Le MAH se déploie pour raconter Genève

Culture La commission externe choisie pour plancher sur l’avenir de l’institution a délivré son premier rapport. Le scénario retenu est celui d’un «campus muséal».

La commission a reçu carte blanche pour repenser l’identité du musée, en se concentrant sur l’enjeu fondamental du contenu. Image: Laurent Guiraud

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Un seul et unique lieu, agrandi, pour l’ensemble des collections. Lesquelles s’organiseront chronologiquement en remontant le cours de l’histoire genevoise, du présent aux origines. Voilà, sommairement esquissé, le visage que le Musée d’art et d’histoire (MAH) arborera dans quelques années, si les propositions élaborées par la commission externe nommée pour réfléchir à l’avenir de l’institution se concrétisent.

Ce cénacle d’experts, coprésidé par Jacques Hainard, ancien directeur des Musées d’ethnographie de Genève et de Neuchâtel, et Roger Mayou, à la tête du Musée international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, a rendu publiques, jeudi 29 juin, ses premières conclusions, après un an de travaux. Son projet imagine le MAH du futur comme «un campus muséal au cœur de la cité», rénové et étendu sur son site de Charles-Galland «en tenant compte des contraintes liées à la protection du patrimoine bâti».

Désignée par le Conseil administratif de la Ville après le douloureux échec de la votation sur le projet d’extension et de rénovation du MAH en février 2016 (lire ci-contre), la commission a reçu carte blanche pour repenser l’identité du musée, en se concentrant sur l’enjeu fondamental du contenu. «Après le débat passionnel occasionné par le référendum, on avait besoin de lever le nez du guidon et de faire porter un regard neuf sur l’institution, allègue Sami Kanaan, magistrat chargé de la Culture. Il fallait relancer très vite un processus, sans toutefois précipiter la réflexion.»

Quatre axes pour un navire amiral

La commission s’est donc lancée dans une vaste consultation, rencontrant une soixantaine de personnes – collaborateurs du MAH, personnalités issues des milieux académique et politique genevois, et professionnels de la communauté muséale. Les informations collectées au fil de ces entretiens, «conjuguées aux spécificités des collections et aux impératifs d’évolution du musée», lui ont permis de formuler les grandes orientations de son projet culturel.

Le concept est de restituer à l’établissement de la rue Charles-Galland une identité forte et «son statut de navire amiral», en l’articulant autour de quatre axes. Une exposition permanente, d’abord, pensée en deux parties: d’une part, une trame narrative qui, grâce aux objets de la collection – dont la richesse a émerveillé les experts internationaux, au dire de Messieurs Hainard et Mayou – permet d’évoquer, en remontant dans le temps, les grands courants de l’histoire de Genève; d’autre part, des cabinets pour accueillir les collections spéciales, dans le but d’apporter un éclairage particulier sur un thème ou une personnalité emblématique. «Les Genevois aiment qu’on parle d’eux, de leurs collectionneurs, de leurs associations, de leurs fêtes, sourit Jacques Hainard. Mais ils apprécient aussi qu’on leur raconte la dimension internationale de leur ville. Ce modèle, construit comme un roman historique, permet de pointer l’actualité selon les moments et les besoins, et répond à toutes les interrogations: Hodler, Liotard, l’orfèvrerie ou encore les armures, tous y trouveront leur place.» En d’autres termes, la commission préconise d’abandonner l’approche encyclopédiste, à laquelle la grande hétérogénéité des collections ne dispose pas. Elle recommande en revanche de s’appuyer sur cette diversité en la pensant comme un tout cohérent, pour «donner à comprendre comment une cité de 230 000 habitants est venue à occuper la place qu’elle a aujourd’hui sur la scène internationale».

En deuxième lieu, il s’agira d’inscrire le MAH dans le paysage muséal européen en créant des expositions temporaires «de haut niveau», dans une salle aux standards contemporains. Le troisième volet consiste à conférer une meilleure assise scientifique au musée, en développant un Learning Center consacré aux arts et à l’histoire, à destination des étudiants, des chercheurs et du public spécialisé. «Il faut réaffirmer les liens avec l’Université, qui se sont distendus, souligne Roger Mayou. Un musée, c’est présenter des œuvres d’art, mais aussi les étudier.» Il y aura, enfin, des espaces dévolus à l’accueil des publics et à la médiation culturelle.

A l’aune de ces grandes directions, quatre scénarios d’implantation ont été considérés. Le statu quo, la délocalisation complète et la conservation de l’édifice existant doublée d’une extension délocalisée ont été abandonnés au profit du bâtiment actuel restauré et augmenté sur site. L’annonce, l’automne dernier, du départ de la Haute Ecole d’art et de design de ses locaux du boulevard Helvétique a grandement favorisé cette option, puisque le musée pourrait y installer son centre scientifique. Ce canevas exige également la création, sous la butte de l’Observatoire, la cour du MAH ou celle du bâtiment des Beaux-Arts, d’une salle d’exposition temporaire d’environ 1500 m2 ainsi que l’aménagement d’espaces pour la circulation des visiteurs.

«Convertir en mètres carrés»

En outre, le rassemblement de l’ensemble des collections en un même lieu suppose de revoir l’affectation du Musée Rath et de la Maison Tavel, qui ne seront plus affiliés au MAH. A l’issue de l’exposition Hodler/Parallélisme, programmée en 2018, le premier deviendrait une «Maison du projet», vouée à montrer les œuvres phares des collections pendant la fermeture liée aux travaux et à associer le public, sur un mode interactif, à l’élaboration du nouveau musée. Car selon Roger Mayou, «les Genevois doivent pouvoir s’approprier le projet et en suivre l’évolution».

Retenues à l’unanimité par le Conseil administratif, ces lignes directrices doivent désormais être approfondies, en interaction avec les équipes du MAH. «Au début de l’année prochaine, il faudra convertir tout ça en mètres carrés, annonce Sami Kanaan. La Ville vient d’engager les discussions avec le Canton à propos de l’avenir du bâtiment de l’Ecole des beaux-arts. Et en juin 2018, on devrait avoir tout ce qu’il faut pour lancer un crédit d’étude et un concours d’architecture en bonne et due forme.» Restera à financer le «navire amiral». Le ministre de la Culture n’imagine pas pouvoir se passer de partenaires, publics et privés. Le budget, inconnu à ce stade, devrait au moins égaler l’enveloppe du précédent projet, soit 140 millions de francs.

(TDG)

Créé: 29.06.2017, 20h06

Discordes, recours, référendum: une saga à la genevoise

La nouvelle du jour inscrit un épisode de plus à un feuilleton long de presque vingt ans. C’est en 1998 que la Ville concrétise son dessein d’agrandir et de restaurer l’édifice conçu par Marc Camoletti – jamais rénové depuis son inauguration en 1910 et passablement décrépit – en retenant un projet imaginé par Jean Nouvel. Mais la vision de l’architecte français se heurte dès le début au scepticisme des défenseurs du patrimoine, lesquels ont demandé le classement du bâtiment en 2008. Les reproches portent essentiellement sur le gabarit et l’occupation de la cour par des plateaux. Les recours incitent Jean Nouvel à raboter ses ambitions: il présente, en février 2013, une copie corrigée. Le remaniement n’a toutefois pas l’heur de plaire aux milieux patrimoniaux, qui dénoncent toujours le «saccage» du plus grand monument de la ceinture fazyste et proposent des solutions moins ostensibles: creuser sous la butte de l’Observatoire ou occuper les locaux adjacents des Beaux-Arts, prolongement naturel du musée.

A la discorde architecturale s’ajoute une intense crispation autour du financement. En 2010, le milliardaire et collectionneur Jean Claude Gandur signe en effet une convention avec la Ville, où il stipule être disposé à faire don d’un maximum de 40 millions de francs pour l’agrandissement du MAH et à prêter une grande partie de ses collections pour une durée de 99 ans. Le geste est assorti de conditions, comme l’obligation d’exposer, de façon distincte et permanente, 50% des objets. L’accord fait bondir la gauche de la gauche et l’UDC, qui s’insurgent contre «un droit de regard inacceptable» d’un mécène privé sur les activités d’une institution publique. Les opposants au projet d’extension et de rénovation du musée, devisé à 132 millions de francs (en sus d’un crédit d’étude de 8 millions), finissent par lancer et déposer un référendum. Le 28 février 2016, 54% des Genevois leur donnent raison. Jean Nouvel n’apposera jamais sa patte sur l’œuvre auguste de Camoletti. Ce cuisant échec décide le Conseil administratif à «faire les choses dans l’ordre». En juin 2016, les autorités de la Ville chargent une commission d’experts de définir, en deux ans, une intention muséale pour le MAH. C’est sur la base de cette feuille de route qu’un nouveau concours d’architecture sera lancé, au plus tard en automne 2018. Puis on rejouera le scénario du lauréat et du crédit de construction. Si tout se déroule sans accroc, le musée transformé verra le jour à l’horizon 2025. En attendant, un entretien minimal est garanti à la bâtisse fatiguée, désormais inscrite à l’inventaire cantonal.

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