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Marco Berrettini groove l’état du monde

Troisième volet d'une tétralogie, «iFeel3» confronte utopies et actions politiques à l'heure de la résignation générale.

Tête pensante et jambes porteuses dans «iFeel3».
Tête pensante et jambes porteuses dans «iFeel3».
Dorothée Thébert-Filliger

De même qu’il y a les gentlemen cambrioleurs, il y a les danseurs intellos. L’Italo-Germano-Franco-Genevois Marco Berrettini en est un. Aujourd’hui âgé de 53 ans, ce chorégraphe décalé fut jadis un as de la disco, un champion de backgammon ou encore un étudiant en anthropologie, avant de se former en danse contemporaine auprès de monuments tels que Pina Bausch ou William Forsythe. Aiguillonné depuis toujours par la volonté de s’«améliorer», il alterne exercices d’échauffement et lectures de philosophes – avec une prédilection pour Peter Sloterdijk et son fondateur Tu dois changer ta vie. En grippe contre un croissant sentiment d’impuissance, son humour comme ses spectacles placent le second degré au premier plan. Ainsi du cycle dont il crée actuellement le pénultième volet, iFeel3 (le chiffre étant à lire comme un homonyme de «free»), qui s’attache quant à lui au roman de la sociologue américaine Ayn Rand, Atlas Shrugged. On y voit le duo electro-pop Summer Music – autre ment dit Berrettini et Samuel Pajand – chanter des citations de théories politiques haut perché sur une estrade, tandis que quatre danseurs prisonniers de leurs obsessions traversent indéfiniment le plateau par la diagonale. Vêtus d’un blanc virginal, les six personnages finiront coincés dans un bar à jus trop exigu, où toute action semblera vaine.

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