Paléo: les «ambitions kamikaze» de Christine and the Queens

InterviewCelle qui signe désormais Chris est attendue mardi en ouverture d'une 44e édition éclectique, Cette année, le festival saute des Américains Twenty Øne Piløts à la diva française Jane Birkin, des vétérans The Cure au juvénile Hubert Lenoir.

Christine and the Queens, alias Chris, joue des genres comme personne.

Christine and the Queens, alias Chris, joue des genres comme personne. Image: JAMIE MORGAN

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Paléo dans les grandes chaleurs, l’invitation est faite au public de plonger dans un bain de foule. Y trouvera-t-on l’extase? «Toutes les figures de la pop sont nécessairement sexuelles», annonce Christine and the Queens, alias Chris, tête d’affiche de la soirée d’ouverture mardi.

Paléo, 44e édition, a des sensations à revendre: cette livraison sera rap plus que jamais – une quinzaine de propositions au total. Plus féminins que jamais par ailleurs: 9 des 36 concerts principaux, tendance à la hausse. Enfin, on notera le retour des années 80, synthétiseurs et rythme dansant à l’appui. Tout ce que Chris, justement, réunit dans un spectacle parmi les plus originaux du moment, discours queer en prime.

Chris en a fait un spectacle à fleur de peau, que la chanteuse décortique au bout du fil… Si le show est un langage, c’est celui des corps?
Mon nouveau show est né avec le désir d’une physicalité très marquée. Après l’album «Chaleur humaine», plus dissous et rêveur, le suivant, «Chris», se concentre sur la peau. C’est «Je te touche, tu me touches». Pour l’exprimer sur scène, l’éclairage est déterminant. J’adore la machinerie pop d’une Beyoncé, avec les lumières qui viennent par-devant, écrasant et lissant les corps. Mais je voulais autre chose. Je voulais de la rugosité, travailler l’humanité, qu’on voie les muscles découpés. Je me suis inspirée de la danse contemporaine, des corps sculptés par la lumière projetée depuis l’arrière de la scène.


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S’il y a du contemporain dans la danse, c’est aussi du hip-hop dont se nourrit la scène?
Cette hybridité fait partie de mon ADN depuis mes débuts et reflète également la diversité des danseurs, issus du contemporain autant que des battles electros. Ainsi de la Cie La Horde, arrivée dans le spectacle comme un imprévu, en ouvrant sur l’improvisation.

L’univers de la discothèque, du clubbing, vous inspire également?
J’ai adoré cet univers chorégraphique. C’est un objet fascinant, érotique, juvénile, d’abandon. De là l’idée notamment d’un duo au ralenti évoquant le clubbing.

Que dire de la proximité, très forte, que vous installez avec le public, objectif difficile à réaliser dans le cadre de très grandes scènes?
J’allais donner un show populaire, j’allais jouer sur de très grandes scènes, et j’étais obsédée par l’envie de faire quelque chose de très intime. Ce travail relève en grande partie du théâtre que j’ai longtemps pratiqué. Cette intimité forte passe par une zone de tension, par l’espace nu, par le jeu performatif, écorché, personnel. Aspect qui, à son tour, rebondit sur la scénographie: on démarre avec des peintures projetées en toile de fond pour finir dans un dispositif complètement nu, à la Peter Brook. Ambition kamikaze! Beaucoup de spectateurs ne s’y attendaient pas. C’est sur le fil et ça demande de rester à l’affût des réactions du public.

Les peintures en fond de scène évoquent des montagnes, des vagues. D’où viennent-elles, ces images?
Je voulais des œuvres de l’école romantique, parce qu’elles sont imposantes. Cela afin d’interroger ce qu’est le monumental dans le spectacle et comment, dans ce contexte, faire naître une émotion. Avec, en dessous, les corps en jogging qui bougent dans tous les sens, c’est un clash!

La musique devient comme la bande originale d’un film…
Dès le départ, je voulais traiter «Chris» comme une fiction avec sa bande-son. Au final, ça donne plein de petites séquences qui composent un grand film intérieur. Je sortais d’une tournée, je voulais me diriger vers un nouveau travail pour la scène. C’est en concert que le nouvel album prend tout son sens.

Comment ont été imaginées les adresses au public, tel qu’«Ici, tu fais ce que tu veux, ici, tu te dissous, ici, tu changes de nom»?
Les formules déclamatoires, c’est mon parler naturel. Parler comme un sénateur, ça m’a souvent joué des tours. Pourquoi je m’exprime de la sorte, la question revient souvent de la part du public. Est-ce trop ampoulé? Ces interventions peuvent être travaillées, mais suivent également ma spontanéité et s’adaptent. Ce «tu fais ce que tu veux» est une injonction à la liberté, et cela m’importe.

Au public, vous lancez: «Je déclare un état de science-fiction». Qu’est-ce que ça annonce?
Le sens reste délibérément ouvert. Est-ce un état insurrectionnel, une nouvelle réalité? Il y a là une notion carnavalesque également, liée au théâtre comme force d’émancipation et d’insurrection. J’essaie raisonnablement de concevoir le concert comme une proposition capable de changer quelque chose autour de lui.

Toute figure pop est-elle sexuelle? Qu’on songe à Janet Jackson, qui vous a inspirée, autant que David Bowie?
Quand j’ai commencé, j’avais la naïveté de croire que je pouvais échapper à l’érotisation. Avant d’accepter, finalement, que le performer est nécessairement regardé, et érotisé. Alors on prend confiance, on travaille. Il y a une histoire intéressante à propos de David Bowie: on sait qu’il était, dans sa vie également, dans un don constant de sa puissance érotique. Ce don de soi, de son corps, en tant que performer on ne peut que l’accepter. Le performer est profondément érotique. Et l’érotisme, il y a plein de façon de le subvertir.

Grande Scène, Mardi 23 juillet, 21 h 15


En attendant l’appel de Tarantino, Cari Cari prend l’Asse dans son lasso

Les jolies fables ne sont jamais de trop pour se faire connaître. Stephanie Widmer et Alexander Köck auraient pu se contenter de raconter comment leur histoire d’amour s’est sublimée en notes, quand le couple à la ville est devenu duo sur la route après que «Steffi» a frappé sur une grosse caisse pour accompagner son mec à la guitare et au chant. Symbiose, osmose, magie, etc: sous le nom de Cari Cari, le résultat est suffisamment probant pour que la paire explose au fil des clubs de son Autriche natale, et plus loin jusqu’à Paléo, mardi, après avoir séduit le Zermatt Unplugged en avril dernier.

Mais c’est une autre histoire que sert Alex. En dehors de l’accident heureux (Steffi n’avait jamais joué de batterie), Cari Cari est né pour finir sur une bande-son de Quentin Tarantino. Voilà. «C’est à peine une blague, sourit le beau gosse en mocassins. On l’a lancé un jour sur scène, depuis c’est repris dans la communication autour du groupe. Mais franchement, comment décrire en mots sa propre musique? On nous dépeint country soft, folk pop, chill blues… Alors que quand tu dis «Tarantino» aux gens, ça évoque tout de suite des musiques, des ambiances, des couleurs.»

Celles de Cari Cari se savourent différemment en direct que sur son unique disque, «Anaana». En concert, le duo joue un rock feutré, à l’os, assoupli par la voix chaude et profonde de Steffi, magnifié par une osmose réelle et un talent de songwriting qui évite les clichés. Sur album, les ornements fleurissent à bon escient et assurent une touche de glamour pop, de délicatesse hantée par les effets d’écho et des bris de cuivres et d’harmonica… tarantinesques, mais plus «Django Unchained» que «Jackie Brown»!

«On écoute de tout, electro, hip-hop, qu’importe. Le seul truc qui compte: l’authenticité. On tourne beaucoup, et 80% de ce qu’on découvre se ressemble: technique parfaite, son parfait, image parfaite mais zéro feeling.»

Pas un hasard si Cari Cari fait un clin d’œil à Motörhead dans sa chanson «White Line Fever» (le titre de l’autobiographie de Lemmy) et s’il reprend Bob Dylan live. À Zermatt, chanté seul par Steffi et interprété tout en sobriété par Alex, «Don’t Think Twice (It’s Allright)» avait cueilli le public parfois turbulent du off. «Dylan, c’est le seul mec qui me laisserait sans voix si je devais le rencontrer, confesse le musicien de 26 ans. Je l’adule, vraiment. J’ai tellement écouté ses disques que j’ai longtemps hésité à aller le voir en concert. J’en parlais à Steffi il y a quelques semaines, en visionnant ses prestations récentes sur YouTube.» Steffi de poursuivre: «Pendant qu’il me faisait ses théories sur les légendes qu’il vaut mieux ne pas voir, j’avais dans mes poches les deux billets que je venais de nous acheter pour le concert de Dylan quelques jours plus tard!» Après avoir vu Bob, ne reste plus qu’à séduire Quentin.

François Barras

Créé: 22.07.2019, 19h55

(Image: DR)

Twenty Øne Piløts

La première tête d’affiche en provenance des États-Unis à inaugurer la nouvelle grande scène du festival promet un show eschatologique. À en croire leurs lives qui suscitent l’intérêt de plusieurs millions de viewers sur YouTube, le duo n’aura aucun mal à séduire un public désireux de danser sur des rythmes rock, reggae, folk ou rap. Les styles sollicités sont nombreux, le groupe unique.
Mardi, 23 h 45, sur la Grande Scène

Hubert Lenoir

Prophète en son Québec natal, Hubert Lenoir gagnerait à rencontrer un succès analogue dans l’Ancien-Monde.
Son dernier album, «Darlène», dont un roman écrit par sa partenaire Noémie D. Leclerc accompagne la musique, fait la part belle aux arrangements glam rock et folk psychédélique. En ce mercredi où la concurrence qualitative musicale sera rude, le charme androgyne de l’artiste, son refus des normes et la qualité de ses compositions auront raison des plus conservateurs. À seulement 24 ans, c’est surtout le talent qui choque chez Hubert Lenoir.
Mercredi, 20 h, au Dôme

The Cure

Oui, le groupe a tendance à rentrer dans la catégorie «dinosaure du rock», ce qui laisse supposer un fonds de commerce basé sur la nostalgie. Oui, Robert Smith ressemble toujours plus à Didier Bourdon dans sa brillante imitation prophétique du chanteur sur le thème de la Zoubida. Mais le groupe britannique a encore de très belles performances scéniques à offrir. Assister à un concert des Cure, c’est aussi cristalliser des centaines d’heure d’écoute de «Boys Don’t Cry», «Lullaby», «Friday I’m in Love» ou autres «Just Like Heaven» dans une communion cabalistique. De quoi largement se réjouir de la venue des papes du rock gothique au festival.
Jeudi, 23 h 30, sur la Grande Scène

BCUC

Nul besoin d’électro, de drum & bass ou de techno pour faire danser. Refusant catégoriquement tout catalogage «mainstream», les Sud-Africains de BCUC, acronyme de «Bantu Continua Uhuru Consciousness», sont assurément l’un des groupes les plus à même d’enflammer ce Paléo déjà annoncé caniculaire. Punk, funk et fun.
Vendredi, minuit, au Détour

Jacob Banks

Sa voix rauque évoque les plus grandes élégies du blues classique. Dans un samedi dédié en grande partie à la francophonie, le mélange de R & B, soul et hip-hop du chanteur britannique va à coup sûr détonner. Virtuoses, Jacob Banks et son groupe ont en commun de toujours privilégier les sonorités chaudes et vintage.
Samedi, 20 h, aux Arches

Birkin/Gainsbourg: Le Symphonique

L’ombre du génial misanthrope provocateur français n’aura jamais autant plané sur le festival. Après le concert de Charlotte mardi et juste avant celui de Lou Doillon aux Arches, la chanteuse à la voix la plus reconnaissable de France revisitera dimanche le répertoire sacré de son partenaire de vie et de musique. Si ce dernier est aujourd’hui repris par le monde entier, anglophones compris, c’est encore Jane Birkin qui l’interprète le plus finement. Comme à Antigel où elle était venue l’an passé, elle sera accompagnée d’un orchestre, l’Ensemble Symphonique de Neuchâtel, fort des arrangements de Nobuyuki Nakajima.
Dimanche, 18 h 15, sur la Grande Scène
R.D

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