Le MAH expose des trésors antiques sauvés des eaux du Rhône

ÉvénementLa grande exposition d'archéologie du Musée d'art et d'histoire, «César et le Rhône. Chefs-d’œuvre antiques d'Arles» ouvre ses portes au public vendredi.

Vidéo: Laurent Guiraud

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Les salles Palatines du Musée d’art et d’histoire (MAH) forment le décor parfait d’une exposition d’archéologie. C’est donc tout naturellement qu’elles ont été choisies pour mettre en valeur les pépites de l’exposition «César et le Rhône. Chefs-d’œuvre antiques d’Arles», qui ouvre ses portes au public vendredi. Un parcours sobre, aéré et sans emphase permet d’apprécier pleinement les nombreux objets montrés (431 au total), loin de tout gavage.

Le tapis qui accueille le visiteur à l’entrée n’est pas rouge, mais marine strié de blanc. Il dessine le pont du chaland Arles Rhône 3, découvert dans le lit du fleuve en 2004, qui nous fait voguer de Genève à Arles et voyager dans le temps à la rencontre de César, le conquérant des Gaules. Les eaux miroitantes se reflètent dans le mapping turquoise du plafond.

Chefs-d’œuvre à la beauté loquace

On peut, si l’on veut faire vite, foncer sur les chefs-d’œuvres, d’une beauté exceptionnelle, et s’en contenter: la «Vénus d’Arles», superbe marbre prêté par le Louvre, ornait le théâtre antique de la colonie romaine; le «buste de César», d’un grand intérêt historique, et la sublime statue de bronze du «Captif» sont des rescapés: ils ont été sauvés des eaux du Rhône par des plongeurs archéologues; une très belle mosaïque raconte l’enlèvement d’Europe; deux statues d’Apollon et d’Hercule, découvertes à Martigny et mises à disposition par la Fondation Gianadda, témoignent de la vitalité du commerce fluvial dans nos régions à l’époque romaine; deux sarcophages richement sculptés attestent d’une habile réutilisation de pièces païennes à l’ère chrétienne. Ces merveilles se dégustent aisément sans arrière-pensée.

Mais ce serait dommage d’en rester là, car si l’on se laisse captiver par chaque vitrine, on y découvre un contenu qui, très intéressant dans le propos, sait rester plaisant, intriguant, voire amusant. Vous n’avez sûrement jamais vu une pipette antique de dégustation de vin, permettant au marchand de faire tester à son client l’excellence de son breuvage; une roue de chariot à dix rayons, en frêne, cerclée de fer, intacte bien que datant du IVe siècle, grâce aux sédiments du Rhône qui l’ont protégée; un coffre de bois clouté trouvé dans le fleuve et lui aussi parfaitement préservé; ou encore des conserves de poisson assaisonné aux olives concassées, embarquées par l’équipage à bord d’un chaland à fond plat, «Arles Rhône 3», qui a coulé à pic devant Arles par une nuit d’automne et de crue du Rhône.

Aucune trace archéologique du passage de César

La porte des Palatines franchie, on entre de plain-pied dans la conquête romaine de cette Gaule du sud qui s’étend de Genève à Arles et deviendra la Province de la Narbonnaise. Un bronze magnifique figure un prisonnier, vaincu par Rome, connu sous le nom de «Captif». On rappelle le passage de César sous nos climats, connu par son récit «La Guerre des Gaules», mais qui n’est attesté par aucune trace archéologique à ce jour.

La première partie proprement dite de l’exposition raconte les trésors du Rhône et offre une belle palette de ces objets antiques sortis des eaux glauques du fleuve, depuis la première plongée de l’archéologue Luc Long en 1986 jusqu’à ce jour. Des jarres splendides et rares portent encore leurs tituli picti, à savoir les étiquettes indiquant leur contenu: des coings, une sauce piquante vieillie à base de jeune thon ou des herbes médicinales marinées dans du lait d’ânesse.

Aidé d’un bas-relief qui ornait un monument funéraire, le visiteur comprend comment on halait à bras d’hommes ces chalands à fond plat qui assuraient le commerce fluvial avant l’invention de la voile latine. La deuxième partie de l’exposition fait la part belle aux marchandises qui voyageaient par mers et fleuves.

Pinces à épiler et cure-oreille

On séjourne ensuite un moment à Arles. Comment vivait-on dans cette colonie prospère, fondée par César au 1er siècle av. J.-C., surnommée «la petite Rome des Gaules»? Les Arlésiens allaient au théâtre. Ils vivaient pour certains dans de riches villas et utilisaient mille petits objets délicieux qui, aujourd’hui, nous permettent d’entrer dans l’intimité de leurs foyers: peigne et cure-oreille, vases à parfum et pinces à épiler, bijoux, sandales et fibules, opinels et jouets.

On passe ensuite aux choses plus graves, qui forment la quatrième partie de l’exposition, intitulée «Le monde des idées». Elle comprend l’activité politique et relève le rôle prépondérant de César qui, le premier, osa faire battre monnaie à son effigie, de son vivant, en 44 av. J.-C. Et la religion: le paganisme d’un côté, le christianisme de l’autre et à la frontière, le réemploi de pierres tombales et de sarcophages des uns par les autres.

Quatre vies de Genevois à l’époque romaine

Et Genève, dans tout ça? Quatre stèles funéraires qui se trouvaient dans la cour du MAH ont été nettoyées au laser et dressées dans une petite salle aménagée au fond de l’exposition. Elles constituent des témoignages de la vie des Genevois à l’époque romaine et racontent quatre parcours de vie. L’une parle d’un meurtre, l’autre de la carrière d’un édile; un nom gaulois est inscrit sur la troisième, alors que la dernière brosse le portrait d’une habitante de Genava. Les plaques de pierre voient leurs inscriptions révélées, inscrites clairement sur le mur et traduites. Ludique et didactique.

L’exposition s’achève sur la mention d’Hippolyte-Jean Gosse, conservateur des Musées archéologique et épigraphique, qui, au XIXe siècle, commença à collecter pour Genève des pièces antiques provenant d’Arles. On lui doit de pouvoir faire résonner aujourd’hui les traces archéologiques des deux cités baignées par les eaux du Rhône.

«César et le Rhône. Chefs-d’œuvre antiques d’Arles» au Musée d’art et d’histoire (MAH), rue Charles-Galland 2, du 8 février au 26 mai. Commissariat: Béatrice Blandin. Catalogue en vente sur place. Infos sur www.mah-geneve.ch

Créé: 07.02.2019, 11h16

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