Anton Reicha, ou l’histoire d’une revanche sur l’oubli

Classique Le pianiste Ivan Ilic parcourt avec élégance et sobriété des pièces fuguées du contemporain de Beethoven. Un album profond

Le pianiste Ivan Ili? poursuit sa redécouverte de l’œuvre de Reicha.

Le pianiste Ivan Ili? poursuit sa redécouverte de l’œuvre de Reicha. Image: DR

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C’est un disque aux dizaines de fugues, étalées dans des études en forme de précieuses miniatures, celles des «Op. 97» et «Op. 36 N°12». On glisse dans ce corpus avec naturel et on en sort avec une poignée de questions lancinantes: comment se fait-il que l’auteur de ces pièces a pu sombrer dans l’oubli quasi total? Pour quelle raison son génie quelque peu décalé et son inventivité pétillante ne sont pas parvenus à traverser les siècles pour rebondir jusqu’à nous? Le parcours du compositeur Anton Reicha, qui chemine depuis très longtemps entre les plis de l’Histoire, aurait sans doute mérité un tout autre destin. Né à Prague en 1770, dans ce qui était à l’époque un archiduché d’Autriche, l’homme a côtoyé, dans cette Mitteleurope qui regorgeait de grands guides de la musique, des personnages de l’envergure de Beethoven (avec qui il se lie d’amitié), de Haydn et de Salieri. Plus tard, alors que les vicissitudes personnelles le poussent vers Paris – il finira par être naturalisé français en 1829 – Reicha poursuit son travail de composition mais surtout, il intensifie ses activités dans le domaine pédagogique, en accompagnant au Conservatoire de la capitale la formation de ceux qui allaient devenir à leur tour de grands personnages: Charles Gounod, Franz Liszt, César Franck, Hector Berlioz… Considéré par ses élèves comme un esprit visionnaire et ouvert à toute sorte d’innovation, Reicha a développé tout au long de sa vie une analyse affinée de cette figure musicale qu’est la fugue. Cela fut sa grande obsession.

Pour en retrouver l’essence et l’esprit, il faut plonger sans hésitation dans le deuxième recueil d’œuvres que lui consacre le pianiste américain d’origine serbe Ivan Ilic. Résident en France et habitués des studios radio de la RTS, où il distille régulièrement, sur son instrument, des émissions thématiques, l’interprète a décidé d’orienter ses prochaines aventures discographiques (pour le compte de l’excellent label Chandos) vers le compositeur délaissé. En traversant ce deuxième volet, on retient cela tout d’abord: l’élégante sobriété que dégage le jeu du pianiste. Sa capacité, autrement dit, à faire parler en toute simplicité les lignes fuguées de Reicha. Ivan Ilic restitue ainsi, avec tact et un respect constant de la lettre, tout le vertige, la malice et les portions de mélancolie de cette œuvre marquante. Un grand album donc, d’un pianiste qui, avec empathie, nous rapproche d’un oublié en lui rendant justice.

«Reicha discovered», vol. 2, Ivan Ilic, piano, (Chandos). (TDG)

Créé: 21.09.2018, 15h25

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