Le mudac donne une envie furieuse d'y habiter

DesignPour sa dernièr exposition à la place de la Cathédrale, l’institution lausannoise dévolue au design crée une œuvre totale, intelligente et jouissive.

Dans la salle de bain, les photographies digitales de la Coréenne Bora Hong (à g.) parlent de chirurgie esthétique.

Dans la salle de bain, les photographies digitales de la Coréenne Bora Hong (à g.) parlent de chirurgie esthétique. Image: CHANTAL DERVEY

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Sortez le dictionnaire des synonymes! Pour refermer une aventure de deux décennies entre les murs de la maison Gaudard, le Mudac ouvre les portes de l’«Extraordinaire!» Attention… les tics de langage guettent, la surenchère d’enthousiasme aussi. D’ailleurs même la directrice Chantal Prod’Hom reste sur ses gardes: «C’est une exposition feu d’artifice, notre 122e ici et nous y avons travaillé tous ensemble en faisant des choix totalement subjectifs, on l’assume. Des choix, disons, particuliers. Je ne vais quand même pas dire «extraordinaire» toutes les deux secondes!» Elle pourrait.

Tout ce qui entre dans cette définition, du geste à la forme, des menus détails à leur environnement macro, de l’attachante difficulté d’Emma Lucy Linford à confier le temps de l’exposition, la silhouette fantomatique de la robe crochetée en fil de laiton pendant deux ans à l’achat d’une installation qui a marqué la Foire du meuble de Milan en 2017, tout dans cette exposition peut être lu par le prisme de l’extra-ordinaire. Ce «pas de côté», «cette vision du design et de l’art contemporain» que Chantal Prod’Hom définit encore comme «ce qui sort des normes en prenant forme dans différentes matières, dimensions et selon des goûts divers.»

Regard curieux

Le Mudac l’a conceptualisé sans chercher à le définir, il l’a déniché, foisonnant, dans ses collections comme ce vase-sculpture en éruption du Genevois Christian Gonzenbach. Ou encore, impérieux, chez certains artistes et designers qui ont œuvré pour l’occasion à l’instar des Autrichiens, Katharina Mischer et Thomas Traxler, auteurs d’un lustre en verre soufflé dont chaque ampoule abrite – ou emprisonne? – un insecte dans un concert bourdonnant. Mais cet «Extra-ordinaire!», l’institution lausannoise l’a surtout mis en scène dans une œuvre totale. Sensible. Irradiante. Enveloppante.

On sourit devant le service de table composé d’une louche-clé à molette, d’une cuillère-pédale, d’une fourchette-cisaille, on flâne dans les décors en carton, on inspecte un lot de vieux pneus... en céramique, on se laisse prendre par l’esprit des lieux ou plutôt, les esprits imaginés par Germano Zullo et personnifiés par Albertine. Surtout, on s’y sent comme à la maison, au propre comme au figuré. Passant du désordre organisé du garage à la chaleur de la salle de bains, de l’esthétique intimiste de la chambre à coucher à celle plus épurée de la salle à manger. On visite encore la salle de jeux à construire et à tester ou la cuisine habitée par la râpe de Mona Hatoum sortie de son carcan domestique et de ses mesures habituelles pour devenir puissamment menaçante.

«Elle présage du déménagement du Mudac »

Le Mudac, musée librement curieux de son temps, rend ainsi sa vocation d’habitation aux murs médiévaux de la maison Gaudard avant de rouvrir en 2022 sur le site de Plateforme10. La scénographie de Sébastien Guenot a fait de ses coins et recoins de véritables lieux de vie pour les objets choisis par l’équipe curatoriale du musée. Une belle idée! Les objets ne décorent pas, héros de l’histoire de l’extraordinaire, ils habitent l’extraordinaire. «Je me suis posé beaucoup de questions, admet-il. Comment rendre cette maison habitable, comment en faire une habitation extraordinaire? C’était un peu un casse-tête, sans doute parce qu’on a peur de ce qui sort de l’ordinaire. Puis est venue l’idée des cartons — ceux des Lausannois récupérés à la déchetterie — elle présage du déménagement du Mudac qui va bientôt faire ses cartons direction la gare.»

Blancs comme autant d’écrans sur lesquels projeter son imaginaire, les cartons tapissent toutes les pièces. Toujours blancs, ils façonnent aussi. Chaises, bibliothèques, plantes vertes, prises électriques, brosses à cheveux, pantoufles, les gymnasiens de Morges et les étudiants ont soigné le détail, et dans le détail, ces autres objets. Ensemble, ils déploient leur histoire, celle d’une demeure banalement ordinaire ou faussement ordinaire — c’est un décor! — en même temps qu’ils embarquent dans ce récit à tiroir si jouissif de l’extraordinaire.

Il faut ouvrir les yeux, pousser les portes d’une armoire, fureter entre les rayons d’une bibliothèque, guetter les tiroirs ouverts pour voir les bijoux en limaille de fer de Bettina Dittlmann ou parfois chercher cet extraordinaire camouflé blanc sur blanc dans la cuisine comme ce vase si délicat. «La manière est peut-être peu muséale, conclut la directrice adjointe Claire Favre Maxwell, mais c’est une exposition à plusieurs couches. On peut s’émerveiller de la diversité expressive des artistes et des designers; on peut aussi découvrir quels sont leurs terrains de réflexion.»

Créé: 26.02.2020, 17h35

Lausanne, Mudac

Jusqu’au 1er juin, du mardi au dimanche, de 11h à 18h

Plus d'infos sur: mudac.ch

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