Un monstre aux canines élimées

CritiqueA l'Opéra des Nations, "Der Vampyr" joue de l'hémoglobine à un rythme effréné.

Le baryton Tómas Tómasson dans le rôle du vampire à l'Opéra des Nations

Le baryton Tómas Tómasson dans le rôle du vampire à l'Opéra des Nations Image: MAGALI DOUGADOS

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On promettait au public de l’hémoglobine et du gore. Ce sera d’entrée chose faite, avec une première scène outrageusement sanguinolente. Lord Ruthven, le vampire qu’incarne d’une voix puissante et précise, et d’une prestance physique certaine, Tómas Tómasson, fait son apparition samedi soir à l’Opéra des Nations, torse nu, sur une passerelle qui jouxte le public. Il s’empare d’une femme assise au premier rang et, lui agrippant la tête de ses longues griffes, il lui arrache la peau du visage. Puis il s’attaque à ses viscères et à quelques organes vitaux placés dans le thorax, qu’il montre tels des trophées au public. Cette déferlante de violence, que le metteur en scène Antú Romero Nunes a placée dans le registre du grand-guignolesque, prête davantage à sourire qu’à détourner le regard. On se dit alors que le ton du spectacle est donné.

Il n’en sera pas vraiment ainsi dans l’enchaînement soutenu des tableaux qui suivent. Car cette œuvre de Marchner que le staff artistique a malaxée en profondeur (la pièce a été écourtée de plus de deux heures) souffre plus loin de plusieurs incohérences. La première – la moins importante, au fond – étant celle d’un registre qui ne choisit jamais son camp: est-on ici dans la parodie d’un genre qui a connu sa plus grande fortune dans le septième art? Sommes-nous plutôt confrontés à un souci de vraisemblance? Les traits et les gestes effrayants de Lord Rutheven nous poussent vers cette dernière hypothèse. Le chœur, lui – par ailleurs en très grande forme – dit le contraire, avec ses costumes aux couleurs criardes, ses combinaisons teintées maladroitement de rouge sang et ses masques qu’on croit façonnés de manière expéditive.

Mais le véritable souci de cette production est ailleurs: dans la cohérence de la narration, autrement dit, dans le fil logique du livret tel qu’il a été réadapté pour l’occasion. Antú Romero Nunes et ses collaborateurs ont fait le pari d’un spectacle court (une heure et quart, pas davantage) et nerveux. Et dans les faits, son rythme se révèle haletant. Mais la compréhension des scènes demeure problématique. Ainsi, des personnages comme Emmy Perth (l’excellente Maria Fiselier) et son amoureux Dibadin – pour citer un exemple – débarquent dans le récit sans qu’on sache les raisons de leur présence. A peine le temps de saisir de quoi il est question qu’ils sont trucidés par le vampire. Bref, il y a là une précipitation dramaturgique qui égare le spectateur.

Ce Vampyr se laisse par contre savourer grâce à la distribution de belle tenue. Aux personnages cités, il faut ajouter celui d’Edgar Aubry, incarné par un Chad Shelton au timbre clair et à l’entrain vif. Et celui de Malwina, chanté avec délicatesse et un ton espiègle par Laura Claycomb. Dans la fosse, le chef Ira Levin et l’Orchestre de la Suisse romande traduisent parfaitement le sentiment d’urgence et de peur qui convient. Ils confèrent ainsi au spectacle une tension qui fait défaut ailleurs.

«Des Vampyr» d’après l’opéra de Henrich Marschner, Opéra des Nations, jusqu’au 29 novembre. Rens. www.geneveopera.ch

(TDG)

Créé: 20.11.2016, 19h28

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