Pour ses 20 ans, Voix de Fête réclame nos beautés rebelles

FestivalJuliette, Eddy de Pretto, Magyd Cherfi… Bien doté côté concerts, le festival ose même la danse. Signé Jerrycan, drôle d’oiseau chargé de célébrer cette livraison anniversaire

Le chanteur genevois Jerrycan et le danseur Fabio Bergamaschi répètent la chorégraphie pour célébrer le 20e Voix de Fête, des pas de danse que le public sera invité à partager.

Le chanteur genevois Jerrycan et le danseur Fabio Bergamaschi répètent la chorégraphie pour célébrer le 20e Voix de Fête, des pas de danse que le public sera invité à partager. Image: Georges Cabrera

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«Voix de Fête a vingt ans. On a tous vingt ans!» Sur un rock léger et entraînant, Jerrycan chante à tue-tête et danse en souriant de toutes ses dents, vêtu de noir de pied en cap, des bandanas colorés au poignet. La chorégraphie va d’un pas allègre, tandis que le refrain livre d’un ton joyeux, presque naïf: «Tu dis ce que tu penses, t’es hot! T’es complexé, tu danses, t’es hot, hot, hot!»

Jerrycan, l’homme-oiseau de la chanson lacustre, Christophe Balleys de son vrai nom, qu’on vit parfois jouer de la guitare perché dans un arbre, des ailes dans le dos, a reçu une mission: du 19 au 25 mars, cet artiste pluridisciplinaire unique en son genre au bout du lac, est chargé de célébrer la 20e édition du festival «franco-responsable». Voix de Fête a 20 ans, et la chanson le répète à l’envi. C’est un hymne. À la joie, à la fête. Pour Jerrycan, dont les talents s’approchent du clown, de telles paroles sont aussi une manière d’inviter chacun à briser les carcans de la mode. Trop petit, trop gros, trop maigre? Mais tous soi-même, toutes et tous «beautés rebelles». Voilà que Voix de Fête prend des allures de manifeste.

Jerrycan s’inscrit à sa manière décalée dans un programme déjà haut en couleur, en matière de genre comme de féminisme: où l’altière Juliette Armanet – la dame aux haltères, c’est elle – côtoie Eddy de Pretto, le pâle écorché pop mâtiné de rap. Où Juliette, la grande Juliette aux lunettes, ouvrira les feux sur son piano dodu en voisine du blues rocker alsacien Rodolphe Burger. Et puis encore Magyd Cherfi le Maghrébin qui n’en fait qu’à sa tête, et des rappeurs jeunes pour le jeune public – lequel fournit la masse critique et populeuse nécessaire pour asseoir la fréquentation du festival. Sans compter les Suisses, ce garagiste jurassien de Bel Hubert en tête. Et les Genevois, Zedrus, Rox, Geule Blansh, Projet XVII, Ribordy, Noga. Foule sur scène. Foule attendue au balcon. Et Jerrycan qui piaffe d’impatience. Voix de Fête a vingt ans, certes. Jerrycan ne pouvait pas ne pas caser cette information dans son texte. Cela dit, Jerrycan aime plus que tout sortir des sentiers battus.

Contamination ludique

En fait de célébration, Jerrycan, commissionné par les organisateurs de la manifestation genevoise, a imaginé quelque chose se rapprochant de la comédie musicale. Sous forme d’interventions, disséminées dans la ville, une quinzaine de minutes chacune. Où les trouver, cela reste encore un mystère, savamment entretenu par le festival. «Tenez-vous au courant, suivez les nouvelles.» En attendant, nous suivons déjà les répétitions. Avec le danseur Fabio Bergamaschi, le chanteur a mis en place une chorégraphie des plus simples. «De sorte que chacun puisse se l’approprier, le festivalier comme le passant, l’adulte comme l’enfant. L’objectif étant de réaliser une sorte de flashmob impromptue: je suis au micro, je chante et je danse avec Fabio, la musique est jouée sur place, en live, par Christophe Farine. Et les gens font ce qu’ils veulent!»

Mouvements d’épaules, coups de tête. Bouger des fesses en cadence, pousser un cri. Il y a du disco dans l’air. De la danse à Voix de Fête? Si la musique est communicative, le rythme impose au corps une furieuse envie de participer. Des paroles aux figures et vice versa, Jerrycan fait le grand écart, posant le couplet suivant: «Mes pas de danse sont des alexandrins/et mes mots portent de beaux tutus/tududututu». Contaminer le public, voilà l’ambition de Jerrycan. Qui hurle à présent tel un beau diable sorti de sa boîte: «Ensemble, on va être beau!» Petite analyse de circonstance: «Ce sont des intermèdes toniques, des mots rassembleurs. Une performance entre gin tonic, club de vacances et danse contemporaine. Sensible et osé, également populaire. Sans crainte du ridicule.»

Comme un cheveu sur la soupe

Béatitude, glamour, ironie et folie douce, avec des sujets sérieux dans le fond. Voilà tout l’univers de Jerrycan, bricoleur de sensations, collectionneur d’émotions furtives, qu’on surprit un jour à coller des banderoles sur les ponts routiers du canton, inscrivant des «Tu me manques» et autres «Je rêve de toi». On vous a dit l’arbre dans lequel il jouait un soir. Une autre fois, c’était accroché à une fenêtre. Reste en mémoire également ce casque luminescent de cerf bionique posé sur sa tête d’entertainer tout-terrain. Il y a longtemps, quand il sortait des Beaux-Arts – ça ne s’appelait pas encore la HEAD – Jerrycan jouait au porte à porte, au hasard des boîtes aux lettres. Quelques-unes parmi les inventions maison…

Revenu du Québec, où il a vécu en famille deux années durant, Jerrycan entame avec Voix de Fête un «nouveau cycle». Le festival constituera une première mise à l’épreuve d’un projet qui le taraude depuis longtemps: par la danse, ouvrir le concert à la participation du public. «Et inviter chacun, chaque beauté rebelle, beauté non conventionnelle, à se manifester, à prendre la scène.» Ces mêmes beautés rebelles que notre interlocuteur a découvertes dans un ouvrage de la canadienne Mélanie Couture, T’as le droit de te trouver belle. «J’avais rencontré à Québec un groupe de poètes, dans lequel se côtoyaient une trans, un garçon féministe, des femmes fortes… On discutait du genre, de la domination masculine. Le groupe était très engagé, mais toujours de façon joyeuse. Cet aspect-là aussi m’a durablement marqué.» Et Jerrycan, qui sourit, rit même: «Le fantasme absolu serait de jouer dans des lieux habituellement fermés au public. J’aime l’idée d’arriver comme un cheveu sur la soupe.»

20e Voix de Fête, du 19 au 25 mars, Bars en Fête, dès le 14 mars. «Jerrycan 8000», chorégraphie collective ouverte à tous les publics. Programme diffusé sur le site du festival durant la manifestation: voixdefete.com. Répétitions di 11 et di 18 mars, de 14 h à 17 h, au Chat Noir, rue Vautier 13.

(TDG)

Créé: 09.03.2018, 20h26

Voix de Fête, 20e?édition: grand choix de têtes de pioche, gueules de rap et autres empêcheurs de chanter en ron



Du 19 au 25 mars, c’est la fête à la chanson. Quoique, désormais, on dit de préférence «musiques actuelles francophones». Même si «actuelle» ne veut pas dire grand-chose d’autre qu’éventuellement la présence de l’esprit des temps. Ou bien alors?
Francophones, ils le sont tous à peu près, et tant pis si ça déborde dans un ailleurs linguistique. C’est d’ailleurs l’esprit de Voix de Fête, qui se fait l’écho d’une création contemporaine tous azimuts. Qu’elle cherche son tempo dans les alexandrins éprouvés ou, dans l’électronique, le hip-hop, des rimes plus «urbaines», non moins éprouvées.

À vrai dire, ça commence même la semaine qui vient, dès le mercredi 14 mars, avec le «off» du festival, les Bars en Fête. Ce soir-là, un Genevois au caractère bien trempé mettra les gaz au Bateau-Lavoir, le terrible Zedrus, avec ses rimes subtilement torchées. De la chanson, oserais-je encore. Et les Bars iront ainsi, soir après soir: magasin Urgence Disk, Café Gallay, Café Bretelle, Café du Cinéma…



Lundi 19 mars, enfin, le «in» s’installera: Juliette, l’appétissante Juliette, prendra l’Alhambra à elle seule, avec son piano, avec ses boys pour souffler dans des trompettes. Juliette, qui vient de sortir un nouvel album, J’aime pas la chanson, reste, par-delà les modes et les bouleversements de gammes, cette plume, cette voix classieuse autant que rétive aux figures imposées. Une rebelle, une!
Et qui chante «Ayo, putain de mauvais sang, Ayo, si je m’en sors»? Le même, en effet, que l’histoire, cette terreur des mémoires, a retenu uniquement pour tomber la chemise. Zebda, c’est cela, un groupe engagé qui devint «populaire», bon gré mal gré.



Mais les années 90 sont bien finies, et Magyd Cherfi, ce grand poète des affections terrestres, rimeur impénitent de la France tête en bas vers le sud, aura le Casino-Théâtre à sa disposition jeudi 22 mars. «Inch’Allah, ça veut dire quoi? Si Dieu le veut. Et s’il veut pas?!?» Saint Magyd, si j’ose encore.
Là-dessus, hop, Voix de Fête, c’est une habitude depuis quatre ans déjà, vire au rap. Ash Kidd («Lolita, elle s’en bat les couilles des codes, elle rentre tard la nuit») et Davodka («Accusé de réflexion»), ainsi que le vétéran Disiz La Peste sont priés de rameuter la jeunesse vendredi 23 mars à la salle communale de Plainpalais. Tandis que le festival fidélise une nouvelle génération de spectateurs, à deux pas de là, le rap reste comestible pour les plus vieux: qu’on songe au pâle Eddy de Pretto.



Ou Hippocampe Fou, mercredi 21 mars au Chat Noir, pour les histoires amusantes, cracra comme il faut, onanistes à souhait, du célibataire endurci.



Et puis une Juliette peut en cacher une autre. Si la première est ronde avec des lunettes, la seconde est une grande bringue qui soulève des haltères. Auréolée d’une Victoire de la musique, Juliette Armanet, voix de pêche, âme romancée, tresse des mélodies suaves sur des claviers langoureux. Et pourtant, elle tourne, remplit les salles, rappelle Véronique Sanson, parfois presque Eddy Mitchell aussi, et nous séduit par-dessus le marché. Juliette Armanet sera au Casino-Théâtre vendredi 23 mars.



Tant de têtes encore, autant de voix à découvrir ou retrouver à Voix de Fête. Rodolphe Burger, le guitariste chanteur des mines d’Alsace, un franc-tireur absolu (mardi 20 mars), KT Gorique et Rox (vendredi 23 mars), soit le rap du Valais versus le rap du bout du lac. Enfin, il est à noter la présence, à l’enseigne du «in» aussi bien qu’à celle du «off», de cette jeune dame forte en gueule, la «fliquette devenue chanteuse», l’étonnante Phanee de Pool. Où sera-t-elle, où sera-t-elle? Vendredi 23 mars au Box, samedi 24 mars dans la Guinguette, territoire annexe de cette indispensable salle communale de Plainpalais. F.G.

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