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Une meute de cabots mordille l’Hexagone

Au Théâtre Forum Meyrin, les Chiens de Navarre brossaient mercredi et jeudi leur cruel portrait de la France.

«Jusque dans vos bras» démarre fort avec un enterrement qui vire au pugilat - jusque sur votre fauteuil.
«Jusque dans vos bras» démarre fort avec un enterrement qui vire au pugilat - jusque sur votre fauteuil.
P. LEBRUMAN

De Navarre – comme de Suisse? –, on voit probablement mieux la France que de l’intérieur. À l’avenant, les chiens connaissent sans doute mieux les hommes qu’ils ne se connaissent eux-mêmes. Le décalage explique-t-il que l’humour des Chiens de Navarre tombe juste?

«Jusque dans vos bras», la 8e création du collectif hexagonal emmené par Jean-Christophe Meurisse, s’ouvre et se ferme sur un drapeau tricolore: enveloppant un cercueil lors d’un enterrement d’abord, puis flottant dans l’atmosphère lors d’une conquête spatiale. Voilà planté le topo. Vaste. Trop pour qu’une gueule de clébard puisse l’enserrer?

En tous les cas, il leur faut le saucissonner, leur sujet, aux onze mordants cabots qui composent la troupe. Tous excellents, ils «improvisent sur canevas», comme d’habitude, se renouvelant à chaque représentation en fonction du lieu où ils se produisent, du plateau qui les reçoit, du public auquel ils s’adressent, de l’humeur du moment. Ils le débitent en tranches d’épaisseur variable et diversement agrémentées de couenne.

Rations surgrasses servies à propos de l’alimentation halal, des «gros gros pédés», des migrants ou d’une Jeanne d’Arc échappée des «Visiteurs». Demi-portions, en revanche, fournies par les figures de Marie-Antoinette, d’un Charles De Gaulle algérien d’environ 2,5 mètres ou d’un Obélix en petite forme.

Le découpage en tableaux successifs, s’il permet de cerner l’identité nationale par excès et par défaut, impose une rythmique rébarbative. À laquelle même la vivacité d’esprit et le sens du burlesque les mieux exercés ne peuvent rien: la méthode s’essouffle.

Toutes revigorantes qu’elles soient, la satire et la dérision finissent elles aussi par tourner court. Égratignant à la fois le réfugié, sa famille d’accueil et l’association intermédiaire, le rire n’obéit à aucune discrimination. Or à n’épargner personne, il finit par s’émousser.

Quand les Navarre lâchent véritablement les Chiens, en revanche, qu’ils renoncent à mordiller pour enfoncer les crocs dans les conventions théâtrales, alors ils tiennent leur proie. Quand ils s’ébrouent pour éclabousser les usages politiquement corrects, alors la meute décroche son titre. C’est le cas chaque fois qu’une saynète parvient au point de bascule, et dégénère outrancièrement dans le gore le plus hémoglobiné: crânes fracassés, sang toussé par litres – ou cette irrésistible séance, en plein déjeuner sur l’herbe entre quadras racistes, où un acteur décomplexé se vaporise la zézette sous toutes les coutures, dans la plus pure gratuité du geste.

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