Mathias Pfund, l’artiste genevois qui monte

Art contemporain Un clitoris géant créant le buzz et une bourse de la Ville de Genève: l’automne du plasticien est chargé.

La sculpture de Mathias Pfund «Instant Pleasure (clitoris)», installée sur un rond-point neuchâtelois, fait polémique.

La sculpture de Mathias Pfund «Instant Pleasure (clitoris)», installée sur un rond-point neuchâtelois, fait polémique.

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«C’est formidable qu’une sculpture déchaîne les passions, ça n’arrive pas souvent!» Ainsi réagit l’artiste Mathias Pfund au buzz provoqué par son œuvre Instant Pleasure (clitoris), actuellement exposée sur un rond-point à Neuchâtel. Plusieurs journaux ont dévoilé ce qu’elle représentait: un clitoris géant. Avant même son installation, elle a déclenché une vaste polémique sur les réseaux sociaux, scandalisant les uns, enthousiasmant les autres.

Surpris par un tel écho médiatique, le plasticien se défend de toute provocation. «Cette création s’inscrit dans le cadre de mon travail sur les sculptures organiques abstraites, comme celles de Jean Arp, Henry Moore ou Barbara Hepworth. Souvent installées dans l’espace public, elles permettent au spectateur d’y projeter ce qu’il veut. Tout comme le clitoris, qui peut évoquer une créature étrange ou un personnage amusant. Peu de gens auraient pu identifier cette forme seuls!»

Mettre l’organe en lumière

L’une de ses œuvres précédentes porte presque le même nom: Instant Pleasure (mother and child). Notamment présentée à la piscine de Lancy lors de la quadriennale de sculpture, celle-ci évoque à la fois une mère à l’enfant et la forme d’un sex-toy. Toutes deux faites de polystyrène, peinture et vernis, elles imitent la patine d’une œuvre de bronze qui a traversé le temps.

L’idée de cette dernière réalisation est née lors d’un concours lancé par le magazine féministe Causette, autour de la représentation du clitoris. Mathias Pfund avait été sélectionné avec son projet de fontaine adoptant cette forme. Que l’espace d’art neuchâtelois Smallville lui a proposé de réaliser sur le rond-point de la place de l’Europe, mis à disposition par la Ville de Neuchâtel pour trois semaines. Mais sans la fontaine, trop compliquée à mettre en œuvre.

Depuis son installation, Mathias Pfund observe de loin, et avec le sourire, les discussions enflammées que provoque sa création. «Cet échange d’opinions variées, parfois très émotionnelles, permet de mettre en lumière un organe encore méconnu, comme le sont souvent les sculptures dans l’espace public», commente-t-il. Une volonté qui s’inscrit dans l’ère du temps, puisque le clitoris a fait sa première apparition dans un manuel scolaire en France. Et qu’une autre artiste, Laurence Dufaÿ, a créé un clitoris géant en mousse expansive, actuellement visible à Bruxelles.

Mais pour le plasticien, ce qui compte encore davantage que tout le battage autour de cette œuvre éphémère, c’est la bourse Berthoud qu’il vient de recevoir, l’un des prix décernés chaque année par la Ville de Genève pour encourager la jeune création contemporaine. Avec les autres nominés, son travail est présenté au Centre d’Art Contemporain.

Sculpture revisitée

Baptisée Verso Oltremare (screwed and chopped), cette installation revisite une sculpture de Giovanni Anselmo qui était exposée au Musée d’art moderne et contemporain (Mamco), voisin du Centre. «Il s’agit d’une plaque en granit maintenue en équilibre par un câble sur fond de monochrome bleu outremer, explique Mathias Pfund. Lorsque j’étais surveillant au Mamco, cette œuvre est tombée sur une visiteuse. Mon installation en constitue une résurgence post-traumatique, une évocation inoffensive en aggloméré, figée dans sa chute.»

Souvent présente dans le travail de l’artiste, la connotation sexuelle se manifeste à travers les multiples nœuds effectués avec art sur les cordes violettes qui maintiennent les blocs de faux granit. Ils renvoient à la pratique du shibari, l’art japonais d’attacher, notamment les corps dans des pratiques sadomasochistes. Les monolithes mous évoquent alors des torses ligotés.

Le jury des bourses a relevé «l’humour et l’audace de son intervention, qui utilise et dépasse les codes de l’art». Cette récompense constitue une étape importante pour l’artiste genevois. «C’est une belle reconnaissance de mon travail, réagit-il. Et l’argent reçu sera bienvenu pour la production d’autres projets.»

Bourses de la Ville pour la jeune création contemporaine jusqu’au 15 octobre au Centre d’art contemporain, rue des Vieux-Grenadiers 10, www.centre.ch

(TDG)

Créé: 07.10.2017, 15h13

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