Monsieur TamTam fête ses 100 ans à Lausanne

TrajectoireAndré Gsponer, qui devient centenaire samedi 24 mars, a mis au point le gobelet et la recette du célèbre flan suisse en 1966. À l’occasion de son anniversaire, sa famille en a offert à tout son EMS.

André Gsponer, entouré de Martin Wieland des laiteries Réunies de Genève et de son fils cadet Paul avec une couronne de circonstance.

André Gsponer, entouré de Martin Wieland des laiteries Réunies de Genève et de son fils cadet Paul avec une couronne de circonstance. Image: CHANTAL DERVEY

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Non, Monsieur TamTam n’est pas moustachu, il ne porte pas de sombrero et ne vient pas du Mexique. Monsieur TamTam est né à Monthey il y a un siècle jour pour jour et il a roulé sa bosse aux quatre coins du pays avant de poser son baluchon à Lausanne. Monsieur TamTam, c’est André Gsponer, un père, grand-père et deux fois arrière-grand-père aussi génial que modeste qui a ravi plusieurs générations de mamans et d’enfants.

Les premières parce que ses flans sont résistants, facilement transportables et bactériologiquement sains – ce qui n’était pas toujours le cas de leurs ancêtres conservés de manière non hermétique dans des pots en verre. Les seconds parce que la languette de démoulage située sous le pot les amuse avant que son contenu ne ravisse leurs papilles.

«La devise de Papou a toujours été de faire avant les autres et de faire mieux qu’eux, explique son fils cadet, Paul Gsponer, qui a retracé la vie de son père avec lui à l’occasion de son anniversaire. Il n’a pas eu une vie facile, mais il a su à chaque fois se relever, avec le soutien inconditionnel de ma maman, Anna-Maria. Il nous a éduqués par l’exemple et c’est certain que nous avons tous eu envie de lui ressembler.»

Avec amour, curiosité et admiration, celui qui a été son dernier patron a fait parler son papa de son siècle. De cette enfance rude sans eau courante ou électricité dans la ferme familiale à Monthey. De ses études brillantes à l’École cantonale d’agriculture de Châteauneuf (VS) à 16 ans, de sa ferme volonté d’apprendre l’allemand via le haut-valaisan parlé par sa maman pour intégrer l’école bernoise de fromagerie-laiterie.

Sens de l’observation et du contact

Car ce sont bien sa curiosité, son sens de l’observation et du contact qui ont tracé la voie de cet homme inspirant. Diplômes en poche, il part travailler à Lucerne où il trouvera son premier emploi réel – avec très vite de grosses responsabilités – et la femme de sa vie, l’élégante Anna-Maria Sigrist qui lui donnera trois enfants. La vie les emmène de Lucerne à Brigue, puis à Naters avec à chaque fois de jolies réussites dans le monde laitier et des jalousies compliquées qui pourrissent la vie de la petite famille.

En 1955, c’est le grand saut pour la Suisse romande et la laiterie de Montreux. La famille fera ses valises une dernière fois en 1957 et les posera à Lausanne, à l’avenue du Mont-d’Or dans un immeuble qui abrite deux commerces afin de développer les activités d’une laiterie-épicerie.

Enfin seul maître à bord, il gère son entreprise et livre en plus le lait dans le quartier, mais rapidement l’arrivée de grands groupes comme Coop ou Migros l’obligent à prendre un autre emploi, chez un distributeur de produits alimentaires.

Au début des années 60, il donne de précieux conseils à la chaîne de magasins La Fermière concernant l’industrialisation de la production de yogourts. Les liens se tissent avec la grande société fromagère Fromages SA Bulle, puis avec la société Produits Laitiers Lausanne (PLL). en 1964, après un ultime déménagement familial sur les hauts de la ville, il devient chef des ventes puis sous-directeur de PLL, rôles dans lesquels il excelle. Mais c’est en 1966 qu’André Gsponer va vraiment faire la différence…

Visionnaire, il se rend bien compte que deux problèmes pénalisent l’extension commerciale de l’entreprise. Tout d’abord le conditionnement des yogourts: les pots en verre n’étant pas fermés de manière hermétique, la conservation longue durée s’en trouve pénalisée. Ensuite, de ses échanges avec le responsable des achats alimentaires du CHUV, un certain M. Burki, papa de l’ancien dessinateur de 24 heures, il apprend que les patients peinent souvent à terminer ces gros pots de 180 g, entraînant un fort gaspillage. Or la loi de l’époque interdisait la vente d’unités autres que de 180 g, 500 g ou 1 kilo.

André Gsponer ayant toujours été un homme de solutions, il les cherche et les trouve auprès de ses contacts, réusissant à faire engager un chimiste pour créer un produit innovant. Stable, avec une très bonne conservation dans le temps et dans un environnement bactériologique irréprochable, ce sera le flan. Quant au second souci, il le résout en faisant réaliser un moule en thermoformage avec quatre gobelets de 125 g.

Solidaires les uns des autres, ils peuvent donc être vendus en une seule fois, puisque ensemble, ils pèsent désormais 500 g. Une fois passé les divers tests d’usage, PLL commercialise le produit, dont le nom est choisi sur une plage par André Gsponer et sa famille. Il le fallait facile à prononcer pour un enfant et… dans les trois langues nationales. Les spécialistes en marketing feront leur œuvre, la promotion soutenue sur les foires dans tout le pays produit son effet: la réussite populaire est là.

Les crèmes à café aussi

La même année, lors d’un voyage aux États-Unis, le Vaudois d’adoption découvre les petits contenants de crème à café thermoformés. Comme il ne peut pas s’occuper de tout, tout seul, il glisse l’idée à un de ses amis et rapidement les petites capsules remplacent les pots communs en porcelaine sur les tables des bistrots.

En 1980, l’heure de la retraite a sonné mais André Gsponer ne veut rien entendre. Il quitte PLL avec la fierté de sa réussite commerciale qui se poursuit samedi 24 mars du côté des Laiteries Réunies à Genève, dont le TamTam reste aujourd’hui le produit phare. Le pseudo-retraité donne alors son temps à l’entreprise de son fils Paul et ne remettra son tablier qu’en 2008 à l’âge de 90 ans.

Hier, ce n’est qu’après avoir serré avec émotion son épouse dans ses bras qu’il s’est assis à la table de fête. On croit deviner ce qu’il y avait pour le dessert… (TDG)

Créé: 07.04.2018, 11h19

En dates

1918 André Gsponer voit le jour le 24 mars à Monthey. Le même jour, la «Grosse Bertha» bombarde Paris et, en Suisse, les autorités annoncent le rationnement du lait. Hasard prémonitoire?

1946 Diplômé de l’École cantonale d’agriculture de Châteauneuf et de la Molkereischule Rütti-Zollikofen, le laitier-fromager épouse Anna-Maria Sigrist, élégante Lucernoise.

1966 Naissance du dessert proposé en quadripack. 4 millions de pièces sont vendues chaque mois dans les années 1980. Il est aujourd’hui le produit star des Laiteries Réunies de Genève.

2008 À 90 ans, André Gsponer décide enfin de prendre sa retraite après avoir travaillé dans l’entreprise de son fils Paul, qui fabrique des équipements d’«appels d’infirmière».

2018 Deux ans après les festivités des 50 ans de TamTam, André Gsponer fête ses 100 ans entouré de toute sa famille. Tout le personnel de l’EMS Clémence a eu son petit pot.

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