Mélanie Chappuis et la douceur des ex-amants

LittératureDans son dernier roman, la Genevoise adopte un point de vue masculin.

Mélanie Chappuis: «J’adore ces racines qui proviennent du passé. »
Vidéo: STEEVE IUNCKER-GOMEZ

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C’est une Mélanie Chappuis un peu patraque que nous rencontrons, à l’occasion de la sortie de son dernier roman, L’empreinte amoureuse. Le nez rouge, les jambes frissonnant sous ses leggings noirs, elle nous tend hygiéniquement la main. Dans sa fiction, l’auteure genevoise, récente chroniqueuse au Temps et épouse du dessinateur Zep, met en scène un quadragénaire atteint d’un cancer qu’il refuse de soigner. Bruno – c’est son nom – préfère recontacter toutes les ex-copines qui ont façonné son existence, histoire de savoir quel souvenir elles ont gardé de lui, bref de connaître son «empreinte amoureuse» sur leur cœur.

La maladie, un prétexte pour parler d’amour? «Un peu, sourit Mélanie Chappuis. Mais ça me semblait être un bon moteur à la quête personnelle: on réfléchit plus à soi et à sa vie quand on risque de la perdre. Et le cancer est tellement répandu de nos jours. Si on ne l’a pas soi-même, on connaît forcément des gens qui en sont atteints.» Certes, mais l’amour? «Après Frida, je me suis dit que j’avais déjà tout dit sur l’amour, ce qui m’embêtait un peu. L’envie de traiter ce thème m’est revenue assez naturellement.» L’auteure raconte avoir directement été inspirée par une conversation avec un ami: «Il avait écrit à son ex-amie un an après avoir rompu avec elle, pour savoir ce qu’il lui avait laissé comme souvenir. Je me suis d’abord moquée, parce que je trouvais cette démarche très prétentieuse. Mais son ex-amie lui a répondu une lettre adorable, bien qu’un peu amère au fil du texte. Cela m’a interpellée. Je suis quelqu’un de très nostalgique. J’adore ces racines qui proviennent du passé, je trouve qu’il y a quelque chose de très doux dans les liens avec ces personnes que l’on a aimées et qui restent dans nos vies, lointaines mais présentes.»

Cause psychosomatique

Puisque Bruno questionne ses ex à la recherche de son identité et peut-être – qui sait? – de la cause psychosomatique de sa maladie, il commence par ses tout premiers émois d’enfant. L’occasion pour l’auteure de glisser de larges parties autobiographiques. A l’instar du héros de son roman, elle a également vécu au Nigeria, en Argentine, à New York ou à Berne, suivant ses parents diplomates. Une expérience aussi exaltante que déroutante. Cette impression d’être «sans patrie» forge des enfants «caméléons», explique Mélanie Chappuis, dont la mission sera partout la même: «Sourire, plaisanter, être le mec sympa que l’on veut bien prendre avec soi. Celui qui se plie à tout, sans broncher, qui n’a pas de vrais amis et un besoin urgent de s’en faire», lit-on dans le roman.

Passages introspectifs

Si l’érotisme semble correspondre à une certaine fougue masculine – «Elle est apparue. Une robe courte et des jambes qu’elle avait promenées sans moi dans la rue. Ça m’a rendu fou» – d’autres passages très introspectifs semblent trahir un trait plus traditionnellement féminin. Quelles ont été les techniques de l’auteure pour adopter un point de vue masculin? «J’ai un frère d’âge très proche, qui est comme un meilleur pote. On a toujours tout su l’un de l’autre. Et j’ai souvent eu des hommes pour amis. Mais j’ai de plus en plus la conviction que l’on donne trop d’importance à la différence entre les genres. Il me semble qu’en amour, qu’on soit homme ou femme, on a tous été soit cruels, soit blessés, et la plupart du temps les deux.» L’empreinte amoureuse, sans révolutionner la littérature par son style plutôt scolaire, se laisse toutefois lire avec plaisir.

L’empreinte amoureuse Ed. L’Age d’Homme, 178 pages. Dès le 12 mars (TDG)

Créé: 09.03.2015, 18h37

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