La ministre de la Culture privée de littérature

FranceDessaisie par crainte de conflits d’intérêts, Françoise Nyssen ne gérera plus les questions d’édition. Encore un coup dur pour cette proche de Macron, sous pression.

Critiquée dans les milieux culturels, Françoise Nyssen vient d’être «amputée» d’une partie de ses fonctions.

Critiquée dans les milieux culturels, Françoise Nyssen vient d’être «amputée» d’une partie de ses fonctions. Image: Reuters

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Il y a un an, elle symbolisait, avec Nicolas Hulot, la «Macronie» flamboyante et ouverte à la société civile. Aujourd’hui, Françoise Nyssen file un mauvais coton. Critiquée dans les milieux culturels, la ministre vient d’être «amputée» d’une partie de ses fonctions.

Le premier ministre, Édouard Philippe, se chargera lui-même de deux dossiers importants: la tutelle du Centre national du livre et la régulation économique du secteur de l’édition littéraire. Non, il ne s’agit pas d’un retour à la IVe République, quand le chef du gouvernement cumulait avidement plusieurs portefeuilles ministériels. La ministre est dessaisie, par crainte de conflits d’intérêts.

Lorsqu’elle entre au ministère, à la rue de Valois, en mai 2017, Françoise Nyssen est auréolée par son parcours à la tête d’Actes Sud. Un vrai modèle pour Emmanuel Macron: femme, patronne et provinciale – «girondine» dirait le président. Sa maison d’édition Actes Sud, fondée à Arles par son père, détonne dans le milieu littéraire si parisien. Ses livres sentent la Méditerranée et accaparent les prix, Goncourt pour Laurent Gaudé ou Éric Vuillard l’an dernier, Nobel pour Imre Kertész et Svetlana Alexievitch.

Parer aux critiques

Mme Nyssen prend soin de quitter ses activités au sein du groupe, tout en gardant l’usufruit des parts détenues par ses enfants dans la maison d’édition. Pour parer aux critiques, elle demande son avis à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, créée par l’ancien président François Hollande.

Un an plus tard, la décision tombe: possible conflit d’intérêts. Le Centre national du livre accordant des subventions aux éditeurs, Mme Nyssen ne peut le gérer sans être soupçonnée de favoritisme. Pourquoi si tard, alors que tous les éléments étaient connus? Lenteur bureaucratique, sans doute. L’affaire révèle les fragilités de la «Macronie», estime Vincent Jauvert, journaliste à «L’Obs» et auteur d’«Intouchables d’État», aux Éditions Robert Laffont. Avec tous ces ex-patrons ou ex-cadres au gouvernement, les risques de conflits d’intérêts se multiplient.

«Claudia Ferrazzi, la conseillère culture et communication du président de la République, a renoncé à traiter avec le groupe Lagardère, parce que son mari est directeur de la stratégie de Hachette Livre, propriété du groupe», pointe Vincent Jauvert. À la Santé, la ministre Agnès Buzyn n’a plus le droit de toucher à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), que son mari dirige. «Pourquoi nommer des personnes à de tels postes quand on sait qu’ils ont des conflits d’intérêts aussi importants», s’interroge Vincent Jauvert.

Amputé ou pas, le poste de ministre de la Culture n’est pas une sinécure. La socialiste Aurélie Filippetti avait dû affronter les intermittents en grève en 2014 avant de démissionner, pleine d’amertume. Jack Lang (1981-1993, avec quelques intermèdes), qui avait transformé un obscur sous-secrétariat d’État en grand ministère, a fait de l’ombre à tous ses successeurs.

Insubmersible Jack Lang

D’ailleurs, les médias préfèrent toujours inviter l’insubmersible «Jack» (78 ans) plutôt que l’insaisissable Françoise Nyssen. L’automne dernier, la ministre annonçait une possible fusion de France Télévisions et Radio France, déclenchant un tollé chez les intéressés. Six mois plus tard, on n’en sait pas beaucoup plus. Macron a flanqué Françoise Nyssen d’un responsable du patrimoine hypermédiatisé, Stéphane Bern. De toute manière, en Macronie, c’est Macron qui décide de tout.

«Une décision est tombée, j’en prends acte. Ce qui m’importe, c’est de continuer à faire. Je suis là pour faire», a réagi Françoise Nyssen après la décision du premier ministre. Critiquée dans les cercles gouvernementaux pour son indécision, Mme Nyssen était annoncée partante pour l’été ou l’automne. «Que le ministre de la Culture ne puisse pas s’occuper de littérature, c’est quand même un vrai problème», s’étonne Daniel Fasquelle, député Les Républicains.

(TDG)

Créé: 11.07.2018, 20h19

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