020
Concert au Paléo festival de Nyon, le 20 juillet. Billets en vente le 3 décembre à midi. Les 55 000 billets pour son concert au festival des Vieilles Charrues, quatre jours plus tôt, se sont écoulés en 9 minutes.

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