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1966: l’année où la pop anglaise est devenue dingue

Le label indépendant Grapefruit Records sort une compilation qui retrace l'âge d'or de la pop anglaise.

Les Anglais de Creation, dans la rue avec une copine en 1966.
Les Anglais de Creation, dans la rue avec une copine en 1966.
Keystone

On imagine volontiers le rock psychédélique né sous le soleil californien qui sait si bien chauffer les crânes. Et on se plante. Enfin, un tantinet. Il se pourrait bien que le genre ait éclos dans la grisaille londonienne. C’est que, voyez-vous, durant les sixties, l’Angleterre et l’Amérique se livrèrent à une haletante partie de ping-pong musical. Et il serait difficile de déterminer d’où partit exactement ce coup-là. Une chose de sûre: le millésime musical 1966 fut dingue en Grande-Bretagne. La pop sortit de ces douze mois-là cul par-dessus tête. Bariolée. Hallucinée. Hirsute. Perchée. Bref, psyché. Après ça, plus jamais elle ne serait proprette, convenable et gnangnan.

Témoigne de ce grand chamboulement une récente et riche compilation intitulée «A Slight Disturbance In My Mind». Laquelle abrite un livret savant autant que profus et trois CD, qui revisitent cet an de grâce 66 en 70 chansons. Certes, quelques mastodontes d’alors, les Stones, les Beatles, les Who, manquent au générique, sans doute pour des raisons contractuelles. Les Fab Four qui, du reste, publièrent en août de cette année leur album «Revolver», monument admirable et immaculé du psychédélisme naissant, dont le sixième morceau de la face B, «Tomorow Never Knows», demeure l’une des plus envoûtantes audaces de la musique contemporaine.

Si les grandes stars de l’époque manquent à l’appel, rassurez-vous, il reste du beau monde au bal. Les Yarbirds sont là, avec Jimmy Page à la guitare et une verve mélodique déconcertante. «On essayait de recréer le son d’un trip sous LSD», avouera leur chanteur Keith Relf. Ah, coco, quand tu nous auras tout dit...

Le coffret invite bien d’autres phénix du rock britannique d’alors: les Kinks, Pretty Things, Animals, un petit Bowie mal dégrossi et des Bee Gees encore fréquentables. Chacun y va de sa mélopée orientale, de son riff de cithare ou de son solo sauvage à la guitare fuzz; le tout exécuté avec une candeur qui disparaîtra bien vite du rock ultérieur.

On croise encore une foule d’outsiders ou d’inconnus au bataillon, quelques rengaines légitimement oubliées et de véritables perlouzes, tel l’hymne proto-punk «Save My Soul» des très confidentiels Wimple Winch, qui, rien que pour cette bombe, mériteraient la postérité.

Au sein de ce plantureux casting, s’il est un groupe qui n’aura pas eu la carrière qu’il méritait, c’est bien Creation. Ce quatuor de la périphérie londonienne publia entre 1966 et 1969 trois albums et une flopée de 45 tours formidables, sans jamais décrocher la timbale. Zébré d’une grosse guitare jouée à l’archet et d’un refrain pur sucre, leur «Painter Man» est une des meilleures choses qui soit arrivée au rock anglais. Ou au rock tout court.

«A Slight Disturbance In My Mind». Coffret 3CD, Grapefruit Records.

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