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Un monstre pour incarner la différence

En 2014, Klat installe à la plaine de Plainpalais son «Frankie», qui offre dans le bronze une relecture contemporaine du mythe de Frankenstein.

Serge Fruehauf/FMAC

Il a la démarche tortueuse de ceux qui subissent leur carcasse, empêtrés dans leur difformité. Monstrueux dans son outrance mais humain par sa stature, «Frankie a.k.a. The Creature of Doctor Frankenstein» éveille un sentiment mêlé d’effroi et de pitié. Cela fait six ans qu’il arpente la plaine de Plainpalais de son pas de bête. Propriété du Fonds municipal d’art contemporain, il a pris vie dans le bronze grâce à trois artistes genevois qui, de 1997 à 2014, ont œuvré sous le nom de Klat: Jérôme Massard, Florian Saini et Konstantin Sgouridis.

Fruit d’une réflexion intense et collective, la sculpture est née à la façon d’un cadavre exquis. «Lorsque l’un faisait le visage, les autres s’occupaient d’une main ou d’un pied, révèle Konstantin Sgourdis. Le fait que nos différentes sensibilités se soient exprimées participe à l’aspect un peu disparate que nous recherchions.» S’aidant d’études académiques et de photos, la bande façonne le personnage en terre, à l’échelle 1:1. «Un matériau prométhéen, souligne Jérôme Massard, auquel on ne fait qu’ôter ou rajouter», et qui renvoie au titre complet du roman rédigé durant l’été 1816 à Cologny par la toute jeune Mary Shelley: «Frankenstein ou le Prométhée moderne».

Si le livre ne fait aucune description de la créature hormis sa taille (2,40m), Hollywood a imposé l’image d’un monstre crétin, à la tête carrée traversée d’un clou. Klat a voulu se distancier de cette vision simpliste pour rendre justice à l’ampleur du personnage de Shelley. L’allure physique de la statue soutient donc le discours de l’auteure, imprégné de sciences et de philosophie, et rédigé dans les conditions climatiques dantesques qu’a provoquées l’éruption d’un volcan indonésien en 1815. Avec son jeans trop large et son t-shirt XXL, ce Frankenstein aux airs de vagabond hideux dispose d’atours résolument contemporains. Reconnaissable mais loin des stéréotypes, il inspire le rejet pour mieux incarner la figure intemporelle de l’exclu.

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